Ci-dessus, p
3. On le retrouve aussi dans le livre de Philastre contre les hérésies et dans l'appendice au livre des Prescritions de Tertullien {Praescr., 45-53). La finale s'est conservée isolément, sous forme d'homélie contre Noet.
suivi dans les Philosophumena est tout différent. Il consiste à assimiler chaque théologie hérétique à un système philosophique ou païen préalablement réfuté ou bafoué, car l'auteur a l'invective facile. Hippolyte n'avait jamais brillé par sa douceur, mais du Syntagma au Labyrinthe son caractère s'était encore aigri. De Calliste surtout il ne peut parler sans fureur. Aussi ne faut-il pas se fier à ce qu'il en dit. Il ne suffit pas d'écarter ses interprétations haineuses : les faits eux-mêmes, tels qu'il les rapporte, ne sauraient être admis sans réserves i.
C'est ainsi qu'il est difficile d'attribuer à Calliste l'exposé doctrinal qu'Hippolyte nous donne comme représentant son enseignement « Il n'y a qu'un seul » esprit divin, qui est appelé de noms divers, Logos, » Père, Fils. Ce dernier s'applique à l'incarnation. A » proprement parler, le Fils, c'est l'être apparent, » l'homme. Divinisé par l'incarnation, il est identifié » avec le Père ; ainsi le Père et le Fils sont un seul » Dieu, une seule personne et non deux. Ainsi le Père » a compati au Fils, car il ne faut pas dire que le » Père a souffert ».
Tertullien2, lui aussi, a connu cette doctrine de la
1. Des réserves d'un autre genre sont suggérées par l'étude des documents produits par le seul livre des Philosophumena à propos de certaines sectes, documents qui semblent trahir une même origine et peut-être la main d'un faussaire. Ainsi, ce qui est dit des Naasséniens, des Pérates, Séthiens, de Justin le gnostique, et ce qui est ajouté à la tradition antérieure sur Simon, Basilide, les Docètes, semble bien devoir être mis provisoirement en quarantaine. V. Salmon, dans Hermalhena, 1885, p. 389 ; Stâhelin, dans Texte und Uni., t. VI 3.
2. Adv. Praxem, 27 : t Obducti distinctione Patris et Filii quam manente coniunctione disponimus... aliter ad suam nihilominus sen-
« compassion », mais il ne l'attribue point à Calliste, et son livre contre Praxéas est peut être antérieur à l'épiscopat de celui-ci. Il paraît bien que nous avons là une sorte d'évolution de la doctrine modaliste. Le patripassianisme un peu crû des premiers temps aura paru menacé par l'attitude de Zéphyrin et de Calliste ; on aura jugé utile de l'amender.
Mais l'amendement est bien léger, et l'on ne comprend pas comment Calliste aurait pu le prendre à à son compte, après avoir condamné Sabellius. Les polémistes ont toujours une tendance à dénaturer les opinions qu'ils combattent et à compromettre leurs adversaires en de fâcheuses accointances doctrinales. II est du reste possible que la défiance qu'inspirait la théologie du Logos, la crainte du dithéisme^, la préoccupation prépondérante de l'unité divine, combinées avec l'imperfection du langage technique, aient abouti quelquefois, dans le camp orthodoxe, à des conceptions mal venues et surtout à des expressions critiquables.
En dépit des assertions passionnées d'Hippolyte, deux choses sont certaines, et par son propre témoi-
tentiam interpretari connantur ut aeque in una persona utrumque distinguant Patrem et Filium, dicentes Filium camem esse, id est hominem, id est Jesum ; Patrem autem spiritum, id est Deum, id est Christum. Et qui unum eumdemque contendunt Patrem et Filium iam incipiunt dividere illos potius quam unare.
... 29 : « Nec compassus est Pater Filio ; sic enim directam blasphemiam in Patrem veriti, diminui eam hoc modo sperant, concedentes iam Patrem et Filium duos esse si Filius quidem patitur Pat» vero compatitur. Stulti et in hoc. Quid est enim compati quam cum alio patl ?
1. Hippolyte (Philosoph., IX, 11) se plaint d'avoir été traité da dithéiste par Calliste : â'KZV.'xXzi. r,[j,àq îiôéouç.
gnage, la première c'est que Calliste condamna Sabellius, la seconde c'est qu'il ne condamna point Hippolyte. Celui-ci se segrégea lui-même. Quelque défiance qu'elle inspirât, la théologie qu'il représentait échappa à une réprobation formelle. Dans la génération suivante elle était ouvertement professée par le prêtre romain Novatien. Elle eut des adhérents jusque très avant dans le iv*' siècle. Mais ni Novatien, ni les représentants plus tardifs de cette théorie n'étaient dans le vrai courant traditionnel, celui qui devait aboutir à l'orthodoxie nicéenne. Celle-ci n'est point sortie de la théologie du Logos, cultivée par les apologistes et après eux par Hippolyte et Tertullien, mais de la simple et religieuse tradition des premiers temps, défendue plutôt qu'expliquée par saint Irénée, formulée tellement quellement par les papes Zéphyrin et Calliste, et qui va bientôt rencontrer, dans la personne de leur successeur Denys, un interprète à la hauteur de la situation.
Ce n'est pas seulement à propos de sa doctrine que Calliste fut vilipendé par Hippolyte. L'antipape entreprit aussi, et avec non moins d'acrimonie, son gouvernement ecclésiastique. Calliste, à l'en croire, déclarait qu'il remettait les péchés à tout le monde : il accueillait avec empressement tous ceux que les sectes rejetaient de leur sein ; il ne permettait pas de déposer les évêques prévaricateurs; il admettait les bigames dans le clergé et laissait les clercs se marier : il to-
lérait aussi les mariages secrets entre des matrones et des hommes de condition inférieure. Dans ces accusations il n'est pas toujours aisé de faire la part entre les assertions fausses et les interprétations malveillantes de faits véritables i. Sur le premier point le témoignage d'Hippolyte est confirmé en partie par TertuUien, qui publia son livre De Pudiciiia pour protester contre une déclaration solennelle du pape, Calliste évidemment, relativement à l'absolution, non de tous les pécheurs, comme le dit Hippolyte, mais d'une certaine catégorie de pécheurs Depuis quelque temps il était admis dans l'Eglise que l'excommunication des apostats, des homicides et des adultères était perpétuelle. Calliste relâcha cette sévérité en ce qui regarde les adultères et pécheurs assimilés : « J'apprends, dit Tertullien, qu'un » édit vient d'être promulgué : c'est un décert péremp- » toire. Le grand pontife, c'est-à-dire l'évêque des » évêques, a parlé. Moi, dit-il, je remets les péchés » d'adultère et de fornication à quiconque en aura » fait pénitence ». Suit une invective des plus mordantes. Les rigoristes de toutes les écoles, les Montanistes et les Hippolytiens, étaient fort scandalisés. Ce n'est pas à dire qu'ils eussent raison. Du reste, en stipulant que les pécheurs repentants auraient à passer par la pénitance, Calliste ne leur faisait pas des conditions bien attrayantes. On en peut juger par Tertullien lui-même. Voici la description ou