Ordre logique ; la chronologie n'a rien à voir ici
2. Prov., VIII, 22, suivant le grec : G Kùpic: IxTicjé [it àpx^i^ c8(Sv aÙTci. S. Jérôme traduit : Dom/nus possed/f me. Ailleurs, Gen., XIV, il rencontre deux fois le même verbe (qânâ), au participe présent (qôné) ; la première fois (v. 19) il le rend par qui creavil, la seconde (v. 22) par posses'inr.
Duchesne, Ihsi. anc. de l'Effl. T. I. . 2A
n'a nul besoin du Saint-Esprit. Origène l'admet pourtant, comme tous ses prédécesseurs orthodoxes, car il est fourni par la tradition^, et cela avec une telle évidence qu'il est impossible de biaiser. Le Saint- Esprit complète donc la Trinité, ou plutôt la hiérarchie des personnes divines, hiérarchie dont les degrés se caractérisent relativement aux créatures en ce que le Père agit (indirectement) sur tous les êtres, le Verbe sur les êtres raisonnables ou esprits, l' Esprit-Saint sur les êtres raisonnables et saints.
Tel est le monde divin, constitué par les trois personnes « immuables » ; au dessous vient le monde des esprits inférieurs, sujets au changement. Ils ont été créés libres, et, tout aussitôt, ont abusé de leur liberté2, de telle sorte qu'une répression et une correction est devenue nécessaire. A cet effet est créé le monde sensible. Les corps sont destinés à fournir aux esprits une sorte d'épreuve purificatrice. Suivant la gravité de leur faute, les esprits sont pourvus d'un corps subtil (anges), pesant (hommes) ou difforme (démons). Ainsi la création des corps est corrélative à celle des esprits ; il n'y a pas de matière incréée.
L'union des corps et des esprits fournit à ceux-ci Mne occasion de lutte et de mérite. Dans cette lutte
1. Cependant la tradition ne lui semblait pas décider si l'Esprit- Saint était devenu ou non ('fevr^TOÇ •/; à"'£VY;TOç), ni s'il était ou non Fils de Dieu (I, 1). Cf. ci-desus, p. 233.
2. Cette conception du péché originel, commis en dehors du monde sensible, diffère notablement de celle de l'Eglise. Elle se rapprocherait plutôt de celle de Valentin. Cependant, selonValentin, la faute prinordiale est attribuable à un être divin, ce qui n'est pas le cas ici.
l'école chrétienne d'alexandrie 355
où leur liberté demeure intacte, les hommes sont aidés par les anges, contrariés par les démons. Mais le conflit prendra fini ; le mal n'est pas éternel ; la purification s'étendra même aux démons.
Ici se place la théorie de la rédemption. Le Verbe, s'intéressant à l'épreuve soutenue par les âmes humaines, leur a envoyé des aides, esprits d'élite, qui ont pris un corps ; ce sont les Prophètes ; il a même fait de tout un peuple un instrument de salut ; enfin, tous ces intermédiaires étant demeurés inefficaces, il est venu lui-même. Une âme absolument pure^ a pris un corps ; le Verbe s'est uni à cette âme, laquelle conserve sa liberté, et demeure susceptible de mérite ou de démérite. De là une croissance du Christ extérieur. Le salut, c'est, pour le chrétien ordinaire, l'œuvre de la croix, le sacrifice, rançon de la dette, émancipation de la servitude du démon ; pour le chrétien gnostique, c'est un enseignement d'ordre supérieur. Ni pour l'un ni pour l'autre ce n'est le Verbe fait chair divinisant la nature humaine par une intime communion. Devant le chrétien du commun le Christ d'Origène écarte des obstacles ; au chrétien gnostique il offre modèle et lumière ; mais c'est tout.
La fin des choses n'est que relative, les choses devant toujours exister et le roulement recommencer. La vie terminée, ce qui reste à expier l'est d'une autre
1. Fin relative, bien entendu, et qui ne concerne que les êtres en particulier, car le roulement des choses est éternel.