‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 344 sur 404 · Polybe, lll · texte numérisé non relu

Polybe, lll

t. § lll (p. 89-90).

parmi les villes que nous savons avoir été soumises aux Carthaginois sur les côtes de l'Afrique septentrionale, celles qu'ils fondèrent eux-mêmes et celles qui dataient d'une époque plus reculée. Nous ignorons comment ils assujettirent ces dernières à leur hégémonie. Peut-être ne furent-elles pas traitées d'une manière uniforme. On a des raisons de croire que, vers la fin du vi' siècle. Utique avait encore conservé son entière liberté '. Plus tard -, tout en dépendant en fait de Carthage \ elle contracta avec elle une alliance qui la plaçait officiellement sur un pied d'égalité. Seul parmi les Phéniciens d'Occident, le peuple d'Utique est nommé avec les Carthaginois dans des traités que ceux-ci conclurent au milieu du ivl siècle1 et à la fin du nr '".

Telle fut l'œuvre grandiose de défense et de domination que Carthage accomplit dans la Méditerranée occidentale et à l'entrée de l'Océan, probablement à partir du vne siècle, mais surtout au cours du VIe et au commencement du v", dans cette période d'expéditions et de conquêtes qui parait avoir été l'époque la plus glorieuse de son histoire.

Elle avait fixé des limites aux ambitions des Grecs. Elle les avait écartés de la Sardaigne, de la Corse, du Sud de l'Espagne, des côtes africaines à l'Ouest de la Cyrénaïque. Elle leur avait

1. Elle ne paraît pas avoir été ntionnée dans le premier traité de Carthage

avec Rome. Elle l'esl au contraire, dans des traités postérieurs. Il est peu probable qu'elle ail été, au vi siècle, l'alliée inégale de Carthage, qui se sérail dispensée de In nommer, el qu'elle ait obtenu ensuite les droits d'une alliée privilégiée. Conf. Meltzer, I. p. 179, el II. p. 75; E. Meyer, II. p. 690.

J. Peut-être au v' siècle, lors de la constitution du territoire carthaginois en Afrique : Meltzer, II. p. 75.

;i. Scylax (§ III. p. 89) l'indique dans sa liste des villes qui appartenaient, dit-il, aux Carthaginois.

i. Polybe, III. 24, l el 3 (traité avec Rome, en 348).

.'i. Polybe, VII, 9, 5 et 7 (traité avec Philippe de Macédo en 215).

barré la route de la mer extérieure. Succès qu'il est permis de regretter! Si les Phéniciens furent, par leurs importations et par leurs exemples, les éducateurs de quelques peuples de L'Occident, la puissance d'expansion de l'hellénisme se manifesta avec beaucoup plus de vigueur et d'éclat dans les pays où il s'implanta d'une manière durable. Les colonies phéniciennes ne furent guère que des entrepôts de Tyr, puis de Carthage. Les grandes cités grecques de l'Italie méridionale, de la Sicile, de la Cyrénaïque, de la Gaule, maîtresses de leur développement, enrichies par un commerce libre ou par la culture de vastes territoires, devinrent des foyers d'art, de pensée et de science. Elles répandirent autour d'elles cette civilisation hellénique, qu'elles-mêmes contribuèrent à accroître, à élever bien au-dessus de la civilisation toute matérielle des Phéniciens. Il faut donc plus admirer l'énergie avec laquelle Carthage résista à l'assaut des Grecs que les résultats de son intervention.

Protectrice des Phéniciens d'Occident menacés, elle s'était mise à leur tète, non comme la présidente d'une confédération de cités, mais comme la souveraine d'un Etat fortement centralisé, qu'elle seule dirigeait. Elle avait ainsi formé un immense empire maritime '.

Cependant, malgré un effort gigantesque, elle n'avait pas pu détruire les Grecs de Sicile, à l'entrée de la mer qu'elle prétendait dominer. Marseille, « une des trois têtes du triangle formé par la Méditerranée occidentale- », l'avait combattue victorieusement; elle restait puissante et prospère; elle gardait une

I. ippien, Libyca, 2 . ■ Ils (les Carthaginois) dominèrent an loin sur la mer

et portèrent Leurs ai s en Sicile, en Sardaigne, dans les autres ilo de oette

mer el en Espagne; ils envoyèrent partout des colonies, l'ai- leur puissance, ils égalèrent les Grecs, par leurs richesses les Perses. ■• Conf. Polybe, I. 10, •"> (étendue de l'empire de Carthage au début de la première guerre punique).

1. J h 1 1 i.i i) . Histoire, de lu Gaule, I. p. SS : « les deux autres, ajoute-t-il, étant les deux Carthages, la métropole africaine >'i la Carlhagène espagnole » (c'est-à-dire, avant le ni siècle, Mastia, limite assignée par Carthage en Espagne aux liuiiiiiins, et sans doute aussi aux Grecs).

partie des établissements phocéens de la côte orientale d'Espagne et ne renonçait pas à toute velléité d'étendre son trafic au delà du détroit de Gibraltar1. N'ayant pas réussi à anéantir ses ennemis. Cartilage se résigna à des trêves prolongées, à des compromis favorables à son commerce et à celui des tirées2.

Enfin, elle avait dû s'abstenir de prendre pied en Italie. Dans cette contrée, elle avait à ménager des alliés qui, comme elle et avec elle, avaient lutté contre l'hellénisme : les Ktrusques, maîtres du littoral depuis l'Apennin ligure jusqu'à la Campanie. Elle conclut avec eux des traités qui étaient, dit Aristote', des accords commerciaux, des conventions pour empêcher la piraterie, des alliances guerrières. Ces pactes contenaient sans doute des clauses semblables à celles que nous lisons dans les deux traités qui lièrent Carthage à Rome, à la fin du \i" siècle et au milieu du iv'"'.

Dans le premier, les Carthaginois interdisaient ou réglementaient le commerce des Romains dans les régions dont ils étaient les maîtres. En retour, ils promettaient « de ne causer aucun dommage aux habitants d'Ardée, d'Antîum, de Laurente, de Circéi. de Terracine, ni à aucun autre des Latins qui dépendent des Romains. S'il y en a d'autres qui ue leur obéissent pas. les Carthaginois s'abstiendront d'entreprises sur leurs

I. Voyages de Pythéas el d'Eulhymèiie. ('nul'. Jullian /. <-.. p. ilii. n. -t.

'. Vu débul « 1 1 j v siècle, les Carthaginois levèrent des rcenaires en Ligurie

cl chez nu peuple qui habilail entre le Rhône et les Pyrénées (Hérodote, Vil. 10") : Aifûwï xoù 'EXtaûxuv) ; ils enrôlèrent aussi des mercenaires ligures en 343 (Diodore, XVI, ~:i). Leurs vaisseaux pouvaienl donc fréquenter des parages voisins de Marseille. D'autre part, les Marseillais Pythéas (au iv siècle) et Euthymène (avanl le milieu du même siècle) franchirenl le détroit pour aller

explorer lis eûtes d'Europe et d'Afrique. Ils n'auraienl guère i ntreprendre

c-r-, expéditions si les Carthaginois s'y étaienl opposés. Nous avons vu qu'au

temps d'Hérodote, ceux-ci paraissent avoir interdil la i • extérieure aux es.

\n ne siècle Ëratosthène (apud Strabon, XVII. I. 10) disait que les Carthaginois coulaient les navires étrangers qui se dirigeaienl vers la Sardaigne el les Colonnes d'Héraclès (voir aussi Strabon, Ml a, 11).

:\. Politique, III. •'>, 10-11 : ouvO^xxi respi '■'■" ùaxyu>yiy.u>i, **' o"Jp.5oX« nept toû

jj.T| ù'AV.V.i, y.-/', ypapai T.ly. 7.;;.[U/:x:.

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