‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 106 sur 205 · TertuUien, Adv. Prax · texte numérisé non relu

TertuUien, Adv. Prax

plaisanteries!, comparaissait, pour un enseignement analogue, devant « les prêtres » de Smyrne, qui lui en firent des reproches. Il compliquait sa situation en se faisant appeler lui, Moïse, et son frère, Aaron, étrangeté derrière laquelle pouvaient se dissimuler d'excessives prétentions. Il parvint, la première fois à se défendre. Mais comme il persistait à dogmatiser et qu'un groupe de disciples se formait autour de lui, il fut de nouveau cité devant le collège presbytéral. Cette fois il fut plus net et déclara, propos significatif, qu'après tout il ne faisait aucun mal en enseignant une doctrine qui rehaussait la gloire de Jésus-Christ : « Je ne connais qu'un Dieu ; ce n'est » pas un autre que lui qui est né, qui a souffert, qui » est mort ». Il fut excommunié 2.

Ainsi les idées modalistes avaient déjà subi deux condamnations, à Carthage et à Smyrne, lorsque, pour la seconde fois, elles tentèrent la fortune à Rome. Un disciple de Noêt, appelé Epigone, vint s'y établir et ouvrit une école, à la tête de laquelle il fut bientôt remplacé par un certain Cléomène, auquel un peu plus tard, succéda Sabellius. Il y avait déjà à Rome une école théodotienne, qui s'était même transformée en église. Les nouveaux docteurs se montraient très opposés aux théodotiens. On peut croire qu'après les échecs subis en Afrique et en Asie

1. NoTjTbc signifie intelligible, mais avÔYjTOç veut dire insensé.

2. Hippolyte, Contra Noëtum, 1 (cf. Epiph., Haer., LVII) ; Philo- Moph., IX, 7.

ils eurent l'esprit d'atténuer ce que leur langage pouvait avoir de plus choquant. Aussi furent-ils d'abord bien vus de la masse des fidèles, qui n'y entendait pas malice, et même de l'évêque Zéphyrin, peu versé dans les raffinements de la théologie, soucieux avant tout, comme c'était son devoir, de la paix ecclésiastique. Il laissa tranquilles les maîtres et leur école. Ceux-ci faisaient valoir avant tout le terme de monarchie, qui revenait à peu près à celui de consubstantialité, plus tard en usage, et servait à exprimer le monothéisme dans toute sa rigueur. On ne parlait plus que de monarchie. Les gnostiques, on l'a vu, avaient introduit ce régime dans leur plèrôme; sous la direction d'Apelle le marcionisme avait évolué dans le même sens. Le populaire orthodoxe entrait volontiers dans ce mouvement; on le trouvait toujours prêt à défendre la sainte monarchie. Il n'est pas jusqu'aux montanistes qui ne s'enrôlassent sous cette bannière; un certain nombre d'entre eux, conduits par Eschine, se rallièrent à la théologie mondaliste. D'autres, toutefois, Proclus en tête, observèrent une attitude différente.

L'ennemi commun, c'était la théologie du Logos ^, défendue à Rome par Hippolyte, en Afrique par TertuUien. Les orthodoxes lui reprochaient surtout

1. On peut s'étonner que des gens qui admettaient le quatrième évangile aient eu tant de répugnance pour un système qui s'y rattachait si étroitement. Ils avaient réponse à cela : « Vous êtes étranges t en donnant au Fils le nom de Verbe. Jean le dit sans doute, mais « il est coutumier de l'allégorie ». Hipp., Contra Noët., 15.

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d'introduire deux dieux. Il fallait, en effet, une certaine éducation philosophique, et même une certaine bonne volonté, pour ne pas voir dans le Logos, tel qu'ils le présentaient, un second dieu, distinct du , vrai, inférieur à lui. Mais comment éviter ce Charybde sans tomber sur le Scylla du patripassianisrae ? Le bon Zéphyrin finit par ne plus savoir auquel aller. Il disait volontiers, tout comme Noët et son monde : » Moi, je ne connais qu'un seul Dieu, Jésus-Christ, » et, en dehors de lui, aucun autre qui soit mort et » qui ait souffert ». Mais il ajoutait : « Ce n'est pas le Père qui est mort, c'est le Fils ». C'était reproduire les termes à concilier, les données traditionnelles de l'unité divine, de l'incarnation et de la distinction entre le Père et le Fils. Zéphyrin était dans son rôle en maintenant la tradition; mais il n'en résolvait pas les énigmes.

Hippolyte, qui prônait une solution, et ne réussissait pas à la faire accepter de son évêque, allait s'exaspérant de plus -m plus. Derrière Zéphyrin, sa colère visait son conseiller Calliste. Aussi quand Zéphyrin fut mort et que Calliste eut été élu pour le remplacer, il n'hésita plus, cria au scandale et se sépara de l'Eglise avec un certain nombre d'adhérents. Cette grave démarche fit beaucoup de bruit, Calliste ne voulut pas laisser dire qu'on se séparait de lui parce qu'il patronnait de mauvaises doctrines : il condamna Sabellius pour hérésie i. Mais il n'admit

pas pour autant qu'Hippolyte lui imposât sa théologie. Le docteur demeura dans la triste situation de chef d'église dissidente, et s'y maintint même sous les successeurs de Calliste, Urbain et Pontien.

Sa rancune s'exhala dans le livre que nous appelons, par suite d'une erreur, les Philosophumena. C'est une réfutation de tous les systèmes doctrinaux en désaccord avec l'orthodoxie chrétienne, celle-ci étant, bien entendu, ramenée au point de vue de l'auteur. La matière est répartie en neuf livres d'exposition, suivis d'une récapitulation qui forme un dixième livre. Les quatre premiers sont consacrés aux philosophies ou mythologies des Grecs et des Barbares. Puis viennent les diverses sectes gnostiques et autres hérésies chrétiennes jusqu'à Noët et Calliste, après lesquels il n'y a plus que les Elkasaïtesi et les Juifs Ce n'était pas la première fois qu'Hippoyte s'attaquait aux hérésies. Vingt ans au moins auparavant il en avait dressé un catalogue, commençant à Dosithée^ et aboutissant à Noet, trente-deuxième de la série. Cet ouvrage, appelé Syntagma, est perdu, mais il a passé presque entièrement dans la compilation de saint Epiphane^. Hippolyte y exposait les divers systèmes et les réfutait ensuite, d'après saint Irénée en discutant leurs raisons et leur exégèse. Le procédé

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