Eus., VI
l'école chrétienne d'alexandrie IJ43
helléniques et les livres des hérétiques. Il suivit alors les leçons d'Ammonius Saccas, en compagnie d'un de ses disciples plus âgé que lui, Héraclas, qui l'avait précédé de cinq ans dans cette école^. En même temps qu'il donnait carrière, dans toutes les directions scientifiques, à son puissant esprit, il cherchait à vérifier la tradition, à discerner quel était au juste l'enseignement authentique de l'EgUse. C'est, il me semble, dans cette préoccupation qu'il fit, vers 212, le voyage de Rome, « désireux, disait-il, de voir cette très ancienne église ))2, De même cet exégète si hardi dans ses interprétations de la Bible sentit plus que personne le besoin d'en fixer le texte par des recherches critiques. Il apprit l'hébreu et chercha de tous côtés des versions différentes de celle des Septante, qui servissent à contrôler celle-ci. Ses voyages étaient d'utiles occasions pour de telles recherches. On le trouve sans cesse sur les chemins, à Rome, en Grèce, à Nicopolis d'Epire, à Nicomédie, à Antioche, en Palestine, en Arabie. Héraclas, déjà associé par lui à son enseignement, prenait en son absence la direction de l'école. Ce n'était pas toujours la curiosité seule qui mettait
1. Porphyre, dans Eus., VI, 19, § 5, 13. Ammonius Saccas est considéré comme le premier maître de l'école néoplatonicienne. Il n'a rien écrit. Porphyre (l. c.) dit qu'élevé dans le christianisme, il abandonna sa religion pour se faire païen. Ce renseignement n'est pas très sûr, car, au même endroit. Porphyre attribue à Origène, contre toute vérité l'évolution contraire. Eusèbe, lui, a confondu ici le philosophe Ammonius Saccas avec un autre Ammonius, auteur.de quelques livres, notamment d'un traité « sur l'accord de Moïse et de Jésus », peut-être aussi d'une harmonie des évangiles qu'Eusèbe cite dans sa lettre à Carpianus.