Hieron., De viris ilL
précurseurs de ceux qui agitèrent si gravement le quatrième siècle et les suivants.
Les premiers chrétiens, nous l'avons assez dit, étaient tous d'accord sur la divinité de Jésus-Christ. Ils chantent, dit Pline des hymnes au Christ honoré comme dieu, quasi deo. « Mes frères, dit l'auteur de l'homélie pseudoclémentine, nous devons penser de Jésus-Christ comme de Dieu ». Mais comment était-il Dieu ?i Comment sa divinité se conciliaitelle avec le strict monothéisme que l'on professait d'accord avec Israël ? Ici commençaient les divergences. Si l'on néglige les Gnostiques, très explicites sur la divinité du Sauveur, mais en désaccord avec les autres chrétiens sur la notion de Dieu, les idées en circulation peuvent se ramener à deux types principaux : le premier, Jésus est Dieu parce qu'il est le Fils de Dieu incarné ; l'autre Jésus est Dieu parce que Dieu l'a adopté pour Fils et élevé au rang divin. La première expUcation est proposée explicitement par saint Paul et saint Jean, qui tous deux enseignent sans ambages la préexistence du Fils de Dieu à son incarnation dans le temps. Saint Paul n'a pas employé, pour désigner le Christ préexistant, le terme de Logos. C'est dans les écrits de saint Jean qu'il apparaît, et, comme ces écrits, notablement postérieurs à ceux de saint Paul et aux premières prédications chrétiennes, mirent quelque temps à
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s'accréditer, il y a lieu, dans les commencements, de distinguer entre la doctrine, fondamentale et commune, du Christ préexistant et l'aspect particulier qui lui vient du terme spécial de Logos. Les apologistes, à partir de saint Justin, firent beaucoup valoir la notion du Logos ; mais c'était une notion philosophique, et les déductions que l'on en pouvait tirer étaient destinées à passer le plus souvent au dessus de la tête des simples croyants.
Ceux-ci — défalcation faite des ébionites de Palestine, qui s'obstinaient à considérer Jésus comme un grand prophète et ne voyaient dans son titre de Fils de Dieu qu'un attribut messianique — ou s'abstenaient d'alambiquer leur croyance à la divinité du Sauveur (c'était sûrement le plus grand nombre), ou se l'expliquaient par une des deux notions ci-dessus indiquées, l'incarnation et l'adoption. Hermas tient, semble-t-il un langage adoptianiste. Il a bien l'idée d'une personne divine distincte de Dieu le Père d'une certaine façon ; c'est pour lui le Fils de Dieu ou le Saint-Esprit. Avec cette personne divine le Sauveur est, pendant sa vie mortelle, en rapports permanents, mais non pas tels qu'ils correspondent à ce qu'on appela plus tard l'union hypostatique. Son œuvre terminée, il est admis, en récompense de ses mérites, aux honneurs de l'apothéose
Pour ces idées Hermas n'a pas soutenu thèse. Nous les voyons transparaître dans un coin de son livre, à propos de choses aussi propres que possible à en
détourner l'attention. Mais le fait qu'un homme clans la situation d'Hermas a pu avoir en tête une telle explication, et cela dans la plus parfaite bonne foi, n'en est pas moins remarquable. On va voir, du reste, qu'il se relie à d'autres manifestations du même système.
Sous le pape Victor on vit arriver à Rome un riche chrétien de Byzance appelé Théodote^. On l'appelait Théodote le corroyeur, parce qu'il avait acquis sa fortune dans cette industrie. C'était un homme fort instruit. Il se mit à dogmatiser. Suivant lui, Jésus était un homme comme les autres, sauf pourtant sa naissance miraculeuse. Il avait grandi dans les conditions ordinaires, manifestant une très haute sainteté. A son baptême, sur les bord du Jourdain, le Christ, autrement dit le Saint-Esprit, était descendu sur lui sous la forme d'une colombe : il avait reçu ainsi le pouvoir de faire des miracles. Mais il n'était pas devenu dieu pour cela. C'est seulement après sa résurrection que cette qualité lui était reconnue, et encore par une partie seulement des Théodotiens,
Victor n'hésita pas à condamner de telles doctrines. Théodote fut excommunié 2. Il persista, et ses adhé-
1. Sur les deux Théodote et leur secte nous sommes renseignés par divers ouvrages de saint Hippolyte : 1° Syntagma (Pseudo-Tert., 53 ; Epiph., LIV, LV ; Philastr., 50) ; cf. Contra Noetum 3 ; 2° Philosophumena, VII, 35 ; X,23; 3° Le Petit Labyrinthe (Eus., H. E., V, 28).
2. Hippolyte raconte que Théodote avait apostasie à Byzance et que ses doctrines furent produites comme excuse de sa faute. Il
rents se trouvèrent assez nombreux pour qu'il leur vînt l'idée de s'organiser en église. Un second Théodote, banquier de son état, et un certain Asclépiodote, tous deux disciples du byzantin, trouvèrent un confesseur romain appelé Natalis, qui consentit, moyennant traitement, à faire les fonctions d'évêque dans la nouvelle secte. Natalis ne persévéra pas. Il avait des visions oùpe Seigneur le réprimandait sévèrement. Comme il faisait la sourde oreille, « les saints anges » lui administrèrent de nuit une correction énergique, ai bien que, le jour venu, il alla se jeter aux pieds du pape Zéphyrin, du clergé et des fidèles, demandant miséricorde. On finit par le prendre en pitié : il fut admis à la communion. C'est seulement un peu plus tard (v. 230 ?^t) qu'apparait un autre docteur de cette secte, un certain Artémon ou Artémas, qui semble avoir vécu longtemps et joué un certain rôle.
Ceci est de l'histoire extérieure. La doctrine doit être examinée de plus près. D'après le sommaire qui en a été donné i. on voit que les Théodotiens admettaient auprès de Dieu une puissance divine appelée Christ ou Saint-Esprit. Il en est de même dans les explications d'Hermas^. Un trait particulier, que saint Hippolyte relève dans la doctrine de Théodote
n'avait pas, disait-il, renié Dieu : il n'avait renié qu'un homme. C'est une historiette, et peu croyable, car enfin, même en se plaçant au point de vue de Théodote, il aurait renié le Sauveur et Seigneur de tous les chrétiens, et son cas fût demeuré d'une gravité extrême.