Pour les Carthaginois, voir t. II, p. 338, n
4 000 cavaliers qui leur étaient opposés et dégarnirent ainsi les flancs de l'infanterie romaine. Celle-ci, forte d'environ 30 000 hommes, avait devant elle 20 000 fantassins espagnols, africains et gaulois. Elle fut attaquée aux extrémités de son front par les éléphants, sur ses côtés par 8 000 hommes d'infanterie légère et la cavalerie numide, à revers par Magon, qui, sortant d'un ravin où son frère Ilannibal l'avait posté pendant la nuit, s'élança avec 1 000 fantassins et 1 000 cavaliers. Dix mille soldats, qui formaient les premiers rangs du centre romain, réussirent à enfoncer les Gaulois et une partie des Africains et, s'étant ainsi ouvert un passage, purent gagner Plaisance en bon ordre. Mais le reste de l'infanterie de Sempronius lâcha pied et, dans sa fuite vers la rivière, fut massacré par les cavaliers et les éléphants.
Maître de la Cisalpine, Hannibal y demeurra jusqu'à la fin de la mauvaise saison, préparant sa prochaine campagne. Des milliers de Gaulois vinrent rejoindre ceux qui, même avant la victoire de la Trébie, étaient accourus se metire sous ses ordres ^
Au printemps, il pénétra dans la péninsule. Deux armées l'attendaient, l'une au bord de l'Adriatique, à Arimi^num, l'autre en Étrurie, à Arretium (Arezzo), la première commandée par le consul Servilius, la seconde par le consul Flaminius. Malgré les difficultés du chemin à suivre, Hannibal résolut d'entrer en Étrurie : il pensait sans doute que le prestige .d'une nouvelle victoire serait d'autant plus grand qu'elle serait remportée plus près de Rome. Ses troupes souffrirent beaucoup dans de vastes marais qu'il fallut franchir^; le général luimême, atteint d'une ophtalmie, perdit un œil. De Fiesole, il continua sa marche à travers la Toscane, pillant le riche pays
1 Voir ibid., p. 380.
2. Très probablement des marais formés par des inondations de rArno et de ses aflluents, entre Pisloie et Florence, quoique Strab©n (V, 1, tl) les indique dans la plaine du Pô.
qu'il parcourait. Il espérait attirer ainsi Flaminius, qui quitta en effet Arretium pour revenir verp le Sud. Tandis que le consul s'avançait par un étroit passage, entre le lac de Trasimène et les hauteurs qui bordent ce lac au Nord-Est, Hannibal cerna, attaqua partout en même temps et anéantit son armée ^ Comme il l'avait déjà fait après la bataille de la Trébie, comme il le fît plus tard après Cannes, il renvoya, sans exiger de rançon, les alliés de Rome qui étaient tombés en son pouvoir : ce n'était pas à eux, disait-il, qu'il faisait la guerre; il venait, au contraire, libérer les Italiens qui, s'ils étaient sages, devaient rechercher son amitié.
On croyait qu'il allait aussitôt se diriger sur Rome. !Mais les remparts de cette ville la mettaient à l'abri d'un coup de main. Pour l'assiéger, Hannibal ne disposait pas encore de troupes assez nombreuses et sa cavalerie, qui était sa principale force, ne lui eut guère servi ^; il n'aurait pas rassemblé sans peine les matériaux nécessaires à la construction de machines; il manquait d'une flotte qui eût pu surveiller l'embouchure du Tibre et isoler les Romains du côté de la mer. Il se serait exposé à être pris entre les défenseurs de la capitale et l'autre armée consulaire, qui était presque intacte ^ Et, pendant les longs mois qu'aurait duré ce siège, les peuples qu'IIannibal voulait pour alliés auraient été témoins de son impuissance et auraient hésité à s'unir à lui.
Tournant vers l'Est, il se rendit dans le Picenum, on il lit reposer ses soldats et ses chevaux et munit son infanterie afri-
1. Selon Fabius Pictor (apud Tite-Live, XXII, 7, 2\ 13 000 Romains périrent; P<il>lte (III, 84, 7) a adopté ce chilTre. Plus de 15 0^0 auraient été faits prisonniers, i'iivirnn 9000 sur le champ de Itatailie et 6000 autres à quelijue dislance (ils vivaient pu se dégn^'er) : Polybe, 111, 84, 11 et 14; 85, 1. Hannibal perdit 1 500 hommes, surtout des Gaulois : /(/., III, 83, 5 (Tite-Live donne, d'après Tahius, un chilTre plus élevé : XXII, 7, 3).