‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 116 sur 205 · Eus., H. E., IV, 26 ; V · texte numérisé non relu

Eus., H. E., IV, 26 ; V

lui faire à lui, comme à Origène et sans doute comme à leurs prédécesseurs, une objection fondamentale, c'est qu'ils donnent à la science, la science religieuse, bien entendu, une valeur excessive. Le fidèle gnostique, c'est-à-dire théologien, est, dans leur esprit, religieusement supérieur au fidèle tout court. Cette conception est, à la vérité, très différente de la distinction hérétique entre ps^'chiques et pneumatiques, distinction fondée sur la nature même des âmes. Comme celle-ci, cependant, elle se rattache à la philosophie platonicienne, d'après laquelle la science, au lieu d'augmenter la responsabilité de l'homme, ajoute à sa moralité. Le didascalée d'Alexandrie avait la prétention de former des chrétiens non seulement plus instruits, mais meilleurs que les autres. Ceci était difficile à concilier avec les principes généraux de l'organisation ecclésiastique. L'Eglise locale finit par le sentir et peu à peu s'incorpora, en en modifiant l'esprit, tant en ceci que sur d'autres points, une institution qui aurait pu mettre en question l'unité nécessaire.

On ne sait au juste si Clément était né à Athènes ou à Alexandrie. Origène'^ son nom l'indiquerait tout

1. Il dérive de celui d'Horus, divinité égj'ptienne. — Sur la biographie d'Origène, v. surtout le livre VI de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, en tenant compte de la tendance apologétique de l'historien. Il avait pu consulter des personnes qui s'étaient trouvées en rapport avec Origène ; la bibliothèque de Césarée contenait toutes les œuvres du maître ; quant à ses lettres, c'est Eusèbe lui-même qui en fit le recueil (VI, 36) ; elles lui ont fourni beaucoup de détails biographiques.

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 341

seul, est un fils de la terre égyptienne. Ses parents étaient chrétiens et de condition honorable : il eut pour premier maître son père Léonide. Dès sa plus tendre enfance l'enthousiasme le possède et le dévore ; tout l'exalte, la science, le martyre, l'ascétisme. Léonide, victime d'une dénonciation, est condamné comme chrétien (202-3). Son fils, faute de pouvoir mourir avec lui, l'exhorte à confesser la foi. Privé des biens paternels, sur lesquels s'est abattue une sentence de confiscation, il trouve le moyen de vivre et de soutenir la famille nombreuse dont il est devenu le chef à dixsept ans. L'école des catéchèses vient d'être dispersée par la persécution ; mais l'exemple des martyrs convertit des païens honnêtes, qui vont se grouper autour de cet enfan+, célèbre déjà par sa science autant que par sa foi. L'évêque Démétrius l'accepte comme catéchiste. Mais l'édit de Sévère fait de nouvelles victimes dans l'école à peine réformée. Le docteur adolescent conduit ses disciples^ au martyre ; d'autres se forment autour de lui : rien n'arrête son zèle ; il finit par attirer sur sa personne toute la rage des païens fanatiques.

Viennent des jours plus calmes ; à la bravoure qu'il a déployée sous le feu de la persécution succède l'enivrement de l'ascèse. Par sa vie mortifiée, Origène est un précurseur des Antoine et des Hilarion. Il ne tient

1. Plutarque, frère d'Héraclas, Serenus, Héraclide, Héron, un autre Serenus, une femme Héraïs, Basilide, Potamienne, Marcella. Eus., VI, 4. 5.

pas à lui que le christianisme orthodoxe le cède en ascétisme aux philosophes les plus durs à leur chair, aux gnostiques et aux montanistes les plus acharnés contre elle. Il va même plus loin, trop loin. Au temps de saint Justin^, un jeune chrétien d'Alexandrie, pour démentir les calomnies qui diffamaient les mœurs chrétiennes, avait demandé au préfet d'Egypte l'autorisation de faire le sacrifice de sa virilité. Origène ne demande pas la permission ; il la prend, prétendant ainsi couper court aux soupçons que ses fonctions de catéchiste pouvaient soulever chez les ennemis du nom chrétien.

Instruit de ce sacrifice plus généreux que raisonnable, l'évêque Démétrius maintient pourtant Origène à la tête de son école. Le jeune docteur devient bientôt la gloire d'Alexandrie. Tout en distribuant son enseignement à des disciples chaque jour plus nombreux, il ne cesse pas de s'instruire lui-même. Justin, Tatien, Clément, étaient passés du paganisme au christianisme ; leur formation avait été d'abord philosophique, puis religieuse. Origène suivit l'ordre inverse. Elevé dans les principes de la foi chrétienne, il n'emprunta d'abord au monde profane que les éléments des sciences indifférentes, de la grammaire surtout. Ce n'est que plus tard^, à mesure qu'il sentit le besoin de connaître les doctrines qu'il avait à combattre, qu'il se mit à étudier les diverses philosophies

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