‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 224 sur 407 · Tiit'-Live, XXX, 24, .'Î-O · texte numérisé non relu

Tiit'-Live, XXX, 24, .'Î-O

:i. C'est ce iiu'iiuli(iiiait l'aiilour dont dos échos se rclrouvonl dans Uiodore, XXN II, II, <'t Appien, Lib., 'M. Voir Kal»r»lodt, p. 557.

4. Sans doute celui (jui était allé chercher Hannihal en Italie.

que leurs équipages abandonnèrent, furent remorqués jusque dans le port de Cartilage'.

Scipion aj)prit presque en même temps que les Carthaginois avaient ainsi violé leurs engagements et, par des lettres reçues de Rome, que la paix était conclue '. Malgré son indignation, il ne se décida pas tout de suite à une rupture. Du camp du promontoire, il envoya trois députés à Cartilage, pour annoncer la ratification du traité et demander réparation de ce qui venait de se passera Ils se présentèrent devant le Sénat, puis devant le peuple, et s'exprimèrent avec une grande franchise. Ils rappelèrent l'attitude et les discours des membres du Conseil à Tunis. Comment les Carthagi-nois, après avoir fait preuve de tant de bassesse, avaient-ils eu l'audace de manquer d'une manière si grave à leurs serments? S'ils comptaient sur Hannibal et sur son armée, ils se trompaient : Hannibal avait quitté l'Italie en vaincu et il U'ouvait maintenant devant lui des

1. Tite-Live, XXX, 24, tO-12 : ce récit du naufrage et du pillage des vaisseaux a peut-être été emprunté à Polybe. Courtes indications dans Diodore, XXVII, 11, et Appien, Lib., 34. D'après ces auteurs, le Sénat se serait opposé aux exigences du peuple. — Tite-Live place l'alTaire du convoi dans Tannée consulaire qui prit fin le 14 mars 202. iMais Scipion fut informé aussitôt après celte affaire que le traité venait d'être ratifié à Home. Or nous avons quelques raisons de croire que la ratification fut postérieure à l'entrée en charge des magistrats de l'année 202 {supra, p. 2iG, n. 1). Cn. Octavius et P. Lentulus, qui sont nommés dans le récit de Tite-Live, exercèrent les mêmes commandements en 203 et en 202 (voir Tite- Live, XXX, 1, 9; 2, 4; 27, 9; 41, 2) : leur mention ne peut donc pas donner un repère chronologique. Ailleurs (XXX, 38, 10), et parmi les événements de l'année consulaire mars 202-mars 201, le même auteur parle d'une inondation du Tibre qui aurait eu lieu à l'époque où l'on connut les événements de Carthage, lors des jeux Apollinaires, célébrés le 13 juillet du calendrier officiel. Cette assertion, qui se trouve mêlée à une liste de prodiges, a été empruntée à une source sans valeur historique.

2. Polybe, XV, 1,3-4; voir aussi Zonaras, IX, 13, p. 441, a. Tite-Live (XXX, 25, 1) a cru devoir affirmer le contraire : « neque sciebafeur quae senatus Romani de bello aul pace sententia esset ».

3. Même si Polybe ne le disait pas (XV, 1, 3 : TiapauTcxa; conf. Tite-Live, XXX, 25, 2 : • extemplo »), il faudrait admettre que la demande de répara tion suivit immédialomcnt le pillage du convoi. M. Kahrstedt (p. 560, n. 1) croitque la capture des transports eut lieu en janvier, et l'allenlat contre les députés en février. Mais, s'il en avait été ainsi, la nouvelle du pillage, apportée à Rome, aurait empêché la conclusion de la paix, décidée très peu de temps avant l'allentat.

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troupes déjà plusieurs fois victorieuses. Ils seraient écrasés de nouveau et n'auraient à espérer ni pitié, ni pardon.

Ces paroles hautaines déplurent fort. Très peu nombreux furent ceux qui conseillèrent de rendre les navires et les vivres. Le peuple ne l'eût pas souffert et la plupart des magistrats et sénateurs ne voulaient plus du traité, tant ils étaient sûrs qu'IIannibal serait vainqueur. L'assemblée des citoyens fut d'avis de laisser partir les députés sans réponse*.

De leur côté, les gouvernants^ machinèrent un guet-apens pour rendre la reprise de la guerre inévitable. Lorsque les envoyés de Publius retournèrent vers le promontoire sur la quinquérème qui les avait amenés, ils les firent accompagner par deux trirèmes, destinées, disaient-ils, à leur servir d'escorte et à les préserver de tout danger. En même temps, ils donnèrent des instructions à l'amiral Asdrubal, dont la flotte était mouillée près d'Utique, probablement à Rusucmon^ Ils l'invitèrent à poster non loin du camp de Scipion quelques navires, qui attaqueraient la quinquérème et la couleraient, après que les deux vaisseaux d'escorte se seraient séparés d'elle. Les commandants des trirèmes reçurent l'ordre de rebrousser chemin quand ils auraient dépassé l'embouchure du Bagrada*, d'où l'on pouvait apercevoir le camp. Ainsi fut fait. En voyant qu'on leur faussait compagnie, les députés s'offensèrent d'un acte qui leur parut être un manque d'égards, mais ils n'eurent aucun soupçon. Tout à coup, trois trirèmes carthaginoises, qui

1. Polybe, XV, 1, et 2, 1-4. Voir aussi Tile-Live, XXX, 25, 2 (il ne donne pas de détails); Ap[)ien, Lib., :U; Dion, fraiiin. .")(>, 7S, pt Zonaras, IX, 1:^, p. 441, a. — Selon Tile-Live (XX.\, 25, 3), les maf;islrals eurent peine à préserver les députés des violences de la foule. Appien (Lib., 34; oonf. 50) prétend «lue le peuple voulut retenir les envoyés de Scipion jusqu'à ce que les ambassadeurs carlli.-iiiinois fussent revenus de Itonie; l'intervention d'ilannon le Grand et d'Asdrubal le Chevreau aurait sauvé les Honiains (conf. t. 11, p. 207). Diodore (XXVII, 12. 1) dit aussi (\ue les députés furent menacés de mort et sauvés par de^ ^ens sages.

2. Polybe, XV, 2, 4 : Tfi>v TcoytTî'joiiivwv. Diodore (/. c.) dit : o\ ôr.fjLoxpaxojvTeç. '.\. Au cap d'Apollon, dit Appien, l.ih., .14.

4. Pour le lieu on débouchait .ilors la Medjerda. voir t. 11, p. 144.

250 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTllAGE.

s'étaient dissimulées, fondirent sur leur vaisseau. Les Romains surent éviter les chocs des éperons et, par une défense courageuse, ils empêchèrent l'ennemi d'envahir le pont; beaucoup <l'entre eux furent cependant blessés ou tués. Enfin, à la vue de quelques soldats qui étaient allés fourrager hors du camp et qui accouraient pour leur venir en aide, ils se firent échouer sur la plage '. Les députés échappèrent à la mort par miracle^.

Scipion n'hésita plus à regarder le traité comme rompu. Il prit aussitôt des mesures pour la sécurité de sa fiotte, confia la ^arde du promontoire à un de ses lieutenants, Bœbius, et se remit en campagne ^

Quelques jours plus tard, les ambassadeurs carthaginois revinrent d'Italie et abordèrent au promontoire avec les Romains qui les accompagnaient. Ceux-ci se hâtèrent de rejoindre le général, auquel ils apportèrent des nouvelles

1. Vraisemblablement entre l'embouchure du fleuve et le promontoire de Galaat el Andeless. De ce côté, il devait être facile de faire échouer un navire; la présence de fourrageurs, sortis du camp romain, s'expliquerait bien aussi. Tile-Live iXXX, 25, 6) dit, sans doute à tort, que l'attaque eut lieu au moment où la galère romaine doublait le promontoire.

2. D'après le récit de Polybe, XV, 2, 4-15. Voir aussi Tite-Live, XXX, 25, 3-9; Diodore, XXVII, 12, 1; Appien, Life., 34; Dion, fragm. 56, 78, et Zonaras, IX, 13, p. 441, a. 11 y a des variantes chez ces divers auteurs. Ainsi, dans Tite-Live, ce sont les députés qui, craignant pour leur sécurité, demandent aux magistrats une escorte de navires. Asdrubal, dit il, agit soit de sa propre initiative, soit sur un ordre secret venu de Carlhage. Mais la première hypothèse est inadmissible, car J'abandon de la galère romaine par les trirèmes d'escorte prouve qu'il y avait •entente entre les magistrats et l'amiral. Dans Appien, ce sont Hannon le Grand et Asdrubal le Chevreau, bien intentionnés, qui font accompagner les députés par deux trirèmes (indication analogue dans Diodore). Appien prétend que plusieurs députés furent tués dans le combat.

3. Polybe, XV, 4, 1. — Selon Dion {apud Zonaras, IX, 14, p. 441, c), Scipion aurait eu un autre motif de reprendre les hostilités. Il aurait craint que le consul Ti. Glaudius Nero ne vint lui ravir sa gloire. Mais il ne put recevoir en même temps de Home la nouvelle de la ratification du traité de paix et celle que l'un ^es consuls allait bientôt débarquer en Afrique pour y faire la guerre. D'après Polybe (XV, 4, 8), ses envoyés, revenus peu après d'Italie, lui apprirent que le Sénat et le peuple s'étaient montrés favorables à toutes ses demandes : ce qui lui causa un grand plaisir. On n'avait donc pris aucune décision dont il eût pu s'alarmer. Les indications données par Tile-Live (XX.X, 27, 2-5) au sujet du consul Glaudius et de l'allribuLion qui lui aurait été faite d'un commandement lie Afribue sont sans doute inexactes.

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détaillées de ce qui s'était fait à Rome. Quant aux Carthaginois, Bœbius les retint. Instruits de l'attentat commis par leurs concitoyens, ils eurent de vives inquiétudes, car ils s'attendaient à être victimes de représailles méritées. Mais Scipion ordonna à son lieutenant de les relâcher : il ne voulut pas que la déloyauté de l'ennemi servît d'exemple à sa patrie ^

Selon une tradition romaine, recueillie par Appien ^ Ilannibal avait déjà commencé les hostilités. Tandis qu'il faisait ses préparatifs à Hadrumète, achetant des chevaux, rassemblant des approvisionnements de blé, il s'était, dit cet auteur ', assuré l'alliance de plusieurs princes numides : du chef des Aréacides*; d'un Mésotyle ^ qui lui avait amené 1000 cavaliers (il s'agit d'un personnage appelé par Tite-Live Mazaetullus^); enfin du fils de Syphax, Vermina, qui possédait encore la plus grande partie des Etats de son père et qui, lui aussi, vint à l'armée punique. Quatre mille cavaliers, après

1. Polybe, XV, 4, 5-12. Voir aussi Tile-Live, XXX, 25, 9-10; Diodore, XXVII, 12; Appien, Lib., 35; Eutrope, III, 22, 2. Appien dit à tort que les ambassadeurs furent expulsés de Uonie à la nouvelle de l'attentat commis contre les députés de Scipion. Le môme auteur et Diodore affirment (ju'ils furent jetés au camp romain par une tempête. Selon Tite-Live. Diodore et Appien, Scipion n'était pas encore entré en campagne : il aurait renvoyé lui-même les Carthaginois. — Dans une autre circonstance, Publius voulut, nous dit-on, prouver combien il respectait le droit des gens. Les Romains ayant capturé un navire punique, ceux qui le montaient prétendirent qu'ils étaient envoyés vers Scipion en ambassade; il les lit aussilùl relâcher ; Valére-Maxime, VI, 0, 4; Dion, fragm. 50, 75, et Zonaras, L\, 12, {). 438, c. Le héros n'oublia sans doute ses rigoureux priiuij)es de loyauté (lue (juand il fallut préparer l'attaque des camps d'Asdrubal et de Syphax

2. Une tradition semblable a dû élre suivie par Dion Cassius : voir p. 252, n. 3.

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