‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 119 sur 205 · Origène, dans Eus., VI · texte numérisé non relu

Origène, dans Eus., VI

3. Cent jns après, le concile de Nicée où l'évéque d'Alexandrie eut une grande influence,ouvre la série de ses canons par une disposition en ce sens.

leur collègue d'Alexandrie. Ils ne firent non plus aucune difficulté d'ordonner un fidèle d'une autre église^. Quoi qu'il en soit, Démètrius réclama très énergiquement, mais sans faire valoir d'autre objection que la mutilation volontaire. Origène, après une tournée en Achaïe, en Asie-Mineure et en Syrie, revint en Egypte et essaya de reprendre la direction de son école. Mais l'évêque s'y opposa. Deux conciles réunis consécutivement déclarèrent qu'il cesserait d'enseigner, qu'il quitterait Alexandrie, enfin qu'il serait déposé de la prêtrise. Ces sentences furent communiquées aux autres évêques et ratifiées sans discussion par un grand nombre d'entre eux. Il semble qu'on les ait reçues à Rome, comme plus tard on reçut une sentence semblable, portée contre Arius^.

En Palestine, au contraire, en Cappadoce et jusqu'en Achaïe, la considération d' Origène était assez forte pour résister à ce coup. Il trouva asile et protection auprès des évêques palestiniens, s'installa à Césa-

1. Dès le commencement du IV« siècle il est reconnu dans tous les conciles que nul n'a le droit d'ordonner les clercs d'une autre église ; plus tard cette prohibition fut étendue aux laïques. Origène, malgré l'importance des services qu'il rendait à l'église d'Alexandrie, n'était encore que laïque.

2. Eusèbe (VI, 23) renvoie ici au II» livre de son apologie d'Origène, ouvrage perdu. Photius (cod. 118), qui en a sauvé quelques traits semble y avoir lu qu'Eusèbe et Pamphile ne faisaient intervenir dans la condamnation d'Origène d'autres évêques que ceux d'Egypte. Saint Jérôme (Rufin, Apol., II, 20) paraît avoir eu vent d'une adhésion épiscopale plus large : Damnatur a Demetrio episcopo ; exceptis Palaestinae et Arabiae et Phonices atque Achaiae sacerdotibus in damnationem eius consentit orbis ; Roma ipsa contra hune cogit senatum ; non propler dogmatum novitatem nec propter haeresim, ut nunc adversut eum rabidi canes simulant, sed quia gloriam eloquentiae dus et scienfiae ferre non poterant, et illo dicente omnes muti putabantur.

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rée et continua sur ce nouveau terrain son enseignement d'école, ses publications et ses prédications devant les fidèles.

Sa personne seule avait été repoussée d'Alexandrie. Sa doctrine y demeura, interprétée par son ancien collaborateur, Héraclas. Peu après le départ d'Origène, Démétrius mourut : Héraclas lui succéda. Il semble que son amitié pour Origène se fût affaiblie dans les derniers temps, et que, devenu évêque, il ait maintenu à son égard l'attitude de son prédécesseur^. Le maître demeura en Palestine, et l'un de ses disciples, Denys, prit la direction des catéchèses. Malgré Fincontestable valeur de ce nouveau maître, l'école d'Alexandrie n'était plus à Alexandrie. C'est à Césarée que l'on voyait affluer les plus illustres disciples, comme Grégoire, le futur thaumaturge, et son frère Athénodore. C'est à Césarée qu'arrivaient à Origène les lettres des plus illustres prélats d'Orient, comme Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce. C'est là qu'il entreprit les plus considérables de ses publications, notamment ses fameuses éditions des Hexaples et des Octaples. C'est là encore qu'on venait le chercher pour résoudre les difficultés doctrinales, réfuter les hérétiques

1. Je ne vais pas plus loin, malgré Harnack, Chronol.,t. Il, p. 25 (cf. Ueberlief., p. 332), et Bardenhever, Gesch., t. II, p. 80. Le texte de Photius, sur lequel on se fonde, dérive de quelque légende malveillante comme il y en eut tant sur Origène. Voir ce texte dans DôUinger, Hippolyt und Kallist, p. 264, et dans Harnack, Ueberlief., p. 332 (cf. Migne, P. G., t. CIV, p. 1229). Avant qu'il n'eût été amélioré par Dôllinger, Tillemont avait déjà débrouillé très clairement les traditions sur ce point (Hist. eccL, t. III, p. 769).

et argumenter contre les évêques qui s'écartaient de l'enseignement traditionnel. Sa science, sa dialectique, son éloquence, étaient invincibles. A tout cela, du reste, s'ajoutait le charme de la sainteté la plus douce et le prestige d'un ascétisme éclatant. Sa gloire était universelle ; ses écrits, ses lettres, se répandaient dans tout l'Orient et jusqu'à Rome, où pourtant on ne le lisait guère, car on commençait à désapprendre le grec. En même temps qu'il édifiait l'Eglise par sa vertu et illustrait la foi par son enseignement, il la défendait contre tous ses ennemis : hérétiques, juifs, païens, il faisait face à tout. C'est à cette dernière période de sa vie qu'appartient son fameux traité contre Celse. Une gloire lui manquait encore, celle des confesseurs de la foi. Déjà, en 235, la persécution de Maximin l'avait forcé de quitter la Palestine et de se réfugier en Cappadoce. Deux de ses amis, Ambroise et le prêtre Protoctète, de Césarée furent jetés en prison. Il reprit alors la plume avec laquelle, encore enfant, il avait encouragé son père à mourir pour la foi, et adressa aux deux confesseurs son « Exhortation au martyre ». La tempête passa ; mais, quinze ans après, la persécution de Dèce le trouva et le saisit à son poste de maître chrétien. On le mit à la question ; il fut jeté en prison, chargé de chaînes, soumis à la torture de l'écartement des jambes. On le menaça du feu, on le fit passer par d'autres supplices. Rien ne put vaincre sa constance. Pourtant, moins heureux que son ami Alexandre, qui mourut en prison.

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Origène atteignit vivant le terme de la persécuton. Il survécut deux ou trois ans, pendant lesquels il eut le temps de s'associer aux mesures miséricordieuses prises par les grands évêques du temps, Corneille, Cyprien, Denys, envers les fidèles qui avaient défailli dans les mauvais joursi. Son ami Ambroise mourut avant lui. Une des dernières lettres qu'il reçut lui vint de son ancien disciple Denys, maintenant évêque d'Alexandrie : elle traitait du martyre^. Il mourut enfin, couronné de toutes les gloires auxquelles un chrétien peut aspirer en ce monde et pauvre jusqu'à son dernier jour. C'est à Tyr qu'il rendit à Dieu sa belle âme : son tombeau y fut longtemps visité.

Je n'ai pas dit vénéré. En ce temps-là les honneurs de l'anniversaire solennellement fêté n'étaient encore décernés qu'aux martyrs, et, en un certain sens, aux évêques. Il n'eut pas de légende : si grande qu'elle ait été, son activité scientifique a dit peu de chose au populaire. D'ailleurs son œuvre doctrinale fut bientôt discutée ; les luttes qui s'engagèrent autour de sa mémoire n'étaient pas propres à lui donner une auréole. Il trouva des défenseurs excessifs et maladroits, plus souvent des ennemis ; peu de noms ont été plus maudits que le sien. Mais il est facile à l'historien de discerner les passions, les unes avouables, les autres inexcusables, qui ont excité contre lui les Démétrius, les Méthode, les Epiphane, les Jérôme, les Théophile,

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