‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 251 sur 407 · XV, 15, 3 et G · texte numérisé non relu

XV, 15, 3 et G

l'historien ', il est des jours oii le hasard se plaît à contrarier les desseins des gens habiles ; il en est aussi où, selon le proverbe, un homme de valeur en rencontre un autre qui vaut mieux que lui. Hannibal en fit alors l'épreuve ». L'ordre qu'il avait adopte <3tait ingénieux : d'une armée non homogène, il avait résolument fait trois armées, assignant à chacune la tâche à laquelle «lie paraissait propre, les échelonnant de telle sorte que les troupes engagées fussent contraintes à faire leur devoir par Il menace de celles qui les suivaient. Mais la victoire justifia h; plan de Scipion. Il sut éluder adroitement l'attaque des éléphants et garder intactes ses deuxième et troisième lignes jusqu'au moment où leur intervention devint nécessaire ; il comprit que le succès dépendait surtout de sa cavalerie et, pour livrer bataille, il choisit le terrain le plus avantageux pour elle, une vaste plaine. Les légionnaires romains soutinrent une lutte très dure, grâce à leur forte cohésion, qui n'excluait pas la souplesse des mouvements, à leur courage et à l'excellence de leurs armes. Surs de leurs compagnons et de leur chef, ils avaient ce qui manquait-à leurs adversaires : la volonté de faire triompher une cause également chère à tous. Les vétérans ramenés d'Italie par Hannibal n'éprouvaient sans doute que du dédain pour les jeunes soldats dont ils étaient chargés ^l'empêcher la fuite. Les mercenaires se crurent trahis par les Carthaginois et tournèrent leurs épées contre eux; ils ne se résignèrent pas au rôle de victimes que le général leur avait, semble-t-il, froidement réservé. Hannibal avait cru que la crainte pouvait remplacer la confiance mutuelle. L'événement prouva qu'il s'était trompé. Son plan s'elTondra. N'avant pu vaincre à temps l'infanterie do ses ennemis, il devait être vaincu par leur cavalerie. Masinissa, dont les Numides étaient Urobablement bien plus nombreux que les cavaliers italiens,

i. XV, 10, 6.

prit une part décisive à sa défaite : ce jour-là, il paya largement à Rome la dette qu'il avait contractée envers elle. Plus heureux que le Barcide ne le fut en Italie, Scipion avait trouvé en Afrique un allié capable de lui prêter un concours vraiment efficace.

Publius se hâta de retourner au camp voisin d'Utique* et il fit partir pour Rome LîbHus, messager de sa victoire^.

A la nouvelle delà reprise des hostilités, le Sénat avait peut* être décidé d'envoyer des renforts en Afrique ^ Selon Tite- Live*, le consul Ti. Claudius Nero reçut alors la mission d'y^ conduire 50 quinquérèmes. Ses préparatifs furent très longs ^. Une fois embarqué, il eut à lutter, sur le littoral de l'Etrurie*',. contre une violente tempête. Quand l'état de la mer le lui permit, il passa successivement par les îles d'Elbe, de Corse et de Sardaigne. Une autre tempête ayant fort endommagé ses vaisseaux, il dut s'arrêter, pour les réparer, dans le port de Caralis (Cagliari), où il fut retenu par l'hiver. 11 parvint ainsi au terme de sa magistrature et, ses pouvoirs n'ayant pas étéprorogés, il ramena la flotte en Italie \ Zonaras ^ donne sur cette expédition avortée des indications qui ne concordent pas exactement avec celles de Tite-Live^ Il est impossible de dire

1. Tite-Live, XXX, 36, 1 (Polybe nous manque ici), Appiea {Lib., 48) deqi» Scipion continua sa campagne, « soumettant les villes ».

Page 1