‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 41 sur 407 · Diodore, XX · texte numérisé non relu

Diodore, XX

2. L'orthographe de ce nom varie dans les textes anciens. Diodore écrit '0:pf>,- ).ar, le marbre de Parcs (/nscr. graecae, XII, 5, n** 444, § cxx, à la p. 110), 'O^sXa'» (conf. Slrabon, XVII, 3, 3; Polyen, V, 3, 4).

3. Meltzer (I, p. 377, .390-1) fait remarquer avec raison que les préparatifs d'Ophelas durent être assez longs : les propositions d'Agathocle lui furent donc apportées plusieurs mois avant son départ : soit dans l'hiver de 310-309, soit dans celui de 309-8, selon la date que l'on adopte pour l'expédition.

à ses ^ésirs^ Il envoya des députés aux Athéniens, bien disposés pour lui, parce qu'il avait épousé la fille d'un Miltiade, descendant du vainqueur de Marathon, et parce qu'il leur avait rendu quelques services. Un grand nombre d'entre eux s'enrôlèrent et beaucoup d'autres Grecs firent de même : ils acceptèrent volontiers de quitter leur pays, ruiné par les guerres, dans l'espérance de recevoir des terres en Libye et d'avoir leur part d'un riche butina

Ayant achevé ses préparatifs, Ophelas partit de Cyrène ^ en plein été, avec une belle armée, composée de plus de

10 000 fantassins, de 600 cavaliers, de 100 chars, que montaient plus de 300 conducteurs et combattants. Hors des rangs, s'avançait une foule d'environ 10 000 hommes, femmes et enfants, chargés de bagages : on eut dit une colonie en marche.

11 fallut dix-huit jours pour franchir 3 000 stades (plus de 500 kilomètres) et atteindre Automala*, au fond de la grande Syrte, près de la limite de l'empire carthaginois. Puis les Grecs s'engagèrent dans un long désert, infesté de serpents dont les morsures étaient mortelles. Ils eurent beaucoup à souffrir du

1. Un Périple décrivant la cùte océanique de la Libye fut publié par les soins d'un Ophelas de Cyrène (voir t. I, p. 474, n. I). S'il s'agit, comme c'est probable, du môme personnage, on peut en conclure que ses ambitions allaient fort loin.

2. Diodore, XX, 40. — Un décret athénien (Inscr. graecae, II, 23-)), rendu en l'honneur de deux ambassadeurs carthaginois, peut être daté approximativement de 330-300. L'un des députés s'appelait Synalos, l'autre, autant qu'il semble, Bndmilcas ([.looixlAxav : telle parait être la vraie lecture'), c'est-à-dire ri'^r'?*r"î2. Bodnicbiarl. Paut-il supposer, avec llicks, suivi par M. llomolle (dans lîevue arclicnloyique, 1887, II, p. 49; le môme. Les Archives de l'Intendance sacrée à Dclos, p. *39), que cette ambassade fut envoyée à Athènes pour y combattre les menées d'Ophelas? Je n'oserais pas l'affirmer, ni surtout identiller [.JoÇiiiXxa; avec un Carthaginois, 'I(.)[i'!),/.o'j (sic, au génitif), qui est mentionné fréquemment sur les inventaires de Délos, où il olfril deux couronnes d'or à Apollon et à Arlémis, et qui vécut, lui aussi, vers la fin du iv" siècle : la forme phénicienne de son nom devait être -j'?t:'!n\ Vhoumilk. Sur ce personnage, voir llomolle, licv. orchcoL, l. c, p. 47-o0; Les Archives, p. 3(».

3. Pour l'expédition d'Ophelas, voir, outre Diodore, Justin. XXII. 7, 4-.T; Polycn. V, 3, 4; Suidas, s. v. Ar,[xr,Tp'.o;.

4. Diodore, XX, 41, 2 : Tiipl AJtoaôÀa; (sic dans les manuscrits). Pour les textes relatifs à ce lieu, voir Millier, G'ojr. (jr. min., I, p I.jO.

manque d'eau et de vivres *, et furent réduits, dit-09, à se nourrir, durant plusieurs jours, de baies de lotus ^. Enfin, dans l'automne de 309 ou de 308 ^ après plus de deux mois d'une marche fort pénible, Ophelas établit son camp à peu do de distance du camp sicilien ^

Agathocle se rendit auprès de lui, lui fournit tout ce qui lui était nécessaire et l'engagea à faire reposer son armée. On raconte même que, sachant Ophelas enclin à la débauche, il lui envoya le jeune Iléraclide^ Quelques jours s'écoulèrent, pendant lesquels il observa ce qui se passait chez son voisin. Voyant que la plupart des soldats en étaient sortis pour se procurer des fourrages et des vivres et qu'Ophelas n'avait aucun soupçon, il convoqua ses troupes, leur exposa que ce prétendu

l.Diodore, XX, 42, 1-2.

2. Théophraste, Hist. plant., IV, 3, 2. Ces baies sont mûres en août-septembre.

3. Diodore (XX, 70, 3) dit que l'assassinat des deux fils d'Agathocle eut lieu le jour anniversaire du meurtre d'Ophelas. Or Archagathos et Iléraclide furent tués en 307, à l'époque du coucher des Pléiades (Diodore, XX, 69, 3), vers le 12 octobre <voir Meltzer, I, p. 527 et 528). Notre auteur rapporte l'expéd tion d'Ophelas à la première année de la 118* Olympiade (308-7). La date indiquée par le marbre de Paros (où, du reste, le nom seul d'Ophelas sub?' le) répond à 309-8 {Inscr, ■graecae, XII, 5, n° 444, § cxx), et c'est celle qu'adopte M. Beloch : ce savant place le meurtre d'Ophelas en octobre 309 {Griech. Gesch., III, 2, p. 204; voir déjà Niese, I, p. 468, n. 2; contra : Tillyard, p. 186-7; de Sanctis, p. 174, n. 1). Ami car périt à Syracuse vers le début de l'été de 309 (Diodore, XX, 29, 3). Si l'on met la venue d'Ophelas auprès d'Agalhocle dans l'automne de la même année, il faut en conclure que les expéditions des Carthaginois et d'Agathocle chez les rsumides se firent en plein été, saison peu favorable à des opérations militaires dans l'Afrique du Nord, à cause de la difficulté de rencontrer partout l'eau nécessaire à des troupes altérées par la chaleur (conf. Veith, dans Kromayer, Antike Schlachtfelder, 111,2, p. 517). Gela n'est pourtant pas inadmissible: en 255, l'armée punique qui vainquit Régulus fit campagne pendant l'été (voir p. 85) ; nous venons de dire que la longue marche d'Ophelas fut accomplie dans cette saison, à travers une région bien plus dépourvue d'eau que le pays des Numides. Il est vrai que le marbre de Paros ne mérite pas une entière confiance : ce document (§ cxvn) place en 312-1 l'éclipsé du 15 août 310. Cependant, en adoptant l'année 309, et non l'année 308, on peut proposer une répartition chronologique plus satisfaisante des événements qui se passèrent entre la mort d'Ophelas et la fin de la guerre d'Afrique : v. infra, p. 00, n. 3.

4. Diodore, XX, 42, 2. Opholas s'avança-t-il jusqu'auprès de Tunis? ou Aga* thocle alla-t-il à sa rencontre? En tout cas, les indications données par Diodore au chapitre 43, g 5-8, prouvent, si elles sont exactes, que les deux camps n'étaient pas très éloignés de Carlhage.

5. Polyen, V, 3, 4. Selon Justin (XXII, 7, 5), le fils d'Agathocle aurait été adopté par Ophelas. Diodore ne dit rien là-dessus.

EXPEDITION D\AGATH0CLE. 4!î

allié n'était qu'un traître et les échauffa si bien qu'elles s'armèrent aussitôt et marchèrent sous sa conduite contre les nouveaux venus. Le Macédonien essaya de se défendre, mais, surpris par cette attaque imprévue et accablé parle nombre, il succombai

Il est possible qu'Ophelas n'ait pas mieux valu qu'Agathocle et qu'il ait eu la pensée de se débarrasser plus tard de son allié : pourtant, nous n'en avons aucune preuve. Quant au Syracusain, il avait besoin d'hommes, et non d'un général qui, naturellement, n'eut pas accepté d'être traité en subordonné et dont la présence n'eût été qu'une gêne pour lui pendant la durée de la guerre; cette guerre terminée, il eût agi avec beaucoup d'imprudence s'il se fût prêté à la constitution d'un puissant Etat grec en face de la Sicile. On peut donc croire qu'il méditait depuis longtemps son crime.

Il força les gens d'Ophelas à mettre bas les armes et, les séduisant par de belles promesses, il les réunit aux siens". Ci'étaient des mercenaires, prêts à accepter n'importe quel chef, pourvu qu'on les payât et qu'on leur fit espérer du butin; d'ailleurs, à moins d'aller rejoindre les Carthaginois, ce qu'Agathocle sut sans doute empêcher, ils n'avaient pas d'autre parti à prendre que de passer à son service. Les non-combattants, qui ne pouvaient être d'aucune utilité, furent embarqués sur des transports, à destination de Syracuse; mais une violente tempête engloutit une partie de ces vaisseaux et en entraîna d'autres jusque dans le golfe de Naples; quelques-uns seulement parvinrent en Sicile ^

Justin prétend qu'après le meurtre d'Ophelas, Agathocle, se mettant à la tête de toutes les troupes dont il disposait désormais, prit l'offensive et remporta une grande victoire sur les

i. Diodore, XX, 42. :M.

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