‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 114 sur 205 · Strom., I · texte numérisé non relu

Strom., I

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 335

tène en Egypte et trouva près de lui le repos de son esprit.

Le didascalée d'Alexandrie était bien le milieu qu'il cherchait et qui lui convenait. Là on ne maudissait point la sagesse des anciens Grecs ; on ne la traitait même pas de chose indifférente. On trouvait en elle, comme saint Justin l'avait fait déjà, une sorte d'irradiation de ce même Logos divin que le christianisme adorait en Jésus-Christ. La science religieuse, entendue avec cette largeur d'esprit, y était cultivée, non seulement comme instrument d'apologétique, mais comme moyen de perfectionnement individuel. C'était une gnose orthodoxe : elle ne se faisait point d'affaires avec le Créateur ; elle ne s'égarait ni dans les folles rêveries du Plérôme, ni dans les virtuosités d'une ascèse impraticable : mais, tout comme l'autre, elle assurait à ses adeptes une situation privilégiée dans l'ensemble des fidèles. Un chrétien gnostique avait, dans sa vie religieuse, des éléments que le commun des fidèles ne possédait point. Il ne faisait pas son salut comme tout le monde : il savait plus que les autres ; son idéal moral était plus élevé que le leur.

Cette doctrine supérieure se légitimait par une tradition spéciale, tout comme celles de Valentin et de Basilide. « Le Seigneur, après sa résurrection, avait « confié la gnose à Jacques le Juste, à Jean et à Pierre, « qui l'avaient communiquée aux autres apôtres et « ceux-ci aux Soixante-dix, dont était Barnabe »^.

1. Passage du VU» livre des Hypotyposes de Clément, cité par Eusèbe, H. E., II, 1.

Par Pantène elle atteignit Clément. On ne sait à quel moment celui-ci remplaça son maître à la direction de l'Ecole. Il était déjà connu comme écrivain avant le temps du pape Victor, c'est-à-dire, en somme, vers le temps où Irénée terminait son grand ouvrage i. C'est peut-être à cette première période que se rapporte son Protreptiqae, actuellement conservé, peutêtre aussi les huit livres des Hypotyposes, dont nous n'avons que des fragments. De ce dernier ouvrage Eusèbe2 ne parle qu'avec réserve et se borne à énumérer les livres saints, authentiques ou contestés, qui s'y trouvaient cités. Photius ^ en donne une analyse plus franche, mais fort compromettante. Clément enseignait l'éternité de la matière ; il faisait du Fils une créature^ ; il croyait à la métempsycose et à plusieurs mondes antérieurs à la création de l'homme. L'histoire d'Adam et d'Eve était traitée d'une manière honteuse et impie (aicr/^ptùç te. y.al àSréwç). Selon Clément, le Verbe n'avait pris de la chair que l'apparence. Du reste, il admettait deux ou trois Verbes, comme le montre la phrase suivante : « Le Fils aussi est appelé Verbe, du même nom que le Verbe du Père ; mais ce n'est pas lui qui s'est fait chair ; ce n'est pas non plus le Verbe du Père, mais une puissance de Dieu, une sorte de dérivation de son Verbe, qui.

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