‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 123 sur 205 · CHAPITRE XIX L'Eglise et l'Etat au 111^ siècle · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX L'Eglise et l'Etat au 111^ siècle

La persécution par édits spéciaux. — Septime-Sévère interdit les conversions. — Le syncrétisme religieux : Julia Domna, Elagabal, Alexandre Sévère. — Edit de Maximin contre le clergé. — Persécutions de Dèce, de Gallus, de Valérien. — La propriété ecclésiastique.

Les dernières années de Marc-Aurèle sont marquées dans l'histoire chrétienne en traits sanglants. La persécution, comme tant d'autres choses, se relâcha sous Commode, non cependant en ce sens que la prohibition du christianisme ait été abolie alors ; mais, le gouvernement central s'abstenant d'insister et se montrant même assez tolérant à Rome, les autorités provinciales avaient plus de facilité pour être, suivant leur gré et les circonstances, ou sévères ou complaisantes. En Asie, le proconsul Arrius Antoniaus (184-5) se distingua par son zèle à poursuivre les chrétiens. Un jour qu'il instrumentait contre eux, tous les fidèles de la ville se présentèrent en masse devant son tribunal. Il en fit exécuter quelques-uns et dit aux autres : « Mais, malheureux, si vous tenez tant à mourir « il y a des cordes et des précipices ». Situation caractéristique, où se révèle bien le conflit entre la rigueur de la loi et la difficulté de l'appliquer. A Rome, en.

3bU CHAPITRE XIX.

dépit de l'affaire d'Apollonius, on était assez tranquille. Il en était de même en Afrique. Tertullien signale, en ce temps-là, des proconsuls bienveillants^. Ces fluctuations de la justice romaine et le système des condamnations individuelles n'étaient guère propres à entraver sérieusement les progrès du christianisme. Le danger politique, dont Celse s'était préoccupé si vivement, finit par exciter les empereurs à prendre des mesures plus efficaces. Pendant tout le IP siècle la persécution n'avait eu d'autre base légale que la prohibition dont nous avons plus haut recherché l'origine. On va maintenant, sans révoquer cette prohibition générale, porter des édits nouveaux, sj)écifiant les catégories de chrétiens à poursuivre, la procédure, les pénalités, les confiscations, les mesures de police. Leur application ne sera plus abandonnée au zèle des gouverneurs ; ceux-ci devront se mettre en campagne et suivre de point en point le plan de ré})ression tracé par la chancellerie impériale. De là des persécutions beaucoup plus violentes que celles d'autrefois, mais, en revanche, d'assez courte durée ; les changements d'empereurs et même, dans certains cas, l'insuccès des mesures de rigueur amèneront assez vite le retrait des édits.

1 Ad Scap., 4 : « Cincius Severus, qui Thysdri ipse dédit remcdium fuomodo responderent christiani ut dimitti possent ; Vespronius Candidus, qui christianum quasi tumultuosum civibus suis satisfaoere dimisit ».

l'église et l'état au iii« siècle 361

1°. — Le temps des Sévère.

Septime-Sévère est le premier empereur qui ait porté un édit de ce genre. Personnellement il était loin d'être défavorable aux chrétiens. Sa maison en était remplie. Son fils Caracalla fut élevé par une nourrice chrétienne^. Cette circonstance n'empêchait pas les gouverneurs de sévir. L'Apologétique de Tertullien, ses deux livres Ad Nationes, en 197, sa requête au proconsul Scapula, en 211, sont des protestations contre les rigueurs des magistrats de Sévère, Ce ne sont cependant pas des documents sur la persécution spéciale à laquelle le nom de cet empereur doit rester attaché. Ce que Sévère essaya, ce fut d'arrêter le prosélytisme chrétien. L'édit qu'il rendit à cet effet fut publié vers l'année 200, pendant son séjour en Syrie. Spartien le rapporte en termes laconiques, mais clairs. « Il est interdit, sous des peines graves, de faire des juifs et des chrétiens ))2. Il y avait longtemps que la circoncision de personnes étrangères à la nationalté juive était rigoureusement interdite ; la même prohibition fut appliquée au baptême chrétien. Elle ne paraît pas l'avoir été longtemps; en tout cas les écrivains chrétiens ne distinguent pas les victimes de cet édit d'avec celles de la persécution ordinaire. Cependant il est remarquable que l'école catéché^ique

Page 1