Conf. Tite-Live, XXX
Espagne, avec des députes chargés de recevoir rengagement des Scipions, et aussi de provoquer des désertions parmi les Numides qui servaient dans les troupes puniques.
Statorius réunit une infanterie nombreuse, qu'il exerça selon les méthodes romaines. Bientôt le roi osa livrer une bataille rangée aux Carthaginois et il les vainquit. Cependant ses députés avaient rempli leur mission. Informés de son accord avec les Romains, les Carthaginois envoyèrent une ambassade à Gaïa, pour lui représenter que cette alliance allait rendre S3^phax «plus puissant, plus redoutable aux princes et aux peuples africains; il était de leur intérêt commun de s'unir le plus tôt possible pour l'écraser, avant qu'il ne put agir de concert avec ses nouveaux amis, soit en Libye, soit en Espagne. Gaïa se laissa facilement persuader, sur les instances de son fils, jeune encore, mais très ambitieux. Attaqué par des forces puniques et par Masinissa, S^^phax perdit une bataille, où périrent, dit-on, 30 000 hommes. Il s'enfuit avec quelques cavaliers chez les Maures. Mais, bientôt, sa renommée attira tant d'indigènes qu'il put constituer une armée. Il s'apprêtait à passer en Espagne par le détroit, quand Masinissa survint, à la tête de ses soldats victorieux, et, sans l'appui des Carthaginois, remporta sur lui de grands succès.
Évidemment, Tite-Live et Appien ont eu ici des sources différentes S qui restent inconnues ^ et dont nous ignorons
1. Ailleurs (Iber., 29), Appiea fait allusion aux relations amicales que Syphax avait eues avec les Scipions : l'auteur qu'il copie dans ce passage connaissait donc le récit que nous lisons dans Tite-Live (voir aussi Appien, Lib., 27).
2. L'emploi par Tite-Live (XXIV, 49, 5) du terme iMauriisii (et non Mauri) peut faire admettre qu'il dépend d'un auteur écrivant en grec (Kahrstedt, p. 255), Cœlius a peut-être servi d'intermédiaire. Conf. (ainsi que l'indique Weissenborn, ad locum), Tite-Live, Le. : « Maurusios... Numidas (extremi prope Oceanum adversus Gades colunt », et un fragment de Cœlius (Peter, Histor. Roman, fragm., p. 107, n° 55) : « Maurusri, qui iuxta Oceanum colunt ». Cela n'est pas très péremploire; à propos d'un fait qui se passa en 219-8, Polybe (111, 33, 15) dit de même, probablement d'après Hannibal : Ma-^po-jaicov tcov r.xpa. tbv 'Lix:avov.
la valeur \ Il convient de se méfier, car, là où l'on peut les contrôler, l'on constate que ces deux auteurs ont introduit dans l'histoire de la seconde guerre punique nombre dfe légendes et de mensonges -. Le récit de Tite-Live offre plus d'une invraisemblance. Si, en 213, Syphax avait reçu d'un centurion des leçons d'art militaire, il est à croire qu'il s'en serait souvenu une dizaine d'années plus tard : or rien n'indique ^ qu'en 203, il ait lutté contre Scipion l'Africain, Lœlius et Masinissa avec une infanterie organisée sur le modèle des légions et combattant comme elles. On ne voit guère par quels moyens ses députés, se rendant auprès des Scipions en compagnie de deux Uomains, auraient débauché des Numides qui se trouvaient, dans des camps ennemis. La renommée de Syphax pouvait être grande, mais, lorsqu'il avait fui presque seul au delà des frontières de son royaume, il venait, nous dit-on, de subir un désastre : les volontaires qui seraient venus en foule se placer sous ses ordres auraient eu une foi robuste dans sa fortune. Pourquoi négligea-t-il alors de reconquérir ses Etats et préférat-il porter la guerre dans le Sud de l'Espagne, où les Carthaginois étaient capables de repousser une agression? Où comptait-il prendre les vaisseaux de transport nécessaires pour faire passer le détroit à toute son armée, les vaisseaux de guerre capables de protéger cette expédition contre une flotte punique? Il n'est pas impossible, cependant, qu'Appien et Tite-Live nous aient conservé quelques parcelles de vérité. Une guerre a pu éclater vers 213 entre le roi des Mascesyles et Cartilage. Celle-ci aurait alors rappelé en Afrique une partie de ses troupes d'Espagne et peut-être leur général Asdrubal. Les Scij>ions, heureux de cette diversion, seraient entrés en rapports avec Syphax; des députalions auraient été échangées. Les
1. M. K/ihrsledt (p. 25t-5 et 513, n. 2) déclare qu'il faut rejeter absolument le récit de TiloLive.