‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 186 sur 404 · Ou A m il ii ni · texte numérisé non relu

Ou A m il ii ni

1. MM. S. Reinach ri Valdemar Schmidl ont, il esl vrai, contesté la jusicssr de ce rapprochement [l'Anthropologie, XII. 1901, p. 537). Mais il m.' parait s'imposer, malgré la grossièreté il''- gravures oranaiscs. M. Schweinfurth {Zeitschrift filr Ethnologie, XL, 1908, p. 93) esl aussi de cel avis.

sous le nom de Zeus Ammon. Les gravures du Sud oranais attestent que le culte d'Ammon s'implanta de bonne heure en Berbérie. Il s'y maintint après la venue des Phéniciens, après la conquête romaine1, non sans subir, dans une grande partie de cette contrée, des transformations plus ou moins profondes. Il s'étendit donc sur tout le Nord du continent africain.

Nous n'avons aucun motif de croire qu'avant d'être atteints par les influences égyptiennes, les Libyens aient adoré un dieu bélier, qu'ils auraient appelé Ammon- et qui, à ïhèbes, aurait été un étranger, venu de l'Ouest dès une époque lointaine3. Il est certain, d'autre part, que l'association chez ce dieu de la nature animale et de la nature solaire s'est accomplie dans la vallée du Nil. Ce fut, en effet, à Râ, dieu soleil de la ville d'An (Héliopolis), que l'Amon bélier de Thèbes emprunta son second nom: ce fut en s'identifiant avec lui qu'il devint une divinité solaire, comme d'autres dieux, également identifiés avec Râ; ce fut à la suite de cette identification qu'il reçut comme attribut le disque, flanqué de deux serpents.

Ainsi les gravures du Sud oranais représentent Amon-Râ de Thèbes. Il a du parvenir jusque-là en passant de tribu en tribu, car rien n'indique que les habitants de la Berbérie aient eu des rapports directs avec les Egyptiens. Ce fut peut-être entre

1. Il laul probable il reconnaître le dieu Ammon dans le bélier qui, au

temps d'El Bekri (voir plus haut, p. 244), étail adoré dans le Sud du Maroc.

2. L'éty logie de ee n si inconnue. On lit dans le coi Maire de Servius

sur l'Énêid (IV, 198) : • Libyes ammonem arietem appellanl ■•: dans sain! Atha nase [Contra génies, 24) : A£8ue( itpdëatov, 8 xaXoôtnv stixiMova, Bsbv ï-jown. D'après ces indications, ammon aurait été us mol de la langue libyque, signifiant bélier, mouton. A ma connaissance, on ne trouve rien de tel dans les dialectes berbères'. Mais, nié si cela esl exact, le mot a pu Être emprunté à l'Egypte.

'A. I. le Pella, auteur d'un traité sur les dieux égyptiens, prétendait, il esl

vrai, qu'un certain Hammon étail venu d'Afrique en Egypte, amenanl a Liber (Osiris beaucoup de bétail, el qu'en récompense, il avail reçu un champ en face de Thèbes (citation faite par Hygin : voir Fragm. historié, graec., II. p. X\2, n° lit.

L'existence du culte d'A n chez 1rs Libyens comi a Egypte a peut-être

d é naissance à cette fable, qu'on ne doil pas prendre au sérieux, ainsi que

le l'ail Movers, die Phonizicr, II. 2, p. 38S.

le xvi" et le xn° siècle, à l'époque de la grande puissance des souverains thébains, à l'époque aussi où les Libyens qui vivaient à l'Est de la grande Syrte étaient attirés par L'Egypte, qu'ils tentèrent plusieurs fois d'envahir et que beaucoup d'entre eux habitèrent comme mercenaires '.

Nos gravures prouvent que, dès ces temps reculés, les indigènes de l'Afrique du Nord n'adoraient pas seulement des génies locaux, des dieux de clans; le culte d'une grande divinité cosmique, du soleil, était répandu dans le Sud oranais. depuis Aflou jusqu'à Figuig, et sans doute aussi dans les pays intermédiaires entre cette région et l'Egypte.

Il n'est pas impossible qu'un autre dieu égyptien ait été adoré à Bou Alem. Une gravure de ce lieu figure un taureau, portant entre les cornes deux objets allongés. On a pu se demander (ce n'est d'ailleurs qu'une hypothèse) si cette image n'est pas celle du taureau d'Ennent, dont la tète était surmontée de deux plumes J.

Les peuplades voisines de la vallée du Nil adoptèrent d'autres divinités égvptiennes 3. Au XIVe siècle, des guerriers libyens portaient aux bras et aux jambes des tatouages représentant le symbole de Nît, la déesse de Sais ;. Celle-ci pénétrat-elle par leur intermédiaire en Berbérie, comme Ammon? On peut dire seulement qu'une Athéna, — tel est le nom que lui donne Hérodote5, — adorée au vc siècle dans le Sud de la Tunisie, ressemble par son caractère guerrier à Nît, identifiée elle aussi avec Athéna".

1. Cependant il ne serait pas inadmissible de remonter plus haut, au temps des mis thébains de. la xir dynastie (commencement du second millénaire, selon la chronologie proposée par B. Meyer).

U. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I. p. 47, a. I (d'après Lefébure).

3. \ l'époque d'Hérodote (IV, 186), Isis était adorée par les femmes de la Cyrénaïque. Mais - ignorons quand elle avail été introduite dans cette contrée.

1. Brugsch, Geographiscke Inschriften, II. p. 7(1. Capart, les Débuts de l'art en l iypte, fig. III. à In p. 31.

:;. iv, 180 ei iss.

i). Conf. Mellzer, Geschichlc der Karthager, l. p. <i7.

Hérodote et des auteurs plus récents signalent chez les Libyens, ou qualifient de libyques d'autres divinités qu'ils désignent sous des noms grecs. Nous étudierons plus tard ces textes, qui se rapportent à l'époque historique. Les dieux qu'ils mentionnent n'ont peut-être pas été tous adorés dans la contrée que nous appelons la Berbérie, puisqu'il y eut des Libyens, beaucoup mieux connus des (Irecs, dans des régions plus orientales; d'autre part, il est possible que l'épithète « libyque » n'indique pas toujours une origine indigène, mais qu'elle s'applique parfois à des dieux introduits en Libye par les Phéniciens1.

Si la connaissance des divinités des temps préhistoriques nous échappe presque complètement, nous ne sommes pas mieux informés des rites.

Des gravures rupestres d'El Haria (à l'Est de Constantine) -, de Khanguet el Hadjar (dans la région de Guelma3), de l'oued Itel (au Sud-Ouest de Biskra) ', du Sud orahais5 montrent des hommes et des femmes0, se tenant debout ou fléchissant les genoux, les bras plus ou moins levés7. Tantôt les mains sont ouvertes et vides; tantôt elles tiennent des objets qui sont le plus souvent difficiles à déterminer' : à Ksar el Ahmar, probablement une hache emmanchée'; à l'oued Itel. des objets ovales, rayés de stries. L'attitude de ces personnages10 fait

1. L'Hercule qui passail pour le fondateur de Capsa (Gafsa) est qualifié de libyen par Salluste {Jugurtha, I. XXXIX. 4), de phénicien par Paul Orose (V, 15, 8).

2. Bosco el Solignac, Bec. de Constantine, XI. Y, 1911, pi. II, à la p. 336. H. Vigneral, Ruines romaines du cercle de Guelma, pi. IX el X.

4. Blancbet, liée, de t onslantine, XXXIII, 1899, pi. à la p. 304.

•'i. A Ksar ri Ahmar, Tyout, Moghar, Asla, Karrouba. Voir Pomel, Singe et homme, pi. I. flg. I : Gsell, Monuments antiques de V [Igêrie, 1, \>. \2. flg. 10, el p. i'i, flg. Il': Flamand, Bull, de l" Société d'anthropologie de Lyon, XX, 1901, p. 199, flg. iv. Dclmas, Bull, de !•< Société dauphinoise d'ethnologie rt d'anthropologie, IX. 1902, |>. 143, flg. vi.

0. AKsarel Uimar, le sexe d'une fe le est indiqué très nettement (P I, (. c).

7. Ils lèvent généralement les deux liras. Cependant, à l'oued [tel, on voit trois personnages qui ne lèvenl que le bras gauche (Blanchet, l. c). A Karrouba, un homme lève seulei il l'avant-bras gauche (Delmas, l. c \.

s. Pour Khanguel ri Hadjar, voir plus haut, p. 202, n. 9.

'.i. Voir [>. 202, n. s. Peut-être .'m>>i a Tyout.

in. On constate déjà cette altitude en Espagne sur des images qui datent des

penser au geste classique de la prière et l'on peut supposer que certains d'entre eux tiennent des offrandes. D'autres gravures, qui se voient à Moghar1, à Er Richa2 (dans le Sud oranais) et à l'oued IteP représentent de face des gens assis, les jambes écartées et les mains levées1; s'agit-il aussi d'une posture rituelle? Nous avons parlé des individus qui paraissent porter des masques d'animaux et qui participent peut-être sous ce déguisement à une cérémonie '. Il n'y a aucune image de sacrifice ''. Près de Tiaret (dans le département d'Oran)7, existe un grand rocher en forme de table grossière, qui s'est détaché d'une montagne; la face supérieure porte trois bassins étages, flanqués de petits trous". On a voulu y voir un lieu saint, d'une haute antiquité, où des sacrifices auraient été célébrés : ce qui nous semble une hypothèse bien hasardée9.

temps quaternaires : Cartailhac el Ilreuil. la Caverne d'Altamira, p. 56-58, fig. 41- 43; Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, I. p. 2'M : Alcade de I Rio, Breuil et Sierra, les Cavernes de la région cantabrique, (lg. 96 (à la p. 106) el pi. LV.

1. Deux personnages, donl le sexe n'esl pas distinct. Fin ma ml . Bull.de la Société d'nnlhr. de Lyon, I. c; voir aussi llull. de la So oiété de géographie île Toulouse, II. 1883, pi. 2. ù la p. 40.

2. Dessin communiqué par M. Flamand. Le personnage représenté paratl bien être nu homme.

3. Deux personnages, dont l'un esl certainement de sexe féminin. Bec. de Constantine, XXXIII, 1899, planches aux p. 300 el 304; mal', ibid., XXXVIII, 1904,

planches a la p. 167). — Cette femme a la tête surmonl l'un objet qu'on a

comparé a mi turban.

4. Peut-être aussi dans une grotte '1'' la Tripolitaine, à l'ouadi el Cheil, entre

Mizda el Ghadamès : - une femme nile dans i posture très indécente - (Rohlfs,

Qucr durch Afrika, I, p. 52).

.'i. Voir p. 247-8. Une gravure 'In Sud oranais (Pomel, Singe el homme, p. Il ri pi. Il, lin;. 9) représente peut-être, non un singe, comme la croit Pomel, mais nu homme marchanl ■ a quatre pattes ■ , pour imiter l'allure d'un animal.

li. \ El lladj Mimoun (Sud oranais), un homme qui levé la main droite parall

entraîner de l'autre main un quadrupède cornu (antilope?) : P si, (. c, pi. I,

lin-. 2. \ lihanguel el Hadjàr, un pers lage tienl un bœuf en laisse (conf. plus

haut, p. 221. n. 2). A Ksar el Alimar, un homme, levant les bras et tenanl une hache, esi suivi d'un mouton qui semble bien avoir été gravé en même temps :

(j-ell. Monuments, I. p. 45, lin. 12. Sont-ce des animaux desl - a être sacrifiés '

Il sérail bien téméraire de l'affirmer,

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