‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 147 sur 407 · Voir t. II, p · texte numérisé non relu

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i60 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTIIAGE.

lliage les accepta; il ju^ea sans doute qu'on ferait aisément entendre raison au jeune roi quand les Romains auraient été chassés de l'île. Les Syracusains entrèrent en campagne sans tarder.

Abandonnée d'une partie de ses sujets et de ses alliés, assaillie de toutes parts, Home rejeta la pensée d'une paix honteuse. Tous les citoyens, sacrifiant leurs discordes au salut delà patrie, s'unirent autour du Sénat, qui resta fidèle à sa maxime de ne traiter ni au lendemain d'une défaite, ni avec un ennemi campé sur le sol italique. La volonté froide et opiniâtre de cette assemblée maintint l'Etat, reconstitua ses forces et lui permit de faire face à toutes les attaques.

Cet État était d'ailleurs plus solide qu'IIannibal ne l'avait cru. Au delà du territoire propre de la cité souveraine, des colonies, disséminées jusqu'aux rives du Pô, jusqu'au canal d'Otrante, étaient des foyers de vie latine, des places fortes prêtes à une résistance acharnée, des points d'appui pour les armées. Dans le Sud, les villes grecques se souvenaient qu'elles n'avaient pas eu à se louer de la protection de Pyrrhus, cet autre vainqueur de Rome; elles s'inquiétaient de l'alliance (l'IIannibal avec les peuples d'origine samnite, leurs vieux ennemis, qui ne demandaient qu'à les rançonner ou à les détruire. La crainte des Gaulois, le besoin d'une défense effi- •:ace contre leurs pillages avaient beaucoup contribué à faire accepter dans la péninsule la domination romaine : or ces Gaulois étaient, eux aussi, les alliés du Carthaginois. Dans presque loutes les cités, un parti aristocratique et un parti démocratique se querellaient sans répit : le premier, qui, d'ordinaire, détenait le pouvoir, se montrait enclin à rester fidèle à Rome, où le gouvernement appartenait à l'aristocratie.

Le territoire de la République et les pays qui reconnaissaient encore son autorité étaient assez vastes et assez peuplés pour fournir, pendant de longues années, de nombreux combattants. Si ces hommes avaient moins de pratique militaire que les vétérans des Barcides, ils ne manquaient pas des qualités physiques et morales qui font les bons soldats ^ Il est vrai que leurs chefs étaient fort inférieurs àHannibal. Dans une guerre de cette importance et de cette étendue, c'était une règle absurde de remettre la conduite des armées à des magistrats annuels. On la corrigea, soit par des réélections, soit par des prorogations de commandement. On renonça le plus souvent à confier à deux chefs égaux en pouvoirs la direction d'une campagne. Avec le temps, quelques généraux, profitant des leçons de l'expérience et des exemples de l'adversaire, apprirent à exécuter d'autres manœuvres que celle qui consistait à pousser droit leur infanterie et à s'efforcer d'enfoncer l'ennemi en l'abordant de face. Scipion l'Africain ne dut pas seulement à d'heureuses chances ses grandes victoires d'Espagne et de Zama. Mais, au lendemain du désastre de Cannes, les Romains n'avaient aucune envie d'affronter Hannibal dans des batailles ranimées. Revenant à la tactique de Fabius le Temporisateur, ils prirent la résolution d'user l'armée punique, tout en l'empêchant de recevoir des renforts.

Hannibal aurait eu besoin de troupes très nombreuses pour assiéger le? places fortes qu'il rencontrait partout, pour emporter les camps retranchés derrière lesquels les Romains s'abritaient en lui refusant le combat, pour défendre les villes et les peuples alliés auxquels ils s'attaquaient, kandis que luimême était occupé ailleurs, pour assurer ses communications et son ravitaillement. On sait combien un siège était une opération difficile dans l'antiquité : les Carthaginois en tirent

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l'épreuve devant de petites places comme Casilinum en Campanie et Pétélie dans le Bruttium. Ilannibal ne remportait que des succès médiocres et coûteux, dans lesquels sa cavalerie jouait un rôle très secondaire. Il était à charge à ses partisans, qui devaient faire vivre son armée et qu'il protégeait mal, car il se serait trop affaibli en laissant partout des garnisons.

Aussi beaucoup de ceux qui s'étaient joints à lui après Cannes commencèrent-ils à le regretter; quelques-uns même revinrent aux Romains. Ce fut après de longues hésitations et par nécessité que d'autres se déclarèrent pour Carthage. Parmi les cités grecques des côtes, Locres ouvrit ses portes à un lieutenant du Barcide en 215; mais Tarente, la plus importante de ces villes, Métaponte, Thurioi ne se décidèrent que deux ou trois ans plus tard; Naples et Rhégion restèrent obstinément fidèles à Rome. Les alliés d'Hannibal voulaient qu'il assurât leur salut, mais ils entendaient fixer à leur gré les sacrifices d'hommes et d'argent qu'ils feraient à la cause commune. La plupart d'entre eux trompèrent ses espérances.

Il s'efforçait cependant de mener de front l'attaque et la défense. Il se déplaçait avec une rapidité prodigieuse et, là où il apparaissait, ses décisions promptes, ses manœuvres habiles déjouaient le plus souvent les projets de l'ennemi et sauvaient les situations compromises. Mais son armée fondait peu à peu, diminuée par les fatigues, les escarmouches, les capitulations, les maladies.

Il ne recevait pas de renforts par terre : les Gaulois de la Cisalpine étaient impuissants à s'ouvrir les routes interceptées. Il n'avait pas pu s'emparer des villes côtières de la Campanie; si, dans le Sud de l'Italie, il disposait de plusieurs ports, le seul qui fût bon, celui de Tarente, était commandé par une citadelle où se maintenait une garnison romaine. L'infériorité de la marine punique rendait périlleux de grands transports de troupes. Pourtant, nous l'avons dit, le gouvernement carthagi-

nois avait décidé d'envoyer des secours en Italie; par malheur, il fallut leur donner une autre destination et l'on ne débarqua sur la côte du Bruttium que quelques milliers de Numides et des éléphants ^ Philippe guerroya en Illyrie, puis en Grèce, où Rome s'assura l'alliance de la ligue étolienne. Mais l'armée macédonienne promise à Hannibal ne traversa pas l'Adriatique. En Espagne, Asdrubal, se dirigeant vers l'Italie, rencontra les Scipions près de l'Ebre; il fut vaincu et battit en retraite. Ce grave échec eut pour conséquence l'envoi dans la péninsule ibérique des forces que Magon devait amener à l'aîné <le ses frères. Les événements qui se passèrent dans cette contrée de 215 à 212 sont mal connus. Ce qui est certain, c'est qu'Asdrubal ne renouvela pas sa tentative ; peut-être même fut-il rappelé en Libye ^ Ainsi, aucune des armées qu'IIannibal attendait ne le rejoignit.

Celle qui partit d'Afrique au printemps de l'année 215 pour ■aller en Sardaigne fut d'abord poussée par la tempête aux iles Baléares. Quand elle débarqua sur la côte sarde, les indigènes qu'elle voulait secourir avaient déjà été vaincus. Elle subit le même sort et son chef fut fait prisonnier.

En Sicile, la guerre commençait à peine quand Hiéronyme fut assassiné. Les Romains purent croire que l'alliance conclue «ntre ce roi et Carthage n'aurait pas d'effets. Cependant, après une période de troubles, Hippocrate et Epicyde, soutenus par les soldats, se rendirent maîtres de Syracuse, que iMarcellus, un des meilleurs généraux de Rome, vint assiéger. Une forte armée punique, commandée par un Ilimilcon, descendit en 2! 3 sur la côte méridionale de l'île et s'empara d'Agrigente. Elle s'avança jusqu'auprès de Syracuse. En même temps, l'amiral Bomilcar amena une flotte devant cette ville. Mais ni lui, ni Ilimilcon n'osèrent con)baltro : l'un retourna à Car-

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