Exception au péché universel
156 CHAPITRE xvin.
façon, par un feu immatériel et purificate ir. Après quoi l'esprit créé prend son état définitif. Revêtu d'un corps glorieux, qui n'a rien à voir avec les formes humaines, il est désormais déterminé au bien. La matière abandonnée par les uns sert ensuite pour d'autres, et cela dans un éternel recommencement.
Tel est le système. La méthode suivie pour le construire est exposée au début du livre des Principes. Origène commence par dresser l'inventaire des points clairement admis par l'Eglise ; il sépare a\ec soin ce qu'il trouve dans la prédication officielle de ce qui n'est qu'opinion particulière ou croyance vague. Il s'en faut que l'enseignement authentique lui donne la clef de tous les problèmes ; c'est cependant sur lui qu'il entend fonder sa synthèse : « Voilà les éléments, » les fondements dont il faut se servir si l'on veut, » suivant le précepte « Eclairez-vous de la lumière de » la science », former un ensemble doctrinal et comme » un corps rationnellement disposé. On aura recours » à des déductions claires et incontestables, on emprun- » tera à la Sainte Ecriture ce qu'on y trouve directe- » ment et ce qu'on en peut déduire par voie de consé- » quence ; puis, de tous ces enseignements on formera » un seul et même corps ».
On ne saurait imaginer une méthode plus louable. Malheureusement, il est sous-entendu que l'Ecriture sera traitée par l'exégèse allégorique, qui permet de trouver n'importe quelle doctrine en n'importe quel texte ; c'est la porte ouverte au sens privé, aux har-
L ÉCOLE CHRÉTIENNE D'aLEXANDRIE o'ol
diesses de la pensée, aux spéculations de la philosophie ambiante. Ainsi Origène est arrivé à construire un système où le christianisme pouvait difficilement se reconnaître, une sorte de compromis entre l'Evangile et la gnose, une théologie où la tradition est plutôt côtoyée qu'incorporée, où même les éléments qui satisfont d'abord, si on les considère à part, deviennent inquiétants dès qu'on tient compte de leur voisinage.
Après la mort de son auteur, la doctrine d' Origène souleva beaucoup de critiques, mais plutôt sur des points particuliers que pour l'ensemble : on ne cite personne qui se soit attaqué au système comme tel. Encore cette opposition tarda-t-elle à se produire. Le Ilepl oLçyûi^ n'est pas un des derniers ouvrages de son auteur, loin de là. Il l'écrivit à Alexandrie, avant ses démêlés avec l'évêque Démétrius. Celui-ci ne s'en effaroucha pas ; il ne doit pas, du reste, avoir été très difficile en fait de doctrines, car c'est de son temps déjà que Clément avait publié ses Hypotyposes. Quand il entra en conflit avec Origène et le dénonça à l'Eglise entière, il ne lui reprocha que sa mutilation volontaire et son ordination par des évoques étrangers. Héraclas, ami et collaborateur d'Origène au moment où celui-ci publiait le IIspl àp^wv, ne protesta ni alors ni quand il fut devenu évêque d'Alexandrie. Denys, qui gouverna l'église après Héraclas, était lui-même disciple d'Origène ; jusqu'à la fin il se maintint en bons termes avec lui. On sait
en quelle vénération le tenaient les évêques de Palestine, d'Arabie, de Phénicie, de Cappadoce, d'Achaïe. A Rome on accepta les sentences de l'évêque Démétrius, qui n'avaient, on l'a vu aucun considérant doctrinal, et d'abord, on s'en tint là. Sur la fin, cependant, des rumeurs fâcheuses s'élevèrent et parvinrent au pape Fabien. Origène se crut obligé de lui écrire, ainsi qu'à d'autres évêques, « sur son orthodoxie ». Il se plaignait beaucoup des gens qui falsifiaient ses écrits et même de l'indiscrétion d'Ambroise\ toujours empressé à publier les productions de son ami, sans lui donner le temps de les revoir^. Il faudrait être bien optimiste pour accepter cette explication les yeux fermés. Cependant il demeure certain, non seulement qu'Origène est mort dans la communion de l'Eglise, mais que sa doctrne, quelque étonnement qu'elle ait pu causer ici ou là, ne fut jamais, de son vivant, l'objet d'une réprobation officielle.
1. Eusèbe, H. E., VI, 36. Cf. Jérôme, ep. LXXXIV, 10 et Rufin, in Hier., I, 44. Voici ce qui dit saint Jérôme: Ipse Origenes in epistola quam scribit ad Fabianum Romanae urbis episcopum poenitentiam agit car talia scripserit et causas temerita is in Ambrosium refert quod secreto édita in publicum protuleril. — Si saint Jérôme avait alors eu le moindre vent d'une condamnation doctrinale prononcée à Rome contre Origène vivant, on peut être sûr qu'il s'en fût fait un argument dans sa querelle avec Rufin.
2. V. note précédente ; v. aussi la lettre d'Origène à ses amis d'Alexandrie, dans Rufin, De adulter, librorum Origenis, Migne, P. G., t. XVII, p. 624.