Delhriick, /. c, p
3. Sauf 4 000 cavaliers que Servilius avait envoyés en avant pour renforcer l'armée de Flaminius et qui, parvenus a peu de distonce du lac de ïrasiméno «près la bataille, avaient été lues ou pris par les Carthaginois.
4r.r> ÎIISTOIUR MILITAIRE DE CAUTHAGE.
caino d'^rmos enlevées aux ennemis tués ou prisonniers. Il se pn'pa'n-t ainsi à vaincre la seconde armée romaine. De plus, en occupant la côte de l'Adriatique, il se rapprochait de Philippe, roi <lc Macédoine, désireux de chasser les Romains des rivages opposés h' cette mer : c'était une sorte d'invitation à une alliance.
Fabius Maximus, nommé dictateur, avait pris le commandement après le désastre de Trasimène. Sachant la supériorité de la cavalerie carthaginoise, comprenant aussi qu'il agirait fort imprudemment s'il se mesurait face à face avec le vainqueur de Scipion, de Sempronius, de Flaminius, il refusa la bataille, tout en se tenant à proximité d'Hannibal. Il lui coupait les vivres, tombait sur ses détachements et, sans courir de gros risques, lui causait une grande gêne et lui infligeait des pertes sensibles; un jour, il tenta même de l'enfermer et de l'écraser dans un défilé. Le Carthaginois chercha à déjouer la tactique de son adversaire. Il parcourut le Nord de l'Apulie, traversa le Samnium, pénétra dans l'Ouest de la Campanie. Par ses pillages, il voulait contraindre Fabius à accepter une rencontre décisive, ou, s'il n'y réussissait pas, détacher de Rome des alliés qu'elle se montrait incapable de défendre. Le dictateur resta inébranlable dans sa résolution et insensible aux plaintes des paysans ruinés, aux critiques de ceux qui taxaient sa prudence de lâcheté; l'échec d'une offensive engagée malgré lui prouva qu'il avait raison.
Ilannibal passa l'hiver de 217-216 et le printemps suivant en Apulie, pays de blés et de fourrages. Il se trouvait dans une situation assez précaire. Ni ses victoires de Cisalpine et d'Étrurie, ni ses essais de séduction, ni ses dévastations n'avaient encore déterminé aucun peuple, aucune ville de la péninsule à se déclarer contre Rome. Les Gaulois, intrépides, mais peu capables de supporter les fatigues \ ne rendaient pas
l.Voir t. II, p. 383.
tous les services que le Barcide avait espérés d'eux. Leur enthousiasme s'était beaucoup refroidi; de nouvelles recrues ne venaient pas combler les vides, car l'armée punique n'avait pu maintenir ses communications avec la vallée du Pô. Elle ne recevait pas les renforts attendus d'Espagne. Cn. Scipion avait débarqué à Empories les troupes que lui avait confiées Publius. Vainqueur d'Hannon, il s'était rendu maître du pays situé au Nord de l'embouchure de l'Èbre, accomplissant ainsi ce qu'Hannibal avait voulu empêcher. Les Romains possédaient désormais une base solide pour leurs opérations militaires dans la péninsule. Asdrubalne parvint pas à les en déloger. En 217 Publius, envoyé par le Sénat en Espagne, et son frère s'avancèrent au delà du fleuve. Loin de pouvoir conduire une armée en Italie, le général carthaginois devait songer à défendre les conquêtes des Barcides. Les Scipions avaient été bien inspirés en ne renonçant pas, malgré la marche d'IIannibal, à l'expédition décidée au début de la guerre : ils avaient enlevé à l'envahisseur de l'Italie la libre disposition des réserves sur lesquelles il comptait le plus.
Les Romains se chargèrent de le tirer d'embarras en venant lui offrir la bataille qu'il souhaitait depuis longtemps. Elle eut lieu près de Cannes, sur l'Aufidus, dans une vaste plaine. C'était un terrain propice à la cavalerie d'IIannibal. Il la plaça, comme de coutume, aux ailes : les Ibères et les Celtes à l'aile gauche, les Numides à l'aile droite. Au centre, il disposa les fantassins gaulois et espagnols, non pas en ligne droite, mais de manière à former une sorte de croissant dont la convexilé était tournée vers l'armée qu'il allait combattre. Entre les extrémités de ce croissant et les ailes, il mit les fanlassins africains, répartis en deux corps égaux. Les cavaliers de l'ailo gauche vainquirent et massacrèrent la cavalerie romaine, Inen moins nombreuse, qui leur faisait face. Puis, passant derrière rennemi, ils s'élancèrent sur son aile gauche, constituée par
Ib8 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTIIAGE.
la cavalerie des alliés. Celle-ci avait tenu bon contre les Numides, mais, menacée de deux cotés, elle s'enfuit. Elle fut en majeure partie détruite par les Numides, qui lui donnèrent la chasse. Cependant l'infanterie des llomains s'était avancée contre les Gaulois et les Espagnols, attirée parla forme bombée du centre carthaginois. Convergeant vers ce centre et, par conséquent, diminuant l'étendue de son front, elle refoula la ligne courbe de ceux qu'elle attaquait et poursuivit ces troupes qui cédaient à la supériorité du nombre. Elle parvint ainsi à la hauteur des Africains qu'Hannibal avait placés à droite et à gauche de son centre, et auxquels il fît faire alors une conversion, pour les jeter sur les deux flancs des assaillants. En même temps, les cavaliers qui, au début de l'action formaient l'aile gauche punique et qui avaient anéanti ou mis en fuite les deux ailes ennemies, prirent à revers l'infanterie romaine. Elle était complètement cernée. Entassée, resserrée de plus en plus, elle se laissa égorger. Les forces que commandaient les consuls s'élevaient à environ 80000 fantassins et 6 000 cavaliers. Dix mille horhmes, chargés de la garde du camp, ne participèrent pas à la bataille. Presque tous les autres périrent, au nombre de 70000, selon Polybe^ Sur une cinquantaine de mille hommes ^ Hannibal n'en perdit que 5700.
Pas plus après Cannes qu'après Trasimène, il ne se crut capable de prendre Rome. Mais, puisque les vaincus n'étaient pas disposés à accepter leur défaite, il fallait donner plus d'ampleur à la guerre et profiter de ce triomphe pour demander à Carthage de nouveaux efï'orts, pour obtenir, en Italie et ailleurs, les alliances, les concours qui s'étaient fait attendre trop long-
1. Deux mille hommes tués dans le camp sont peut-être compris dans ce» 70 000. Les Carthaginois firent 12 000 prisonniers : 10 000 fantassins (dont 8 000 dans le camp) et 2 000 cavaliers (qui avaient pu s'échapper et que les Numides ramenèrent). Pour ces chiffres, voir Polybe, III, 113, 5; 117, 2-4, 8, 11-12. Les indications de Tite-Live ne concordent pas avec celles de l'historien grec. Voir Kromayer, /. c, p. 344.