II
4. Ada S. Pétri Alex. (Migne, P. G., t. XVIII, p. 461 ; cL Lumbroso, L'Egitto al tempo dei Greci e dei Romani, p. 185). Si Marc l'évangéliste est identique au Jean Marc nommé dans les Actes des apôtres et dans les épîtres de saint Paul et de saint Pierre, la tradition alexandrine se heurte à une objection très grave, car Denys d'Alexandrie (Eus., VII, 25) rappelle l'histoire de ce personnage sans laisser -voir la moindre idée d'un rapport spécial avec la métropole égyptienne.
Même au temps de l'évêque Démétrius, dont le long épiscopat correspond à ceux des papes Victor, Zéphyrin, Calliste, Urbain, l'histoire de l'église alexandrine demeure assez obscure. Ce qui apparaît, c'est la célèbre école.
Nous avons déjà rencontré à Rome beaucoup d'écoles d'exégèse transcendante et de théologie. Plusieurs d'entre elles eurent des difficultés avec l'Eglise, qui se vit obligée de les condamner. Mais ce ne fut pas toujours le cas, et, même quand il y eut brouille, l'école ne fut pas condamnée comme école, mais comme organe d'une propagande fâcheuse. En d'autres termes, l'Eglise ne réprouva pas la théologie, mais seulement la mauvaise théologie.
Si de telles institutions ont pu vivre à Rome, dans un milieu plutôt positif, que devait-il en être à Alexandrie, dans cette grande métropole de la science et de la littérature, à l'ombre du Musée, ce grand sanctuaire de la sapience hellénique, à portée de la célèbre Bibliothèque, en face des antiques écoles juives, où vivait encore le souvenir de Philon, et des nouveaux didascalées gnostiques, où brillaient les Basilide et les Carpocrate ? Le christianisme, qui recrutait tant d'adeptes parmi les gens cultivés,ne pouvait manquer de faire quelque chose pour eux et de se plier, dans une certaine mesure, à leurs habitudes d'esprit. Nous n'avons pourtant aucune raison de croire qu'il l'ait fait très volontiers. Le didascalée orthodoxe, tel qu'il se révèle à nous au temps de l'empereur Commode,
l'école chrétienne d'alexandrie 333
n'a nullement l'air d'avoir été fondé par un des anciens évêques. S'il finit par devenir une institution de l'église alexandrine, et par s'adapter à l'instruction des catéchumènes, il paraît bien être né d'efforts privés, tout comme ses analogues romains.
Il ne faut pas oublier que la population d'Alexandrie était, dans son immense majorité, industrielle et commerçante, et que le Musée rayonnait plutôt sur l'ensemble de l'hellénisme que sur le milieu qui l'entourait immédiatement. La masse des chrétiens, même à Alexandrie, ne pouvait avoir, en fait de spéculation, que des besoins fort limités. Le didascalée n'a jamais pu intéresser qu'un nombre plus ou moins restreint d'esprits cultivés. Les autres semblent lui avoir témoigné plus de défiance que d'admiration. C'était la tendance générale. La culture hellénique était déjà suspecte en elle-même. En s'en inspirant pour interpréter la tradition chrétienne, les Gnostiques étaient arrivés à des résultats lamentables ^, dont les chrétiens d'Alexandrie avaient une très spéciale expérience. Ceci soit dit pour bien délimiter l'importance réelle de cette école théologique.
Ses premiers docteurs sont demeurés inconnus. Le plus ancien dont le souvenir se soit conservé, Pantène, étair un stoïcien converti, originaire de Sicile 2. Il alla, dit-on, prêcher la foi aux « Indiens », chez lesquels il
1. Sur ceci v. de Faye, Clément d'Alexandrie, p. 126 et suiv. Cf. Strom., 1, 1, 18, 19, 43, 99 ; VI, 80, 89, 93, etc.
2. Sur Pantène, v. Eusèbe, H. E., V, 10, 11 (cf. Clément, Strom., I, 11) ; VI, 13, 14, 19.
aurait trouvé un évangile en langue hébraïque, apporté là par l'apôtre Barthélémy i. Revenu à Alexandrie, il prit la direction de l'école et compta parmi ses disciples, Clément, son futur successeur, et Alexandre, qui devait plus tard gouverner les églises de Cappadoce et de Jérusalem. Il ne s'est rien conservé de lui. Bien qu'Eusèbe parle de ses écrits, il ne paraît pas qu'ils aient été livrés à la publicité 2,
Il n'en est pas de même de ceux de Clément, son successeur, dont il nous reste assez pour nous donner une idée de ce que pouvait être, dans les vingt dernières années du second siècle, l'enseignement du didascalée alexandrin.
T. Flavius Clemens, comme son nom l'indique, descendait probablement de quelque affranchi du consul chrétien son homonyme. Il fut d'abord païen 3. Une fois converti, il s'attacha successivement à divers maîtres, qu'il énumère, sans les nommer, dans un passage de ses Stromates^ : un grec d'Ionie, un autre de la Grande-Grèce, un troisième de Célésyrie (d'Antioche ?), un égyptien, un assyrien (Tatien ?), un palestinien, converti du judaïsme. Enfin il renconra Pan-
1. Eusèbe, H. E., V, 10, n'est pas bien sûr de tout cela. Eiç 'Ivâoùç âXOeîv A£Y-'^2ci, ïvf^a'Koyoç zûpzîy aÙTOV. Les mots Inde, Indiens, étaient alors assez vagues ; ils pouvaient désigner tout aussi bien le Yémen actuel ou l'Abyssinie que l'Indoustan. Cf. ci-dessus, p. 126.
2. Eus., H. E., V, 10 ; cf. Clément, Strom., I, 1, 11 et suiv. ; Eclog., 27.