‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 110 sur 407 · Polybe, I · texte numérisé non relu

Polybe, I

parlait le punique, l'ayant appris au cours de ses campagnes; il pouvait se faire entendre de la plupart des mercenaires, qui avaient acquis quelque connaissance de cette langue dans leurs longues années de service. On l'applaudit. Cependant des gens de plusieurs nations, se souvenant de la bienveillance de Giscon, s'avancèrent et demandèrent que les tortures au moins lui fussent épargnées. Leurs voix se confondant et chacun s'exprimant en sa propre langue, on ne saisit pas tout d'abord le sens de leurs discours. Mais, aussitôt qu'on sut ce qu'ils voulaient, quelqu'un s'écria : « Frappe! », et ces malheureux furent lapidés. Leurs parents emportèrent leurs corps, réduits en lambeaux comme s'ils avaient été déchirés par des fauves.

Spendios fit conduire hors du retranchement Giscon et les autres prisonniers, dont le nombre était d'environ sept cents. A peu de distance du camp, on leur coupa les mains, en commençant par ce Giscon, dont naguère les mercenaires proclamaient les bienfaits et qu'ils avaient choisi pour arbitre. Puis on leur fit subir d'autres mutilations, on leur rompit les jambes et on les jeta, respirant encore, dans une fosse \

Quand ils connurent ces atrocités, les Carthaginois envovèrent des députés à leurs deux généraux, Amilcar et Ilannon, pour les conjurer d'en tirer vengeance, et des hérauts au camp ennemi, pour demander l'autorisation d'emporter les corps des suppliciés. Les mercenaires refusèrent de les rendre et ils déclarèrent que, si on leur envoyait encore des parlementaires, ceux-ci seraient traités comme Giscon. Ils résolurent de mettre à mort tous les Carthaginois dont ils s'empareraient, de coupcMles mains à tous les autres hommes qui serviraient dans les

\. Polybe, 1,80. Giscon avait été arrcHé à Tunis, mais son e.\écntion n'put pas Mou dans cette ville, puisque Polyhe parle ici d'un inessai^er qui prélendil en venir. Nous ignorons i'einplaceiuent du catii|) où se trouvaient alors Mallios, qui, peu de temps auparavant, assiégeait Ri/erte, Spendios et Aularite, qui venaient d'échapper à Aniilcar, et où l'on avait emmené les prisonniers.

troupes puniques et de les renvoyer en cet état àCarthage : ce qu'ils firent désormais*.

Amilcar, espérant que la réunion des deux armées hâterait la fin de la guerre, invita Ilannon à le rejoindre. Il ordonna que, dans les combats, on ne fît grâce de la vie à personne. Lorsqu'on lui amenait des prisonniers, il les jetait à ses éléphants, qui les écrasaient. Il comprenait qu'il ne viendrait à bout des rebelles qu'en les exterminant^.

Les Carthaginois commençaient à reprendre courage, quand de nouveaux malheurs les accablèrent. Les deux généraux ne purent s'accorder. Leur inimitié les empêcha de profiter d'occasions propices et permit même aux ennemis de remporter des succès. On décida à Carthage que l'un des deux chefs quitterait l'armée ; le commandement resterait à celui qui serait désigné par les troupes. Le choix des soldats se porta sur Amilcar ^ Des vaisseaux de transport, qui arrivaient des Emporia*, chargés de vivres, et sur lesquels on comptait beaucoup, furent détruits par une tempête : véritable désastre pour les Carthaginois, car ils n'étaient plus maîtres de la Sardaigne, qui, jadis, avait subvenu à leurs besoins dans des circonstances semblables °. Enfin, Utique et Bizerte firent défection. Ces deux villes qui étaient toujours demeurées fidèles, même lors des invasions d'Agathocle^ et de Régulus, qui, dans la guerre présente, avaient seules en Afrique résisté courageusement à la révolte, s'unirent sans motifs aux Libyens et, depuis lors, se montrèrent aussi dévouées à leurs nouveaux alliés qu'achar-

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