Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie, r 17, u
2. Voir Gsell, dans Recueil de mémoires publiés en l'Iioiuieur du XIV" Congrès des Orientalistes par l'École des Lettres d'Alger i Uger, 1905), i>. 367-8.
:i. Gsell, Recueil cité, \>. 300-7.
4. (lu, si l'un veut, d'un .huf. '\<- ,-.\ cl Naurj simi des Cormes adoptées par les Septante; naturellement, elles nr pouvaient pas figurer dans un texte sémitique. Mais il m' fnul pas attacher d'importance ■■< ce détail, puisque Procope nr nous
établis à l'Ouest du Jourdain aux dépens de divers peuples, les Gergéséens, les Jébuséens, etc., habitants du pays de Canaan. Ce dernier nom s'appliquait non seulement à l'intérieur de la Palestine, mais aussi au littoral occupé par les Phéniciens : dans la fameuse énumération des descendants de Noé qui se trouve au chapitre x de la Genèse1, Sidon est appelé le premier-né de Canaan. Los Phéniciens eux-mêmes s'en servaient-. Aussi les Africains qui parlaient encore la langue phénicienne à l'époque de saint Augustin reçurent-ils et acceptèrent-ils le nom de Cananéens3. Un demi-lettré pouvait en conclure qu'ils descendaient des Cananéens de Palestine et, puisque Josué passait pour avoir conquis cette contrée, il était naturel d'admettre que les vaincus l'avaient alors quittée et qu'ils avaient pris le chemin de l'Afrique. Telle parait être l'origine du récit de Procope. Il n'a. comme on le voit, aucune valeur historique.
Quelques savants ont été cependant d'un avis différent*. Movers a cru que la prise de possession de la Palestine par les
il e qu'une interprétation de l'inscription (conf. Scbrôder, die phônizische
Spiwclie, p. 3).
2. Voir E. Meyer, Geschichte-des Attestants, '- édit., I. 2, p. 389
■1. Augustin, Epistolae ad Romanos inehoata expositio, 13 (Migne, Pair, lui., XXXIV-V, p. 2096) : « Interrogati rustici nostri quid sint, punice respondentes Chenani, corrupta scilicel voce, sicul in talibus solet, quid aliud respondent quam ChananaeiV » Les Phéniciens ont-ils introduit ce terme en Afrique, en se désignant par un ethnique dérivé du uoni de leur pays d'origine? Nous n'en avons en toul cas aucune preuve. l'oul-èlre le nom de Cananéens, donné aux
Africains parlant le punique, date-t-il seulemenl du temps où le chrislianisi ;t,
pur conséquent, la connaissance de la Bible commencèrent à se répandre. Dans plusieurs documents qui dépendent rie la Chronique rie saint Hippolyte, éi rite en 233 de notre ère, il est dit nue les "Açpoi et les $o£vtxs<; [Afri el Plioenices) descendent de Canaan : voir Bauer, Chronik des Uippolytos, p. lit): Chronique pascale, I, p. 49 de l'édition de Bonn. Cette indication devait se trouver dans l'ouvrage même d'Hippolyte, quoique le mol "Açpoi ail été omis dans le manuscrit rie Madrid (Bauer, (. e.). Il est donc probable que, .les le débul du m siècle, des auteurs chrétiens ont rattaché a Canaan les africains de langue punique. Les riens ont dû répandre cette notion, si bien qu'au temps de saint Vugustin, les paysans eux-mêmes se qualifiaient de Cananéens.
4. Voir, entre autres. Schrôder, !. e. ; Lenormanl (el Babelon), Histoin ancienne, VI, p. 499; Bùdinger, Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaften in Wien, Phil.-hist. Classe, CXXV. 1892, mémoire u X. p. 37 (il qualifie les inscriptions rie Tigisis rie • reverenda antiquitalis Phoeniciae testimonia
Hébreux détermina réellement le départ d'un grand nombre de Cananéens agriculteurs. Ce n'aurait pas été une exode brusque, mais une série d'émigrations, se succédant pendant plusieurs siècles, depuis l'arrivée de Josué jusqu'à David et Salomon, qui achevèrent la conquête. Ces Cananéens fugitifs auraient passé en Afrique sur les vaisseaux des Phéniciens du littoral syrien. Restés cultivateurs, ils auraient occupé une bonne partie du pays, se mélangeant aux indigènes : ainsi se serait formée une population que les textes anciens désignent, sous le nom de Libyphéniciens1.
Il est, au contraire, très probable que le terme Libyphéniciens désignait, avant l'époque romaine, les Phéniciens de la Libye, c'est-à-dire les gens d'origine phénicienne qui vivaient dans les colonies fondées sur le littoral africain soit par les Phéniciens de Svrie, soit par les Carthaginois2. Plus tard seulement, on l'appliqua à des habitants de l'intérieur du pays, à ceux qui, sous là domination de Cartilage, avaient adopté les mœurs puniques et pouvaient être regardés comme des Libyens devenus Phéniciens1. La diffusion de la langue, de la religion, des coutumes phéniciennes dans l'Afrique du Nord s'explique par les influences que la civilisation carthaginoise exerça sur les indigènes, de diverses manières et par différentes voies. Ce furent là des faits qui se passèrent en pleine époque historique, (lui furent même en partie postérieurs à la chute de Carthage. On ne trouve donc en Berbérie aucune preuve de ces prétendues migrations cananéennes.
D'autre part, nous ne pouvons guère discerner ce qui est vrai dans les récits relatifs à la conquête du pays de Canaan par les
1. Movers, '. c., II. 2. p. 10, 113, 135 el suiv., MI-'J. Bûdinger (I. c, p. :isi croil que la conquête de Josué, qu'il pi, ht vers la lin du \ir siècle, a été la véritable
cause de la fondai m Occident de plusieurs importantes colonies phéni
ciennes, qui datent du même temps.
.'. N, .u-, ii,> parlons p.i- ni d'un sens administratif qui paraît avoir été donné ,i ce mol ci sur lequel nous aurons a revenir.
3. Voir Meli/rr, /. c, I. p. 60-63, 430-8 ; Gsell, Recueil cité, p. 365-6.
RELATIONS AVEC D AUTRES r.nXTREES. 343
Hébreux. Elle ne se fit évidemment pas d'un coup. Les nouveaux venus semblent n'avoir occupé que des îlots dont l'étendue varia : tantôt livrant des combats qui ne furent pas toujours heureux, tantôt concluant avec les Cananéens des accords plus ou moins stables, tantôt s'insinuant parmi eux. Avant les règnes de David et de Salomon se place une période de progrès et de reculs, qui correspond à l'époque des Juges et au début de la royauté, et dont on ignore la durée. Que, pendant cette période, des Cananéens, refoulés par les Hébreux, aient cherché refuge sur le littoral où s'élevaient les villes des Phéniciens, qu'ils aient ensuite participé à la colonisation phénicienne en ( Iccident, c'est fort possible, quoique nous n'en ayons aucune preuve. Mais cette hypothèse n'a qu'un rapport fort éloigné avec le récit de Procope.
Celui-ci fait traverser l'Egypte à ses Cananéens fuyant devant Josué. Des érudits1 ont cru qu'en effet des peuplades de l'Asie occidentale- séjournèrent dans la vallée du Nil et que, de là, elles passèrent en lierbérie, mais bien avant l'époque de l'entrée des Hébreux en Palestine. On sait que les Hyksôs, venus par l'isthme de Suez, occupèrent le Delta pendant plus de six siècles, selon les uns, pendant un siècle à peine, selon d'autres. Quelle était l'origine de ces envahisseurs? Différentes hypothèses ont été proposées; tout ce que l'on peut affirmer, c'est que beaucoup d'entre eux, sinon tous, parlaient une ou diverses langues sémitiques. Leur domination fut définitivement brisée vers le début du XVIe siècle. Mais on n'est nullement autorisé à supposer que, soit à cette époque, soit au temps de leur puissance, des Hyksôs aient pris le chemin de l'Occident et soient allés s'établir parmi les Libyens3.
1. Movers, II. 2. p. 4(i. 424-6. Ebers, Egypten and dit- Bûcher Mose's, p. 68, 221'. Lenormant, Histoire, VI, \>. 499. Etc.