‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 115 sur 205 · Cod · texte numérisé non relu

Cod

4. Sur ce point, le témoignage de Photius est confirmé par Rufin (Jérôme, Apol. adv. libr. Rufini, II, 17).

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 337

devenue intelligence (voQç -^evbixevoç), Iiabite dans le cœur des hommes ».

Ces doctrines, qui provoquaient la réprobation de Photius, peuvent avoir eu moins de relief qu'il ne leur en donne, éparses qu'elles étaient au milieu de commentaires exégétiques. Le fait est que les débuts théologiques de Clément ne l'empêchèrent pas d'être agrégé au corps presbytéral d'Alexandrie. Cette union personnelle entre l'église et l'école profita sensiblement à celle-ci. Les autres livres de Clément ne donnent pas lieu aux mêmes objections que les Hypotyposes. Les principaux sont les Stromates et le Pédagogue. Dans le premier l'enseignement est surtout théorique ; l'autre a plutôt pour but la formation morale du disciple. Les Stromates comprennent sept livres entiers, dont les quatre premiers sont antérieurs à la rédaction du Pédagogue. Après avoir terminé ce dernier ouvrage. Clément se remit aux Stromates, qu'il n'eut pas le temps d'achever^.

Clément était extrêmement érudit. Il possédait à fond toute la littérature biblique et chrétienne, authentique et apocryphe, et non seulement la littérature orthodoxe, mais encore les productions gnostiques. Il n'est pas moins informé sur les œuvres des poètes et des philosophes païens. Ses citations, car

1. Le huitième livre ou ce que, depuis Eusèbe, on appelle ainsi, n'est qu'un recueil d'extraits tirés de philosophes profanes : il devait probablement ser\-ir, avec les « Abrégés de Théodote » et les « Extraits des Prophètes », à la continuation de l'ouvrage.

Duchesne, Hisl. aw. de l'Egl. - T. i. 23

il cite beaucoupi, ont conservé nombre de fragments de livres perdus.

Ce n'est pas un esprit synthétique. Il court souvent d'un sujet à l'autre et donne beaucoup à faire à qui recherche dans ses œuvres un dessein médité et surtout un plan réalisé. Au début de son Pédagogue il semble s'ouvrir à ce sujet et distingue entre les trois fonctions que le Verbe remplit par son organe : il convertit (IIpoTps-Tiyiç), il éduque (IIaioaYor,'iç, formation morale), il instruit (Aicaj/.aXty.ôç. formation intellectuelle). Si les Stromates, comme cela est probable, correspondent à cette troisième fonction, c'est que le gnostique chrétien, tel que le concevait Clément, n'avait guère besoin de synthèse. L'ouvrage est tout en digressions, en propos détachés. Et cela est d'autant plus étonnant que les écoles rivales, celles de Valentin et de Basilide, se distinguaient au contraire par la forme synthétique de leur enseignement. Origène devait combler cette lacune.

Clément ne finit pas sa carière à Alexandrie. La persécution s'abattit sur l'Egypte en 202 ; comme elle visait spécialement les catéchumènes, elle dut avoir des conséquences fâcheuses pour l'institution à laquelle il présidait. Les deux premiers livres de ses Stromates, écrits en ce moment, contiennent plus d'une allusion à cette crise. Finalement il fut obligé de s'éloigner. On le retrouve peu après à Césarée de

1. n est possible qu'elles ne soient pas toujours de première main et qu'il ait puisé à des florilèges.

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 339

Cappadoce, près de l'évêque Alexandre, qui avait suivi ses leçons après celles de Pantène. Là aussi la persécution sévissait cruellement ; Alexandre fut jeté en prison ; Clément prit à sa place la direction de l'église, raffermit les fidèles et provoqua des conversions nouvelles. Ce témoignage lui est donné en 211 ou 212 par Alexandre lui-même, dans une lettrei qu'il écrivit à l'église d'Antioche et que Clément se chargea de porter à destination. Il était connu des fidèles d'Antioche. Dans une autre lettre^ écrite vers 215 et adressée à Origène, Alexandre parle de lui comme d'un mort.

Outre ses livres de pédagogie théologique. Clément en avait écrit d'autres, d'ordre moins spéculatif, comme le fameux discours sur le salut des riches, que nous avons à peu près en entier, et ses homélies sur le jeûne et sur la médisance. Il prit part aux controverses qui s'élevèrent de son temps à propos de la Pâque. Son livre sur ce sujets était en rapport avec un ouvrage analogue de Méliton ; un autre, dédié à son ami Alexandre, semble, à en juger par son titre, « Canon ecclésiastique, contre les Judaïsants », se rattacher au même ordre d'idées.

Les bizarreries théologiques ne sont pas ce qu'il y a de plus critiquable dans l'œuvre de Clément. On peut

1. Conservée en partie par Eusèbe, H. E., VI, 11. Clément y est l'objet de grands éloges : Sià KX'/Jixevioç tcu \).oi.v.apiou Tcpsajâu TÉpou, àw^poq âvapsTOU /.al âoxifxou.

Page 1