Sur ceci, v. De Rossi. Bull, 1866, p
plutôt la caricature qu'il fait de la réconciliation des pénitents : Tu introduis, dit-il, en apostrophant » le pape, tu introduis dans l'église l'adultère pénit tent, qui vient supplier l'assemblée des frères. Le » voilà vêtu d'un cilice, couvert de cendre, dans un » appareil lugubre et propre à exciter l'épouvante. » Il se prosterne au milieu de l'assistance, devant > les veuves, devant les prêtres ; il saisit la frange » de leurs habits, il baise la trace de leurs pas, il les » prend par les genoux. Pendant ce temps-là tu » harangues le peuple, tu excites la pitié publique » sur le triste sort du suppliant. Bon pasteur, benoît » pape, tu racontes la parabole de la brebis perdue » pour qu'on te ramène ta bique égarée ; tu promets » que désormais elle ne s'échappera plus ... ».
Hippolyte, heureusement pour sa réputation, écrivit autre chose que des pamphlets. Son œuvre exégétique est considérable. EUe s'étend à toute la série des Ecritures saintes, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse. Il lui arrive rarement de commenter des livres entiers, comme il l'a fait pour la prophétie de Daniel. En dehors de ses traités exégétique s, il écrivit aussi sur l'Antéchrist, sur l'origine du mal, •ur la substance de l'univers, sur la résurrection ; ce dernier livre était dédié à l'impératrice Mammée. On a vu avec quelle ardeur il s'est attaqué aux hérétiques en général, à ceux de son temps en particulier il combattit les Marcionites dans un livre spécial. D paraît bien s'être occupé de règles ecclésiastiques :
son nom est réclamé par diverses compilations postérieures qui, à un degré ou à l'autre, doivent procéder de lui. La question pascale attira aussi son attention. Il en traita les généralités dans son livre sur la Pâque. Puis il entreprit d'affranchir les chrétiens des calculs juifs en dressant lui-même des tables pascales fondées sur le cycle de huit ans. Ce cycle était imparfait : le nouveau comput fut bientôt en désaccord avec la réalité astronomique et dut être négligé. Mais, sur le moment, la découverte fut jugée merveilleuse. Une statue avait été élevée à Hippolyte par les gens de sa secte. Nous l'avons encore, le docteur y est représenté assis sur une chaire, dont les côtés sont occupés par les fameuses tables. Un peu en arrière a été tracé un catalogue de sa littérature. A en juger par le point de départ du cycle, ce monument est de l'année 222, celle où mourut Calliste2.
1. Trouvée au XV I« siècle près de son tombeau ; elle est maintenant au musée du Latran. La tête est moderne.
2. Calliste était, au temps de Constantin, rangé parmi les papes martyrs. Son anniversaire est marqué au 14 octobre dans la table philocalienne des Depositiones martyrum, de 336, comme ceux de Pontien, Fabien, Cornélius et Xyste II. Deux de ceux-ci furent exécutés (Fabien et Xyste II) ; les deux autres moururent en exil. De Calliste on ne sait rien de semblable ; sa mort tombe sous le règne d'Alexandre Sévère, sous lequel il est peu probable qu'il y ait eu des martyrs. Dans ces conditions, on a cherché un lien entre l'histoire de son exil en Sardaigne, telle que la raconte Hippolyte, et le culte qui lui fut rendu après sa mort. Mais ceci est impossible. La mort de Calliste arriva trente-trois ans au moins après sa confession et plus de trente ans après son retour d'exil. Or nous voyons, par les tables philocaliennes, que Lucius, qui fut exilé, qui revint d'exil et mourut aussitôt, ne fut pas rangé parmi les papes martyrs. Ainsi un exil d'où l'on revenait ne suffisait pas pour être qualifié de martyr. Dans ce conflit des témoignages, on pourrait admettre, comme solution hypothétique, l'idée
Le dernier ouvrage d'Hippolyte paraît avoir été le livre des Chroniques, dont il nous reste des fragments ou des adaptations en diverses langues, car il fut très lu. Hippolyte le continua jusqu'à la dernière année (235) d'Alexandre Sévère. Il contenait, entre autres choses des descriptions géographiques intéressantes 1.
Quelques-uns de ces écrits sont antérieurs au schisme; mais un bon nombre et notamment les travaux de comput et de chronologie appartiennent au temps où Hippolyte prétendait à la qualité de chef de l'église romaine, en opposition avec les papes légitimes, Calliste, Urbain, Pontien. La persécution régla ce différend. Après les années tranquilles d'Alexandre Sévère, l'avènement de Maximin le Trace ramena les mauvais jours. Les membres du clergé étaient spécialement visés par les rigueurs nouvelles. A Rome on arrêta les chefs des deux partis, Pontien, l'évêque légitime, et Hippolyte, l'antipape. Ils furent condamnés aux mines de Sardaigne. Rapprochés
que Calliste ait péri dans quelque bagarre entre chrétiens et païens, en dehors de tout procès régulier. Son souvenir était localisé à Rome, dès la première moitié du IV» siècle, en deux endroits : dans le Transtévère, où le pape Jules éleva une basilique (S. Maria in Trastevere) iuxta Callistum, et sur la voie Aurélienne, où se trouvait son tombeau. Il est étrange qu'on l'ait enterré là, si loin du cimetière administré par lui, qui porta toujours son nom et qui reçut les restes mortels de tous ses collègues du troisième siècle. Le tumulte populaire par lequel on expliquerait sa mort expliquerait aussi, si l'on acceptait la tradition de la légende, qui place le fait au Transtévère, pourquoi on l'aurait enterré sur la voie Aurélienne. C'était la plus voisine du lieu où il aurait été mis à mort.
1. On a cru longtemps qu'il s'y trouvait un catalogue des papes. La découverte du texte grec oblige d'abandonner cette idée (A. Bauer, Texte u. UnL, t. XXIX (1905), p. 156).
dans les misères du bagne, les deux confesseurs finirent par se réconcilier. Hippolyte, à ses derniers moments, exhorta lui-même ses adhérents à se joindre aux autres fidèles. Son schisme ne lui survécutt pas. Quand l'Eglise eut recouvré la paix, on ramena son corps à Rome avec celui de Pontien, mort aussi dans l'île malsaine. Ils furent déposés le même jour, le 13 août, l'un au cimetière de Calliste, parmi les autres papes, l'autre dans une crypte de la voie Tiburtine. On laissa ses amis y placer aussi sa statue^. Le culte rendu au martyr finit par atténuer le souvenir de son schisme. Damase, qui vivait un siècle après Hippolyte, le connaissait comme martyr : il avait aussi entendu dire qu'il était revenu à l'Eglise après s'être compromis dans un schisme ; mais comme il n'avait de ce schisme qu'une notion très vague, il l'identifia avec celui de Novatien^.
La littérature d'Hippolyte, qui aurait pu défendre son souvenir, disparut bientôt de l'horizon romain. A la génération suivante, le clergé de Rome parle et écrit en latin. En Orient, la qualité d'évêque de Rome, qu' Hippolyte avait prise dans les titres de ses ouvrages, embarrassa bientôt les gens instruits, qui ne trouvaient pas son nom dans les catalogues épiscopaux. Eusèbe ne sait où il avait été évêque ; et ce