‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 203 sur 404 · Conf. Collig i, I. c. p · texte numérisé non relu

Conf. Collig i, I. c. p

\. Les janissaires êtaienl surtout des Turcs, venus d'Asie Mineure. Les coj saires vinrent d'abord des rivages de la Méditerra rientale soumis a l'empire turc, ou Furent des Andalous, réfugiés en Berbérie; il \ eut ensuite parmi eux un grand nombre de renégats, dont la plupart étaient originaires du Sud- ( inesi de l'Europe.

â. On en compte plus de 60 000 en Tunisie e1 à peu près autant en Ugérie.

ANTHROPOLOGIE. 2s|

romaine et il est à croire que la plupart d'entre eux étaien de véritables Hébreux, se rattachant peut-être à ceux que les Ptolémées avaient transportés en Cyrénaïque1. Plus tard, il pu vint beaucoup, à diverses reprises, du Sud de l'Europe, surtout de la péninsule ibérique, d'où les rois chrétiens les expulsèrent en masse, (les Juifs formaient des colonies distinctes du reste de la population. Ou a cependant des raisons de supposer que, vers la lin des temps antiques, la religion israélite se propagea dans certaines tribus indigènes- : peut-être des descendants de ces convertis se trouvent-ils aujourd'hui confondus avec ceux des Juifs d'origine étrangère. Soit par atavisme, soit par adaptation au milieu, beaucoup de Juifs maghribins olîrent des traits qui rappellent des visages berbères et n'ont rien de « sémitique » '.

Des Maures ou Andalous, chassés d'Espagne par les chrétiens vainqueurs, ont fondé des colonies dans des villes marocaines1, algériennes B et tunisiennes i;, où ils se livrent surtout au commerce et au jardinage. Ils se distinguent des Berbères par leur physionomie plus douce, leur teint plus clair, souvent

II- peuvenl être la a 211111111 en Tripolitaine. Au Maroc, leur nombre paratl dépasser de beaucoup le chiffre de 100 000, qui est approximativement celui de la population juive des villes importantes.

1. Voir Monceaux, Revue des éludes juives, XL1V, 1902, p. 1-28. on constaterai!

eà et la en Berbérie île vagues traces d'un judaïsme non talmudique, qui re n-

terail a u poque recule.' : Slouschz, /. c, p. 343 ei suiv.

2. Uni Khaldoun {Histoire des Berbères, I, p. 208-9; conf. p. 177) indique plusieurs tribus berbère- professant le judaïsme. La question est fort obscure. Lesgroupes juifs que l'on trouve actuellement dans les campagnes croienl a leur origine palestinienne ei certains indices pourraient l'aire penser qu'ils n'onl pas toujours tort : voir (sans accepter le- interprétations de l'auteur) Slouscbz, dan- Mémoires présentés •> l'Académie des Inscriptions, XII, '-' partie, p. 491 et suiv., 589 et suiv. Je ne puis adopter les hypothèses relatives aux Juifs africains que M. Slouschz présente dan- -nu livre intitulé Hébrseo-Phéniciens et jfad&o-Berbeves [Archiva marocaines, tome XIV).

3. Conf. Colligi I. c, p. :to7 et 339- voir au-si dan- l'Anthropologie, XVII,

1906, p. I7S-ISU, l'analyse d'un travail de Fds&berg.

4. Toiouau, Eanger, EUubat, \/em ur, Fez. Conf. Doutté, Hnll. tTOrwn, 1:910,

• i. Coléa, Blida, quartier des Tagarins à ilger, liellvs, etc.

li. Bizerte, 'l'uni-. Tidiourba. Sidnnan. Zajrlinnane. TeStoUT, Nabeul.

aussi par leur corpulence : différences qui doivent s'expliquer par la diversité des conditions d'existence1.

Enfin les nègres, originaires du centre de l'Afrique, sont très nombreux au Maroc; ils ne manquent ni en Algérie, ni en Tunisie, quoiqu'ils aient beaucoup diminué depuis la conquête française et l'abolition de l'esclavage'. L'importation de noirs à travers le Sahara date peut-être de loin. Toutefois, dans l'antiquité, elle ne semble pas avoir été très active3. Mais, depuis que l'islamisme a pénétré dans le cœur du continent, la traite n'a guère cessé d'amener en Berbérie des convois de Soudanais. La plupart d'entre eux devenaient des esclaves domestiques; d'autres formaient des corps de troupes au service des souverains du Maghrib; dans les oasis du Sud, d'autres venaient renforcer la population agricole dont nous parlerons plus loin. Bien traités par les musulmans, qui n'ont pas de préjugé de couleur et qui regardent leurs esclaves presque comme des membres de leur famille, ils ont mêlé largement leur sang à celui des indigènes, surtout au Maroc '', où des métis ont occupé et occupent encore un rang social élevé5. Il convient de tenir compte des altérations que ces mélanges ont pu faire subir aux types berbères primitifs. Mais les traits caractéristiques des Nigritiens, ou nègres du Soudan, — prognathisme, cheveux laineux, nez large et aplati, lèvres charnues et retroussées. —

I. Il y avait sans doute du sang berbère, mêlé à beaucoup de san:,* espagnol, (■liez les ancêtres de ces Maures.

'. Au Marne même, l'importation des nègres esl bien moindre depuis l'occupation par la France des régions soudanaises d'où ou les lirait principalement.

:!. Voir plus loin. p. 302.

t. .M. Bloch [Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1003, p. 574-8) croit que beaucoup il'' Marocains noirs m~ descendent pas do nègres soudanais, mais qu'ils appartiennent a une race spéciale, établie dans le pays depuis dos temps très reculés, race non prognathe, qui n'aurail m les cheveux crépus, ni le no/ opale, ni les pommettes saillantes, m les lèvres déroulées. Celte hypothèse no peut pas être rejetée a priori (voir plus loin, p. 304), mais elle est l'ondée sur des impressions trop rapides pour faire oc.aiïer l'hypothèse contraire : a savoir qu'il s'agit do métis de Soudanais et de Berbères,

.;. Conf. Faidherbe, Huit, de la Soc d'anthr., 1873, p. 609-610.

sont aisés à reconnaître et l'on peut constater qu'ils font défaut chez la plupart des Berbères.

En résumé, malgré les apports que nous venons d'énumérer et dont les plus considérables sont probablement ceux des Arabes hilaliens et des nègres, il n'est pas téméraire de soutenir que les habitants actuels de l'Afrique du Nord ne doivent guère différer des hommes qui peuplaient le pays il y a environ trois mille ans. Pour savoir ce qu'étaient ces derniers, regardons autour de nous, sans négliger les rares documents que l'archéologie et les auteurs anciens nous fournissent.

Il faut avouer que l'étude anthropologique des Berbères d'aujourd'hui est encore bien peu avancée. Nous ne disposons que d'un petit nombre d'observations précises, minutieuses, et les essais de classement que l'on a présentés ne peuvent pas être regardés comme définitifs '. Comme à peu près partout sur la terre, les croisements ont été innombrables entre les indi-

1. Pour la Tunisie, il existe un excellent travail de M. Collignon, dans Bull. <lc géographie historique, ISSU. p. 181-353; je m'en suis beaucoup servi (voir aussi

le me, Revue d'anthropologie, 1888, p. i-8). On peut encore consulter Bertholon,

Revue générale des sciences. Vil, ÎS'.IO, p. '.172-1008. Études particulières sur l'anthropologie de la Kliouinirie et de la Mngodie : liertholon, Bull, de géographie hisloriquc, 1891, p. 423 et suiv.; de l'ile de Iljerlia : le même, dans l'Anthropologie, VIII. IS'.iT. p. 399-425. — Pour l'Algérie, presque tout est à faire. Mensurations de Gjllebert d'Hercourt, Mémoires de la Société d'anthropologie, 111, I86N, p. 1-23; courtes indications de Topinard : Bull, de la Soc. d'anthr., 1873. p. 02.'i et suiv., ei 1881, p. 438-454. Kabyles : Duhousset, Mém. de la Soc. d'ethnographie [—Revue orientale et américaine, XII, 1874], p. 17-39; Sabalier, Bull, de la Soc. d'anthr., 1882, p. 888-896. Dans un travail resté inédit, Prengrueber a consigné de nombreuses observations sur les Kabyles : Lissauer, Zeitschrift fur Ethnologie, XL, 1908. p. .'illi et suiv. Habitants de l'Aurès : Papillault, Bull, de la Suc. d'anthr., IS'.I7. p. .'i:)7-344; Randall-Maciver et Wilkin, Libyan noies (1901), p. 95 et suiv. Oasis

de Biskra : Topinard, Bull, de lu Soc. d'anthr. , 1870, p. 548-555; le nié , Assoc.

française pour l'avancement des sciences. Mger, 1881, p. 757-764. Mzabites : Ainal, le M:nb et les Mzabites (1884), p. 239-252 (conf. Revue d'anthropologie, 1884, p. 623-631); Huguet, Revue de l'École d'anthropologie, XVI. 1906, p. 21, 28,30-31; Chantre, Bull, de la Société d'anthropologie de Lyon. XXIX, 1910, p. 92-94. — Pour

gènes «les diverses régions de l'Afrique septentrionale1. Relations créées par le voisinage, le commerce, les nécessités de la transhumance, migrations causées par les guerres et les famines, transplantations de tribus vaincues ont rapproché et confondu les groupes primitifs2. iNulle part, on ne constate l'existence de populations dont tous les individus offriraient un type uniforme3. Dans ce chaos, il est malaisé d'introduire l'ordre.

Les classifications proposées se fondent sur les caractères anatomiques (formes, dimensions et proportions du squelette, en particulier du crâne et des os de la face) et sur les caractères extérieurs (couleur de la peau, de l'iris des yeux, forme et couleur des cheveux et des poils). Mais les anthropologistes ne sont pas d'accord sur la valeur respective de ces caractères, sur leur persistance héréditaire, sur la durée des effets du métissage. Les uns attribuent une importance prépondérante à l'étude des crânes; ils partagent l'humanité en gens à tète longue, large ou moyenne (dolichocéphales, hrachycéphales. mésoeéphales). D'autres soutiennent que, même dans les groupes les plus isolés, il y a différentes formes de crânes. Certains admettent que ces formes se maintiennent immuables à travers les générations, en dépit des croisements et des

te Maroc, on n'a que des mensurations de quelques crânes de Mogaâor, par Verneau, dans l'Anthropologie, \.\lll, 1912, |>. 667-702. - Exposés généraux dans Sergi, Africa, Antropologia délia stirpe camitica (1897), p. J7-i el suiv. ; dans Weisgerber, (es Blancs d'Afrique, p. :il et suiv. MM. Bertholon e1 Chantre préparent sur l'anthropologie de l'Afrique du Nord un ouvrage d'ensemble, au sujel duquel ils ont donné quelques indications : voir, en particulier, [ssoc. française, Dijon, 1911, Compte rendu, p. Iilii-s. 130-1. [Cet ouvrage vient de paraître, sous le titre Recherches anthropologiques dans lu Berbérie orientale. Je regrette de ne pas pouvoir l'utiliser dans le présent chapitre, déjà imprimé. Juin 1913].

I. Même dan- les régions ntagneuses, qui ""' été des refuges.

'. (in peul consulter là-dessus l'oovrage de Carette, Recherches sur l'origine el la migrations des principal :s tribus de CAfrique septentrionale 1 1853).

3. M. Coliignon (/;»//. de géographie historique, 1886, p. 282) écrit a propos de la Tunisie : « Il n'est pour ainsi dire pas de localité nu il ne soil possible de retrouver plusieurs, sinon la totalité des types répandus sur le territoire. » Dans ir massif du l'Aurès, en Kabylie, etc., on trouve pèle-mèle des types très divers (conf. l'apillauli, Ball.dela s,„- d'antfir., 1897, p. :i:i'.i>.

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circonstances extérieures; d'autres croient qu'elles peuvent se modifier. Pour les uns, la couleur «le la peau et celle des cheveux priment, comme éléments de classification, les caractères ostéologiques ; d'autres restent plus ou moins fidèles à la vieille opinion qui rapporte les diversités de la pigmentation aux influences îles climats. Ou ne sait pas exactement dans quelle mesure les conditions de la vie modifient la taille. 11 est presque superflu d'ajouter que des individus ayant la même conformation peuvent beaucoup différer d'aspect selon leur ali- • mentation, leur existence sédentaire ou active, l'intensité de la lumière et de la chaleur; sans parler des impressions trompeuses que les costumes provoquent chez des observateurs superficiels. Les pages qui suivent témoigneront de la difficulté et de l'insuffisance des recherches, aussi bien que de l'incertitude des méthodes.

En général, les Berbères ont le visage droit, des yeux horizontaux, non saillants, un nez plus ou moins long, plus ou moins large, mais non pas épaté, comme celui des nègres. Leur corps est d'ordinaire bien proportionné, leur complexion robuste. Ils résistent aux variations de la température, aux privations, aux longues marches et, quand cela est nécessaire, aux durs travaux: ils atteignent souvent une extrême vieillesse '.

A leur naissance, leur peau est blanche, mais le soleil la brunit rapidement : il ne faut sans doute pas chercher d'autre cause au teint foncé que de nombreux textes anciens attribuent à des indigènes du Nord de l'Afrique'2. La plupart ont des veux

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