‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 71 sur 407 · Conf. les réflexions de Polybe, I · texte numérisé non relu

Conf. les réflexions de Polybe, I

3. Prédiction qui fut, on le sait, attribuée à Pyrrhus ; « Quel champ de lutte nous laissons aux Garlliaginois et aux lloniains! » aurait-il dit eu quittant la Sicile : Plutarque, Pyrrims, 23; le même, Reg. et imper, apophth., Pyrrhus, 4 (Moralia, Didot, I, p. 220). Mais, pour que cette guerre fut possible, il fallait que l'Italie méridionale appartînt aux Romains : or Pyrrhus comptait bien les empêcher d'en devenir les maîtres (remarque de M. Schubert, GcschiclUc des Pyrrlius, p. 2io-6).

4. Sur la première guerre punique, voir, entre autres, W. lime, RômbcUe Gescldchte, II, 2" édit. (18i)0), p. 27-112; Meitzer, II (1800), p. 2o2-3o0 (c'est le meilleur exposé de cette guerre); llolm, Gcschichte Siciliens, III (1808), p. 8-32; Bcloch, III, 1 (1904), p. 000-084. — La principale source est Polybe, 1, 10-04, qui, parmi les auteurs dout il s'est servi, cite (I, 14) l'historien romain Fabius Piclor et Philinos d'Agrigente, favorable aux Carthaginois. Diodore, dont il ne reste que des extraits (livres XXIII et XXIV), se rattache, au moins en partie, à Philinos, qu'il cite (XXIII, S et 17; XXIV, 11, 1) : ce qui ne prouve pas qu'il l'ait consulte directement (conf. Beloch, III, 2, p. 13). Tite-Live racontait la première guerre puniiiue dans ses livres XVI-.\.1X, aujourd'hui perdus. Florus(l, 18), l'auteur du beviris illuslribus (M-iï), Eulrope (II, 18-27), Paul Orose {Àdv. pagan., IV, 7-11) (lôpeudenl de Tite-Live; sans doute aussi ({uelques passages do Valère-Maxime et de Frontin. De l'histoire de Dion Cassius, nous n'avons que des fragments (fr. 43, édit. Melber) et l'abrège de Zonuras (VIII, 8-17).

•"). La date de 203 a été proposée par iNLM. Heloch (Ul, 2, p. 231-3) et Varese ^dan» J\Uo, X, 1910, p. 38). Contra : Leuschau, dans Real-Encyclopiidic, VII, p. 2308.

Les Grecs de l'île se déclarèrent pour elle ; Iliéron lui-même offrit son alliance, malgré de justes griefs. Ils ne voulaient pas plus de la domination des Carthaginois que de celle des Romains; mais, s'ils craignaient devoir ces derniers prendre pied en Sicile, d'où ils auraient été par eux-mêmes incapables de les faire sortir, une expérience de plusieurs siècles les invitait à ne pas trop redouter les ambitions intermittentes des autres. D'ailleurs, ceux-ci semblaient devoir l'emporter. Possesseurs d'une grande partie de l'île, ils y avaient des troupes suffisantes pour entrer aussitôt en campagne et enlever aux Romains le coin de terre usurpé par surprise. Disposant d'une puissante marine, qui manquait à Rome, ils pouvaient jeter en Sicile armée sur armée et interdire au contraire le passage à leurs ennemis. .

Carthage déçut ces prévisions. Renouvelant la faute commise lors de la guerre contre Pyrrhus, elle laissa les légions traverser le détroit. Le général Hannon et Iliéron étaient allés assiéger Messine et avaient pris position, l'un au Nord, l'autre au Sud de la ville, qui les séparait. Ils eurent l'avantage dans les premières rencontres ^ Mais une bataille fut perdue par Hiéron, que ses alliés ne purent secourir et qui retourna dans la nuit à Syracuse. Le lendemain, Hannon fut attaqué et vaincu à son tour; il se retira, lui aussi. Après avoir enlevé à Hiéron quelques places fortes, les Romains parurent devant sa capitale, et, comme il demandait la paix, ils la lui accordèrent, ayant intérêt à l'épargner. Il leur resta fidèle et, dans la suite de la guerre, leur rendit de grands services en leur fournissant des vivres, du matériel de siège, des vaisseaux etdes équipages. Le traité était déjà conclu quand une flotte carthaginoise s'approcha de Syracuse, avec des troupes destinées à soutenir

1. Philinos {apud Polybe, 1, 15) merilionnait, probablement avec raison, deux échecs des Romains, échecs niés par Polybe. Sur cette question, voir Beloch, III, 1, p. 447-450 (conf. Lenschau, dans Real-Encyclopàdie, VIII, p. 150G-7).

le roi. Dans la province punique, Ségeste et Halicyes se soumirent aux vainqueurs.

Ce fut seulement au bout de deux ans que Cartilage réunit des forces importantes en Sicile. Une première armée, commandée par Hannibal, fils de Giscon, se rendit à Agrigente. Une autre, plus nombreuse, fut rassemblée à Lilybée sous les ordres d'Hannon. Les consuls n'attendirent pas d'être attaqués et vinrent assiéger Hannibal. Hannon s'empara du lieu où ils avaient accumulé des approvisionnements et, après un combat de cavalerie qui lui fut favorable, il s'établit tout près d'eux. Mais il ne leur fît pas lever le blocus. Il finit par offrir une bataille rangée; il la perdit et s'enfuit vers l'Ouest. Hannibal, qui manquait de vivres pour tenir dans Agrigente, parvint à traverser de nuit les lignes ennemies. La vieille cité grecque, n'ayant pas eu, comme Syracuse, la bonne fortune de pouvoir abandonner à temps l'alliance punique, fut prise et mise à sac. A Carthage, on jugea que l'incapacité d'Hannon méritait une amende de 6 000 pièces d'or. Quant aux Romains, qui s'étaient engagés dans cette lutte avec des hésitations légitimes, leur . succès les décida à ne la terminer que par la conquête de l'île.

Mais la marine carthaginoise était assez puissante pour les en empêcher. Elle ravageait les côtes de l'Italie et débarquait des troupes dans des villes du littoral sicilien. Rome, alors, se constitua une flotte de 100 quinquérèmeset de 20 trirèmes. Le premier essai qu'elle en fît ne fut pas heureux. L'un des consuls de l'année 260, Cn. Cornélius Scipio, qui s'était rendu à Lipara avec 17 galères, s'y laissa surprendre par une petite escadre, venue de Palerme: il dut capituler. L'autre consul, Duilius, le remplaça à la tête des forces navales, et, bientôt après, une grande bataille fut livrée au large de Myles, sur la côte septentrionale de la Sicile, Hannibal, plein de confiance dans l'issue delà rencontre, avaitpris l'offensive. Mais Duilius fut vainqueur, malgré l'inexpérience de ses équipages et la médiocre con-

struction de ses vaisseaux, grâce à l'emploi des corbeaux, qui modifiaient les conditions du combat maritime ^

Rome, libre désormais d'atteindre partout sa rivale, porta la guerre en Corse et en Sardaigne, sans l'interrompre en Sicile. Il fallait qu'en face d'elle, la mer Tyrrhénienne devînt « sa mer », avant qu'elle n'appelât ainsi la Méditerranée entière. L. Cornélius Scipio s'empara, en 239, d'Aléria dans l'île de Corse. En Sardaigne, ses succès furent éphémères : s'il les célébra dans un triomphe % son épitaphe, qui nous est parvenue, ne les mentionne même pas ^ A l'approche d'une flotte punique, il retourna en Italie. En 238, C. Sulpicius pillâtes côtes sardes; il voulut aussi, dit-on, aller faire du butin en Afrique, mais il fut arrêté par des vents contraires \ Il surprit et battit Hannibal, qui se réfugia dans Sulci et périt, crucifié par ses propres soldats. Cependant les Romains ne semblent pas avoir réussi à prendre pied en Sardaigne \

En Sicile, le général carthaginois Amilcar évitait les batailles rangées, peut-être parce qu'on ne lui donnait pas assez de troupes, et faisait, du reste hcibilement, la guerre d'escarmouches et de surprises où excellaient ses Africains et ses Espagnols. Les légions, renouvelées chaque année et conduites chaque année par des chefs nouveaux, au hasard des élections consulaires, se fatiguaient à des marches et contremarches, à des sièges de petites places que les machines prêtées parHiéron ne leur permettaient pas toujours d'enlever. Les Carthaginois gardaient leur province, sauf Ségeste ; ils conservaient même ou reprenaient des lieux fortifiés situés au delà de leurs vieilles frontières. Ce fut en ce temps-là (en 239) qu'Amilcar établit à

i. Voir t. II, p. 457.

2. C. I. L., I, 2« édit., p. 47. Gonf. Zonaras, VIII, 11, p. 388, a.

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