Conf. Tile-Live, XXVIIl
3. D'après Appien {Iber., 20 et 30), les Carthaginois, ayant été informés de 1.» visite de Lu3lius à Syphax, auraient envoyé à leur tour des députés au roi pour obtenir son alliance. A celle nouvelle, Scipion se sérail rendu auprès de Svphax. Appien ajoute (juc les députes (parmi los(|ucls il nomme Asdriihah tentèrent do laita(|uer lors(|u'il s'apj)r.)cha du port. Il n'est pas impossible «|u'Asdrubal ait connu la visite de L;elius et (ju'une des causes de son arrêt à Siga ait été sou désir d'empêcher Syphax de céder aux suggestions du Homain. .Mais il n'y a pas de bonnes raisons pour préférer le récit d'Appien à celui de Tile-Live, qui dérive très probablement d'une meilleure source
186 111SÏU11U-: MILITAIRE DE CAUTHAOE.
Asdrubal aucune haine personnelle qui rendit une réconciliation nécessaire, et il ne pouvait, sans ordres du Sénat, entamer avec un ennemi une discussion sur les affaires publiques. Syphax, qui tenait à traiter ses deux visiteurs avec les mêmes égards, les invita ensemble à sa table et les pria de se placer sur le même lit. Par sa courtoisie, son tact, le charme de sa parole, Publius séduisit, dit-on, non seulement le roi barbare, mais aussi Asdrubal : le Carthaginois aurait confié à Syphax, peu de jours après, que cet homme lui avait paru encore plus à craindre dans la conversation qu'à la guerre*. Scipion revint à Carthagène après une traversée que des vents contraires rendirent pénible et qui dura quatre jours^
Selon Tite-Live, il aurait conclu une alliance avec Syphax ^ On ne saurait naturellement deviner les propos qu'ils échangèrent et les engagements, sincères ou non, que le roi put prendre. Il devait être très perplexe. Il aurait commis une lourde faute en repoussant les avances des Romains, vainqueurs en Italie, en Sicile, en Espagne, et qui allaient peut-être vaincre en Afrique, même s'il leur refusait son concours. D'autre part, Carthage gardait un grand prestige aux yeux des indigènes. Incertain de l'issue de la guerre, Syphax souhaitait ne pas y participer. Bien plus, il espérait que, grâce à son entremise, elle s'achèverait avant d'avoir été transportée sur le continent africain. Pour jouer ce rôle d'ari)itre, qu'en réalité, ni Rome, ni Carthage n'étaient disposées à lui attribuer, il fallait qu'il fût l'ami des deux Républiques. Quelles qu'aient été les nromesses qu'il fit à Scipion, il ne rompit nullement avec les
1. Polvbe, XI, 24 a, 4. Coiif. Tite-Live, XXVIII, 18, 7; Appien, fber.^ 30.
2. On voit. par le fragrncnt de Polybe qu'Asdrubal quitta Siga après Publius. Appien prétend (Iber., .30) que les Carthaginois avaient de nouveau projeté d'attaquer le général romain lors de son départ, mais que Syphax les reimt le temps nécessaire pour permettre à ï^ublius de leur échapper.
3. XXVIII, 18, 12 : « foedere icto cum Syphace >> ; conf. XXIX, 23, 6; 24, 3; XXX, 13, 8 et 9. Voir aussi Appien, Iber., 30; Li6., 10 et 27.
L'aFRIQL'E au temps de la guerre D"HANNIBAL. 187
Carthaginois. Nous verrons que, quelques mois après, il reçut de nouveau la visite d'Asdrubal et se montra docile à ses conseils.
Quant à Masinissa, il avait appris à connaître en Espagne la valeur des troupes romaines et de leur général; sa cavalerie même, si redoutable, avait subi un grave échec dans un combat qui avait précédé la bataille d'llipa\ Il avait assisté à la ruine de la domination punique dans la péninsule et il prévovait qu'en Libye, Rome aurait également le dessus. Peut-être était-il mécontent de Carthage, qui se servait de lui, mais se défiait de son ambition et de ses talents, et qui semblait ne pas vouloir que ce fils de roi devînt roi lui-même". Il devait savoir que Scipion désirait s'entendre avec lui : Tite-Live raconte qu'un petit-fils de Gaïa^ le jeune Massiva, qui avait accompagné son oncle en Europe, ayant été fait prisonnier, le général romain s'était empressé de le relâchera Après la bataille d'Ilipa, au printemps de l'année 206, Masinissa aurait eu une entrevue secrète avec Junius Silanus, auquel Pubiius, retournant à