‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 11 sur 407 · Id., XIY, 9d · texte numérisé non relu

Id., XIY, 9d

3. Voir Boloch, II, p. 103, n. 1; E. Meyor, V, p. i21. Ce traité ne lui rendit pas non plus Thermai : Belooh, p. IGI, n. 2.

CARTHAGE ET LES GRECS DE SICILE. li

ments et commandée par le fils de Magon S jeune homme intelligent et actif, elle se réorganisa. A l'expiration de la trêve, elle se remit en campagne et prit sa revanche au Gronion, où le tyran perdit son frère Leptine et 14 000 hommes. Il faut croire qu'elle fut, elle aussi, très éprouvée, car elle revint vers Palerme et des offres de paix furent faites à Denys, qui les accueillit. Carthage garda l'Ouest de la Sicile, y compris Thermal sur la côte septentrionale, Sélinonte et une partie du territoire d'Agrigente jusqu'au fleuve Halycos, sur la côte méridionale. Denys lui paya une indemnité de 1000 talents "^ 11 maintint sous sa dépendance toutes les populations de l'Est de l'île : les Sicules, qui s'hellénisaient de plus en plus, aussi bien que les Grecs. Diodore, dont les indications chronologiques sont peu sûres % place tous ces événements en 383-382 ; mais il est très probable qu'ils se répartirent sur une période plus longue, depuis 383 jusque vers 376*.

Une nouvelle guerre éclata peu d'années après. On ne sait qui fut l'agresseur: le gouvernement carthaginois, dit Justin^; Denys, affirme Diodore*^; selon cet auteur, le tyran aurait pris pour prétexte des incursions de certains Phéniciens dans la partie de l'île soumise à son autorité. En 368, il envahit le territoire punique et le dévasta. Bientôt, il arriva devant Lilybée, qui, depuis l'abandon de Motyé, était la porte de la Sicile pour

1. Nous avons indiqué (t. II, p. 215, n. 3) les hypothèses faites sur le nom do ce Carthagin'ois.

2. Pour celte guerre, voir Diodore, XV, 15-17; Poiyen, VI, 10, I, et peut-ùtre V, 10, 5.

3. Sur les incertitudes de la chronologie do Diodore dans son livre XV, voir K. Meyer, V, p. 103.

4. En 37U-378, selon Diodm'e (XV, 24. 1), une expédilion larlhaginoise aurait été faite en Italie, pour ramener dans leur ville les hahitants d'ilipponion. chassés par Denys. M. E. Meyer (V, p. lO'J) est disposé à dater la [laix de l'année 370. Il croit (p. 108 et 407) (juc les ravages d'une peste (voir Justin, XX, 5, 10) et des révoltes en Afrique et en Sardaigne (voir ici, t. 1, p. 42S-"J et 400) décidèreuL Carthage à s'entendre avec Denys.

5. XX, 5, 10. M. Meyer (Y, p. 407) pense que Justin a raison. 0. XV, 73, 1.

les maîtres de l'Afrique. La ville sut se défendre et il se résigna à lever le siège. Ayant appris que l'arsenal de Carthage avait brûlé, il crut que l'ennemi n'avait plus de galères à mettre en ligne et il renvoya imprudemment à Syracuse plus de la moitié des 300 navires de guerre qui l'avaient accompagné dans l'Ouest de l'île. Tout à coup, 200 vaisseaux se jetèrent sur la flotte grecque, ancrée près d'Eryx, et la capturèrent. Ilannon le Grand débarqua dans l'île avec une armée. Mais une trêve intervint au commencement de l'hiver et Denys rentra à Syracuse, où il mourut peu de mois après (printemps de 367). Son fils n'était pas homme à continuer son œuvre; il conclut un traité confirmant celui qui avait suivi la bataille du Cronion ^ L'admirable combat que, pendant près de quarante ans, Denys soutint pour la défense et la victoire de l'hellénisme fait presque oublier tous ses crimes. Il ne réussit pas cependant à chasser les Carthaginois de la Sicile. Quoiqu'il ait fait preuve dans quelques circonstances de réels talents militaires, il n'était point un grand homme de guerre. Il ne pouvait pas trop compter sur ses troupes, formées soit de citoyens, souvent indociles, soit d'alliés peu zélés, soit de mercenaires qui ne servaient bien qu'à la condition d'être régulièrement payés. Malgré son ingéniosité financière, ses ressources n'étaient pas inépuisables, et, lorsque la lutte traînait en longueur, lorsque la fortune des armes le trahissait, Den3^s, qui se savait haï et sentait son autorité chanceler, devait ajourner ses projets.

1. Pour la guerre, voir Diodore, XV, 73; Justin, XX, 5, 10-13; Polyen, V, 9. Il est difficile de concilier ces textes. Pour le traité, Diodore, XVl, 5, 2; Plutarque, Dion, 6 et 14. Ce traité donna peut-êkre à Carlliage Iléracléa Minoa, à l'Eat do l'ilal;cos ; voir t. II, p. 309, n. 3.

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Sous la tyrannie de Denys le Jeune, puis pendant la période troublée qui suivit sa chute, Syracuse ne prit pas l'offensive contre Carthage. Celle-ci, de son côté, ne tenta rien contre les Grecs*.

Vers 345, Entelle, ville du territoire punique habitée par des aventuriers campaniens, se révolta, nous ignorons pour quelle raison. Une grande flotte et une armée qui comptait, dit-on, 50 000 soldats vinrent alors d'Afrique. Ces forces importantes n'étaient pas seulement destinées à pacifier l'Ouest de l'île. Des circonstances propices allaient permettre aux Carthaginois d'intervenir à Syracuse. Ils ne songeaient peut-être pas à conquérir cette ville. Mais ils désiraient que le gouvernement y appartint à des gens qui le leur devraient et auraient besoin de leur appui pour le garder^.

Denys avait repris possession du pouvoir vers 346 et se maintenait par la terreur. Ses ennemis firent appel à Hicétas, tyran de Léontinoi ; ils s'adressèrent aussi à la métropole de Syracuse, Corinthe, qui confia à l'un de ses premiers citoyens, Timoléon, la difficile mission de rétablir l'ordre et la légalité. Hicétas voulait à la fois renverser Denj'S, probablement pour le remplacer, et écarter Timoléon. Il obtint l'assistance de Carthage. Des galères puniques s'efforcèrent, d'ailleurs vainement, d'empêcher le Corinthien de débarquer en Sicile. Puis une armée,

1. M. Boloch (II, p. 380, n. 1) est pourtant disposé à croire que Carthage profila de ces troubles pour s'annexer de nouveau Agrigente, Gela et Camanne, vers 353.

2, Pour ce qui suit jusqu'à la paix de Timoléon, voir Ilolm, II, p. 190-218 ; Meltzer, I, p. 315-338; Freeman, IV, p. 203-348; lîeloch, II, p. 579-586. Cette période est connue grâce à Diodore (XVI, 67-09, 73, 77-82) et à Plutarque (Vie de TimO' léon), qui eurent sans doute des sources dilTérentes; cependant l'on trouve dans ces deux auteurs des iafonnations communes, qui paraissent provenir de Timée.

i4 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTIIAGR.

que commandait un Magon *, — c'était sans doute celle qui avait été envoyée contre Entelle, — se rendit à Syracuse; 150 vaisseaux stationnèrent dans le grand port. La citadelle de l'île d'Ortygie avait été livrée à des troupes de Timoléon par Denys, qui avait abdiqué : Hicétas et les Carthaginois l'assiégèrent, sans réussir à la prendre. Timoléon vint lui-même camper sous la ville, et, bientôt, Magon se retira. On nous dit qu'il avait conçu des doutes sur la fidélité de ses soldats grecs. Mais il n'est pas même sûr qu'il en ait eu sous ses ordres-. D'autres motifs paraissent l'avoir entraîné à une véritable fuite : il dut craindre de rester au milieu d'une population qui était en majeure partie favorable au Corinthien, peut-être aussi d'être trahi par Hicétas. Il n'en avait pas moins trompé les espérances de la République. Pour échapper à une condamnation, il se donna la mort.

Maître de Syracuse, Timoléon envoya dans la province punique un corps de mercenaires, qui lui procura de l'argent par ses pillages. Entelle fut occupée et plusieurs autres villes se déclarèrent pour les Grecs. Carthage se décida à un grand effort. Des troupes transportées en Sicile se joignirent à celles qui y étaient déjà et l'armée ainsi constituée s'avança de Lilybée vers le Nord-Est. Timoléon accourut, avec des forces beaucoup moins nombreuses. Il prit position, non loin de Ségeste^, sur une hauteur au pied de laquelle coule une rivière, le Crimisos des anciens. Les ennemis traversaient ce cours d'eau, sans s'attendre à une attaque, quand le Corinthien se jeta audacieusement sur eux. Un orage très violent, qui grossit la rivière, vint à son aide, car l'armée carthaginoise fut ainsi coupée en deux. Ceux qui restaient aux prises avec les Grecs recevaient en plein visage la pluie et la grêle: leur résistance ne dura pas long-

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