‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 120 sur 205 · Eus., VI · texte numérisé non relu

Eus., VI

les Justinien. Bien que nous n'ayons pas, à beaucoup près, toutes ses œuvres, il en reste assez pour le juger, pour apprécier en particulier le rapport entre ses idées et la doctrine reçue de son temps, et surtout pour se convaincre de l'absolue pureté de ses intentions.

Son œuvre littéraire est immense. Pour la plus grande part elle est consacrée à la Bible. Il faut mentionner tout d'abord le célèbre recueil des Hexaples, où figuraient en colonnes parallèles le texte hébreu en lettres hébraïques et en lettres grecques, les versions des Septante, d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion, ainsi que diverses traductions partielles. Ce livre monumental existait encore à Césarée au temps d'Eusèbe ; il est douteux qu'il se soit conservé jusqu'au temps de saint Epiphane et de saint Jérôme. On en fit une transcription, qui comprenait seulement les quatre versions grecques (Tétraples). Origène avait établi aussi une recension des Septante où des obèles signalaient les passages qui manquaient à l'hébreu, et des astérisques encadraient certains suppléments empruntés à la version de Théodotion, quand l'hébreu semblait plus complet que les Septante. A ces travaux critiques fait suite, logiquement sinon chronologiquement, une masse énorme de commentaires, différents de forme (scholies, homélies, traités ou To;xo'.), mais embrassant tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament,

En dehors de ces travaux bibliques, Origène laissa

l'école chrétienne d'alexandrie 351

d'autres ouvrages sur des sujets particuliers, ses traités de la prière et de la résurrection, son exhortation au martyre, dix livres de Stromates et ses deux œuvres les plus célèbres, la réfutation de Celse et le traité des Principes, Ihpi àp/ôW. Une centaine de lettres avaient été réunies par Eusèbe et formaient un important supplément à cette littérature. Deux d'entre elles étaient adressées à l'empereur Philippe et à sa femme Otacilia Severa.

Saint Epiphane évalue à six mille volumes la production littéraire d'Origène. Ce chiffre énorme n'est pas invraisemblable, si l'on tient compte des usages de la librairie antique et de la faible étendue des rouleaux (volumina, -.b[j.oi) sur lesquels on transcrivait. Quoiqu'il en soit, une partie seulement de cette grande oeuvre s'est conservée jusqu'à nous. Les anathèmes qui s'abattirent bientôt sur elle détournèrent les transcripteurs, surtout les transcripteurs grecs. Les Latins furent plus cléments. Grâce à eux nous avons encore le traité des Principes, œuvre fondamentale, sur laquelle on peut juger la synthèse théologique d'Origène. Encore ne nous en reste-t-il qu'une versioA retouchée en plus d'un endroit. Rufin, le traducteur, nous en prévient dans sa préface. Saint Jérôme ent avait fait une autre, plus exacte ; malheureusement, de cette version, comme du texte original, il ne subsiste plus que des fragments.

L'idée même d'une synthèse est caractéristique. Depuis saint Justin, pour ne pas dire depuis saint

Jean, on avait souvent cherché dans la pnilosophie, dans ses conceptions et dans sa langue, le moyen d'expliquer la tradition chrétienne. Mais ce n'étaient là que des efforts partiels. On développait en langage philosophique les points que l'on entendait faire valoir ou défendre ; pour le reste on s'en tenait à la tradition. Justin et les autres apologistes, plus tard Irénée, Hippolyte et Tertullien, en sont ici au même point. Leur théologie, comme telle, demeure toujours partielle, fragmentaire, La synthèse doctrinale était représentée par le symbole, où, depuis Dieu toutpuissant jusqu'à la résurrection de la chair, les fidèles trouvaient en raccourci tout ce qu'ils avaient à croire et à espérer. En dehors de cette formule, simple et populaire, il n'y avait que les systèmes gnostiques, complets eux aussi, depuis l'Abîme ineffable jusqu'au retour à Dieu des âmes prédestinées. Clément avait philosophé sur le christianisme sans que des nécessités de controverse eussent attiré sa pensée sur des points particuliers, mais aussi sans éprouver le besoin de grouper les éléments de la doctrine en un système harmonique. C'est Origène qui, le premier narmi les penseurs chrétiens, eut l'idée d'une synthèse théologique et la réalisa. Je vais en donner un résumé, d'après le traité des Principes.

Dieu est essentiellement simple, immuable et bon. En vertu de sa bonté il se manifeste et se communique, en vertu de son immutabilité il se manifeste et se communique éternellement. Pour cela, comme il est

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 353

impossible d'admettre des rapports directs entre l'essentielle simplicité et la pluralité contingente, Dieu doit d'abord^ se mettre lui-même dans un état susceptible de telles relations. De là la production du Verbe, personne distincte, divinité dérivée, Szbç non c Qtbq ; ni surtout aûxôOecç. Origène ne recule pas devant le terme « second Dieu ». Le Verbe, engendré de la substance du Père, lui est coéternel et consubstantiel. Cependant, outre qu'il procède du Père, le Verbe d' Origène a encore une autre infériorité, c'est qu'il contient fl'archétype des choses finies, de la pluralité. A ce point de vue il rentre dans la catégorie du créé : il est créature, xxiaijia, comme dit la Bible^.

Ici encore, comme chez les apologistes, la production du Verbe est nécessitée par la création. Les créatures n'existeraient pas, que le Verbe n'aurait aucune raison d'être. Mais — et ici Origène est conséquent — la bonté essentielle de Dieu exige qu'il y ait toujours des créatures, de sorte que le Verbe est nécessaire et éternel.

Dans ce système, toujours comme dans celui des apologistes, on ne voit pas quelle place peut occuper une troisième personne divine. La théorie proposée

Page 1