‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 178 sur 404 · Opinion de M. Ridgeway, (. •-.. \>. i':i · texte numérisé non relu

Opinion de M. Ridgeway, (. •-.. \>. i':i

reçu île l'Europe les animaux qui ont formé la race barbe. Au contraire. l'Egypte, à l'époque où elle commença à avoir des chevaux, était en relations suivies avec l'Asie. Or, dans l'Ouest de ce continent, il y a des chevaux qui, tout en offrant un type distinct des barbes, leur sont cependant apparentés', et il est certain que cet animal a été employé par l'homme dans l'Asie occidentale plus tôt que dans la vallée du Nil '. Sans nous dissimuler notre manque de compétence en cette question et la fragilité de nos hypothèses, nous sommes disposé à croire que le cheval domestique a été importé d'Asie en Egypte, que, dans le voisinage de l'Egypte, peut-être dans la Nubie, soumise aux Pharaons, une race nouvelle s'est formée, par des croisements avec des zèbres, et qu'ensuite elle s'est répandue vers le Nord-Ouest1, dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant J.-C, par l'intermédiaire des Libyens habitant entre l'Egypte et la grande Syrte : ceux-ci avaient certainement des chevaux au xme et au xne siècle, mais encore en petit nombre''.

Chez les peuples de l'antiquité, les chevaux furent d'abord utilisés surtout comme bêtes de trait, attelées par paires à des

1. Le général Daumas (les Chevaux du Sahara, p. 30) va jusqu'à écrire : ■ Tous les chevaux de l'Afrique et de l'Asie peuvent être confondus sous une dénomination commune. » — 11 esl vrai que certains ailleurs (voir, entre autres, S. Reinach, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1903, p. 193) pensent que ces chevaux asiatiques apparentés aux africains sonl leurs descendants, non leurs ancêtres; qu'en Asie, il n'y avait auparavant que des chevaux semblables aux chevaux européens préhistoriques (petits, avec une grosse tête). Il faudrait alors admettre, puisque le cheval n'est pas indigène dans le Nord de l'Afrique, que des animaux, introduits soit d'Europe, soit d'Asie clans le continenl africain, s'y seraienl beaucoup modifiés dans un laps de temps très court. Du reste, M. Boule (Annales de paléontologie, mémoire cité) o montré que, dès l'époque quaternaire, il y avait déjà divers types de chevaux.

>. Voir E. Meyer, Geschichte des Altertums, S édit., I, 2, p. 379. Selon ce savant,

la Mésopotamie a pu > attre, vers 1900 avant J.-C, des chevaux importés du

plateau iranien, où les Iryens les auraient introduits.

:!. Peut-être y a-t-il eu en Berbérie de nouveaux croisements avec le zèbre.

1. Inscription de Vlénephtah. à Karnak (de Rougé, Revue archéologique, 1867, II. p. 43; Ghabas, Études, p. 200) : les Égyptiens s'emparenl de quatorze paires de chevaux, appartenant au chef des Lebou el à ses (Ils. .\ propos de ce chiffre,

chars légers, qui portaient des guerriers. Il en fut ainsi chez les Libyens orientaux' : Hérodote prétend même que les Grecs apprirent d'eux à atteler quatre chevaux-. Les habitants de la Herbérie eurent aussi des chars, qui sont signalés aux temps historiques'. Mais, dès une époque reculée, ils durent se servir de leurs chevaux comme de montures : les gravures rupestres que nous avons mentionnées autorisent cette supposition.

En résumé, nous ignorons l'origine des bœufs domestiques de l'Afrique du Nord; on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une race issue de bœufs sauvages indigènes. Il en a peut-être été de même des ânes, quoique l'introduction d'animaux domestiques du Nord- Est de l'Afrique nous paraisse beaucoup plus probable. Les moutons, les chèvres, les chiens et les chevaux sont sans doute d'origine étrangère. Les chèvres et les moutons semblent avoir été introduits tout d'abord et il est permis de conjecturer qu'ils sont venus de l'Est. .Nous croyons qu'on peut en dire autant des chevaux.

L'élevage, associé d'ordinaire à la chasse, resta pendant fort longtemps, jusqu'aux environs de notre ère, la ressource essentielle d'un grand nombre d'indigènes, non seulement dans

de Kougé observe . ■ Il parai I que les chevaux n'étaient pas encore très nombreux sur (es côtes africaines. < Inscription de )!n in>é> III. n Medinel Habou (Chabas, (. c, p. 244) : 183 chevaux ri ânes pris aux Mashaouasha.

1. Si l'inscription de tarnak Lndiq les paires de chevaux, c'est sans doute

parce que ces animaux étaient attelés a (1rs chars. Parmi le butin fait sur 1rs Mashaouasha, l'inscription de Medinel Habou mentionne non seulement des chevaux, mais aussi '.m chars.

2. IV, 189. Pour les chars des Libyens orientaux, voir encore Hérodote, IV, 170 el 183; \ II. 86 et 184.

3. Hérodote, IV. 103. Diodore de Sèeile, XX, 38, t ; XX, 04, l. Slrabon, XVII, 3, 7. <ni pourrai! admettre des influences puniques.

les régions de steppes où le climat interdisait la culture du sol, mais même dans une bonne partie du Tell. Faire paître des troupeaux et recueillir leurs produits est une occupation qui demande assurément moins de peine que le défrichement et l'agriculture, que la plantation, la greffe, l'entretien des arbres fruitiers, et c'était peut-être par indolence que bien des Africains se contentaient des maigres profits qu'ils tiraient d'un travail intermittent et facile. Mais il faut aussi se souvenir que, dans les contrées où la sécurité est précaire, les pasteurs, avec leurs troupeaux mobiles, échappent aux dangers du pillage et de la guerre mieux que les cultivateurs. Ceux-ci doivent être assurés de la possession paisible de leurs terres pendant les mois qui s'écoulent entre les semailles et la récolte, pendant les années qui se passent entre la plantation ou le greffage des arbres et l'âge de la fructification. Ils ne peuvent pas déplacer aisément leurs provisions; la destruction de leurs vergers les ruine pour longtemps. Si beaucoup d'indigènes se bornèrent à l'élevage, alors que le climat et le sol leur auraient permis un autre genre d'existence, ce fut moins par paresse que par crainte de travailler en vain.

D'autres se livrèrent à là culture. Des chasseurs, des pasteurs pouvaient vivre, sans s'astreindre à de longs parcours, dans les pays de la Berbérie qui leur offraient en toute saison du gibier et les pâturages nécessaires à leurs troupeaux. Us n'avaient aucune raison de se déplacer, quand ils ne devaient pas s'enfuir devant des tribus plus fortes, ou quand ils ne convoitaient pas eux-mêmes des territoires plus riches. Ils étaient ainsi dans des conditions favorables pour devenir cultivateurs. En bien des lieux, cette occupation nouvelle a pu être un des effets, et non pas la cause première de la lixité des demeures.

Il n'est pas trop téméraire de croire que quelques légumes aient été cultivés dans l'Afrique du Nord dès une époque fort

ancienne', entre autres la fève, peut-être spontanée dans cette contrée -'.

Quant aux céréales, elles furent connues dans certaines régions d'assez bonne heure, en tout cas avant la domination carthaginoise3, avant même la colonisation phénicienne. Il est vrai que les stations néolithiques du Sahara où l'on trouve des meules à grains peuvent dater seulement de quelques siècles avant notre ère '.Mais on a découvert des ustensiles semblables dans une grotte du Rio Salado, sur le littoral oranais5, et dans une grotte de Brezina (Atlas saharien)'1, avec un mobilier qui appartient aune industrie néolithique vraiment préhistorique7.

Le sorgho paraît être indigène dans le continent africain8, où il a rendu les mêmes services aux hommes que le millet dans d'autres contrées; mais nous n'avons pas de preuves qu'il

1. Mais il faut écarter les hypothèses de Movers (die Phônizier, II. 2. p. 410), qui attribue à plusieurs cultures légumières une lointaine origine africaine. Ses arguments sont inadmissibles. 1.'- terme punicum cicer, qu'on trouve dans Columelle (II, lu. 20; IX. I. Si. indique simplement l'existence d'une variété de pois, cultivée par 1rs Carthaginois, ''I non par les Libyens. Les étymologies berbères que Movers donne dos mots cicer, lens. faba, nûa>o;, v.y-j'js.r, sont tout à lait invraisemblables: dans !.•> eas même on les noms berbères sont réellement apparentés aux noms latins, l'emprunt est imputable aux Africains, non aux Italiens.

2. Voir plus haut, p. 1US. Les fèves étaient impures pour les Égyptiens (Hérodote. Il, 37). mais rien ne prouve que les indigènes de la Berbérie s'en soienl abstenus. A Bougie, on a trouve des fèveroles calcinées, avec des objels d'une haute antiquité, postérieurs cependant à la connaissance du fer : Debrujre, Bec. de Constanline, XXXIX. 1905, p. 119.

:i. Vers 500, Hécatée (Fragm. hist. graeç., édit. Millier, 1, p. 23, n" 305) indiquait des Libyens laboureurs et mangeurs do blé, probablement dans la Tunisie orientale. Or il esl a croire qu'à cette époque, Carthage n'avait pas encore do |ms-rssious territoriales en Afrique (conf. Meltzer, Geschichte der Karthager, I. p. 82).

i. Voir p. 208.

.">. Moule elliptique en basalte, avec un broyeur circulaire aplati; au musée d'Alger : conf. Pallary, Revue africaine, l.V. mil. p. 324.

ti. Delmas, Assoc. française, Toulouse. 1910, II. 2 partie, p. -172 (meules elliptiques), p. :)7I (pilons el molettes). — Peut-être aussi a Redeyef, dans le Sud- Ouesl de la Tunisie : Gobert, dans l'Anthropologie, XX11I. 1912, p. 137-8 (débris de meules dormantes on grès; nombreuses molettes, consistant en galets de grès; cependant il n'est pas sûr q ies objets aient servi à écraser des grains).

7. Dos moules en granit et en grès, des broyeurs en quartzite ont été aussi recueillis à Honnie, mais ces objets sont postérieurs a la connaissance du 1er :

Debruge, '. c, p. 109, lis, 119.

8. De Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 306-7. Kôrnicke, die Arten und Varietàten des Getreides, p. lu el :to2.

ait été cultivé très tôt en Berbérie1. Nous ne savons pas où a commencé la culture de l'orge et du blé, ni de quelle manière elle s'est répandue En général, on est disposé à chercher leur centre de diffusion dans l'Asie occidentale, où ces végétaux existent encore à l'état sauvage2; quoiqu'un témoignage ancien, d'ailleurs sujet à caution, indique du blé spontané dans une région voisine de la Berbérie, en Sicile1.

Faut-il admettre une période primitive de culture à la houe? Ou l'orge et le blé ont-ils été introduits dans l'Afrique du Nord en même temps que la charrue et l'usage des bovidés châtrés pour la tirer : conditions de l'agriculture des peuples classiques \ qui étaient réalisées en Egypte dès le début des temps historiques? les habitants de la Berbérie auraient reçu le tout par l'intermédiaire des Libyens orientaux'. Ces hypothèses sont tellement fragiles qu'il vaut mieux ne pas insister11.

Nous n'avons aucune indication précise sur le lin, dont la

1. On peut même douter qu'il l*ail élé juin époques punique et romaine.

2. Pour le blé sauvage de Syrie et de Palestine, voir Aaronsohn, Agricultural and botanical explorations in Palestine (Washington, 1910), p. 42 et suiv. Il a pour satellite Vllordeum spontaneum et M. Aaronsohn (p. 50) estime que la culture des deux céréales a <lù commencer simultanément.

3. Dipdore, Y, 2 (il cilr aussi lin re, Odyssée, IX. 109-110; mais n n'est pas

certain que le pays des Cyclopes 'lu poète ail été si lue en Sicile). — Pomponius Mêla illl. 105) prétend même que des céréales poussent spontanément sur la côte du Marne : » Adeo est fertilis ul frugum gênera non cum serantur modo benignissime procreet, sed quaedam profundat etiam non sala. .

i. Ilahn, die Haustiere, p. 89 el 568.

5. Remarquer qu'actuellement encore la culture a la charrue n'est pratiquée

eu Afrique (en dehors des colonies euro] nnes) qu'en Egypte, en Abyssinie el

dans les pays riverains de la Médilerranée : Ilahn. das Aller der wirtschaftlichen Kultur der Menschheit, p. 136. Aux Canaries, les Guanches, qui cultivaienl le blé el l'orge, n'avaient pas 'le charrues.

li. Nous noierons ccpcndiinl la ressemblance des meules néolithiques de la Berbérie et îles meules qu'on trouve en Espagne avec un mobilier analogue à celui des.groltes africaines : voir Siret, l'Espagne préhistorique (extrait de la des questions scientifiques, octobre 1893), p. 28 el flg. 125 (avec le commentaire). — Selon Polémon d'Ilion, écrivain de l'époque hellénistique (Fragm. hist. grâce, édit. Muller. III. p. 119), les habitants d'Argos prétendaienl que c'étail chez eux que le l'romenl avail été semé pour la première fois en Grèce el que le héros Argos l'avait apporté de la Libye c'est-à-dire, sans doute, du pays situe entre l'Égyple et la grande Syrte : conf. Fcstus, s. \. Libycus campus. Nous ignorons les motifs île cette croyance. S'agit-il d'une historiette, inventée pour expliquer

culture remonte à une très haute antiquité en Egypte, comme clans l'Europe centrale1. 11 est fort douteux que quelques rondelles en terre cuite, trouvées dans des grottes à mobilier néolithique, aient été des pesons de fuseaux-. Des fonds de poteries, recueillis dans la grotte des Ours, à Constantine, offrent des empreintes de toiles grossières, sur lesquelles on avait placé ces vases pour les faire sécher, mais il ne paraît pas certain qu'ils appartiennent à l'industrie néolithique3.

L'arboriculture exige la pratique de la greffe, la création de vergers, des soins attentifs et une vie tout à fait sédentaire. La vigne, l'olivier, le figuier, l'amandier sont indigènes en Berbérie1; cependant rien ne prouve qu'il y ait eu des espèces cultivées avant la période phénicienne', que les autochtones aient connu le vin et l'huile aux temps préhistoriques11. Observons toutefois que la langue berbère a. pour désigner l'olivier cultivé, un nom particulier, azemmour 7 ; tandis que les Italiens empruntèrent le nom de cet arbre aux Grecs, qui lurent sans doute leurs maîtres en oléiculture, les Libyens n'ont pas adopté le nom sémitique, importé par les Phéniciens". Il y a

1.' nom de Aiêuso-a, donné a une Déméter adorée a Argos, nom qui n'avait peutêtre à l'origine aucun rapport .'ivre- la Libye?

1. Ce n'étaient pas 1rs 1 1 u ■ n 1 1 ■ - espèces qu'on cultivait en Europe ci en Egypte.

Le lui des stat s lacustres croit spontanément en Berbérie : de Candolle, OH-

gin ■ des plantes cultivées, p. 1)8.

2. Grottes d'Oran : Pallary ri Tommasini, Assoo. française, Marseille, 1891, II. I>. ni:'.: Doumergue, ibid., l'an. 1892, II. p. li.s.

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