Tert., ad Scap
2. ludaeos fieri sub Iravi poena vetuit : idem etiam de christianis sanxit. Spartien, Sévère, Vt (t. I, p. 137, Peter).
d'Alexandrie fut désorganisée juste à ce moment et que Clément, son chef, se vit obligé de quitter l'Egypte. Cette école était, en Egypte, le plus apparent organe de la propagande chrétienne : ses membres, maîtres et disciples, tombaient évidemment sous le coup de l'édit. Origène, ayant tenté de la reconstituer, se vit poursuivi ; et, s'il ne périt pas lui-même, plusieurs de ses disciples, nouvellement convertis, furent arrêtés et exécutés. On était à l'année 202. C'est alors que périrent à Carthage les célèbres martyrs Perpétue, Félicité, Saturus, et leurs compagnons, tous néophytes ou catéchumènes.
Pendant que l'empereur Septime Sévère^ appliquait ainsi les vieux procédés romains, sa maison devenait le centre d'un mouvement intellectuel d'où pouvait sortir pour le christianisme une sorte de concurrence religieuse. Avant son élévation à l'empire, Sévère était allé chercher femme dans une vieille famille sacerdotale de Syrie, attachée à la desservance du temple d'El-Gabal, à Emèse. Julia Domna, fille du grandprêtre Bassianus, était une personne de forte volonté, d'esprit distingué et de grande culture. Devenue impératrice, elle fut bientôt entourée de tout ce que l'empire comptait de beaux-esprits. En ce temps là les beaux-esprits n'étaient plus, comme jadis, portés à plaisanter les dieux. Ils devenaient religieux. Le
1. Sur l'état des esprits en ce temps là, au point de vue philosophique et religieux, v. Jean Réville, La religion à Rome sous les Sévères, 1886, p. 190 et suiv.
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mysticisme philosophique ne se formulait pas encore dans le système néoplatonicien ; mais il avait, un peu partout, une tendance à hiérarchiser le panthéon reçu de façon à le concilier avec une certaine unité divine ; en morale, il prônait volontiers l'ascèse pythagoricienne. En somme, il cherchait sa voie. Julia Domna lui aidait à la trouver. Une femme d'esprit aussi pratique, qui eût volontiers gouverné l'Etat si on l'avait laissée faire, ne pouvait négliger la situation religieuse. Elle y intéressa ses académiciens. En dépit des édits anciens et nouveaux, les progrès du christianisme devenaient chaque jour plus menaçants. Les vieux cultes ne lui opposaient qu'une résistance en ordre dispersé. N'était-il pas possible de les grouper autour de quelque idée, de quelque symbole, et de leur donner ainsi une sorte d'unité ? Les dieux des divers temples, des diverses nations, ne pouvaient-ils pas être conçus comme les représentants d'un dieu suprême, auteur du monde, qu'il dirige par leur intermédiaire et dont ils ne sont que des manifestations partielles ? De ce dieu suprême, le symbole le plus naturel en même temps que le plus magnifique, c'est le soleil, qui verse partout la lumière et la chaleur. Elevée près des autels d'un dieu sémitique, initiée à toutes les mythologies ou philosophies de la Grèce, entourée au Palatin d'un aréopage de penseurs venus des quatre coins de l'empire, la belle impératrice était elle-même la vivante personnification de cet esprit nouveau, la grande prêtresse idéale du syncrétisme religieux.
Elle avait trop de sens pour assumer elle-même le rôle de révélateur. Il fut dévolu à un personnage assez mystérieux, Apollonius de Tyane, que l'on savait avoir vécu au temps des Césars et des Fia viens. Il avait laissé, en Asie-Mineure et autre part, la réputation d'un ascète pythagoricien, prédicateur ambulant et thaumaturge, d'autres disent sorcier. Un des lettrés de l'impératrice, Philostrate, fut chargé d'écrire sa vie ; Juha Domna avait par devers elles des mémoires, peu authentiques, d'un certain Damis, soi-disant compagnon d'Apollonius. Elle les confia à Philostrate. Sur ce canevas il broda largement, empruntant à droite et à gauche et prenant, jusque dans les évangiles chrétiens, les traits les plus propres à relever l'importance et les vertus du héros : son amour pour ses semblables, sa grande pitié des misères humaines, sa profonde religion, qui s'adressait à tous les dieux en général, mais surtout au Soleil divin.
Le livre fit fortune, beaucoup plus que le système. Dans les milieux hostiles au christianisme on aperçut bientôt quel parti pouvait en être tiré, sinon pour le syncrétisme païen, au moins contre la propagande chrétienne. Acceptée comme vraie, la légende d'Apollonius permit d'opposer à l'Evangile une belle vie, pure, pieuse, dévouée, pleine de miracles et de bienfaits. Porphyre, Hiéroclès, JuUen, ne manquèrent pas de s'en prévaloir.
L'iufluence de Julia Domna se maintint après la moit de Sévère (211), tant que dura le règne de Gara-
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calla. Quand son fils eut été assassiné (217), l'impératrice se laissa mourir plutôt que de s'mcliner devant les meurtriers. Sa sœur Julia Mœsa, tout aussi ambitieuse qu'elle, intervint alors et donna à la dynastie sévérienne une continuation inattendue, en maintenant au pouvoir la famille des grands prêtres d'Emèse. Elle avait deux filles, Sohémias et Mammée, pourvues chacune d'un fils en bas-âge. On fit croire aux soldais de l'armée d'Orient, très attachés à Caracalla, que le fils de Sohémias était né des amours adultères de leur empereur et de cette princesse. L'enfant — il n'avait que treize ans — était déjà titulaire du pontificat d'Emèse. Macrin, substitué d'abord à Caracalla, fut bientôt évincé et le jeune prêtre devint empereur romain. Nous le connaissons sous le nom de son dieu Elagabal, qu'il transporta à Rome et dont il fut toujours le serviteur fanatique. Comme sa grand'tante Domna, le nouvel empereur était syncrétiste, mais à sa façon. C'est autour de son dieu que devait s'organiser l'Olympe. Il commença par le marier à la Junon Céleste de Carthage. Baal, émigré en Occident, y retrouvait Astoreth. Il y retrouva aussi son culte syrien, avec ses rites obscènes et ses frénésies sacrées. L'empereur en personne conduisait cette orgie religieuse, et prenait plaisir à y compromettre ce qui restait de la vieille dignité romaine. Un jour les prétoriens se lassèrent du grand-prêtre et de ses processions lubriques. Il fut jeté au Tibre et remplacé par le fils de Mammée, le doux et vertueux Alexandre. Le dieu
d'Emèse, la déesse de Carthage, et beaucoup d'autres divinités venues de loin pour les noces célestes, furent renvoyés à leurs temples. Alexandre, lui aussi, avait une propension vers le syncrétisme religieux. Dans sa chapelle domestique, sa piété, bien plus large que celle de Julia Domna, honorait à la fois Abraham et Orphée, Jésus-Christ et Apollonius de Tyane. Sa mère Mammée fut en rapport avec Origène et Hippolytei. Il est possible qu'Alexandre ait eu, lui aussi, quelque accointance avec ces docteurs. Il faillit élever un temple à Jésus-Christ et l'admettre officiellement au nombre des dieux. Ses conseillers l'arrêtèrent. En revanche ils ne l'empêchèrent pas de tolérer ouvertement l'existence des communautés chrétiennes, de faire l'éloge de leur morale et de leur organisation, enfin de prendre à l'occasion leur défense contre des revendications injustes 2.
Ce règne tranquille dura treize ans. Alexandre fut assassiné le 19 mars 235 par des soldats révoltés, qui jetèrent la pourpre sur les épaules de Maximin, soldat grossier et fanatique. Une réaction violente commença aussitôt. Les chrétiens, favorisés par le défunt empereur, furent l'objet d'un édit spécial, dont Eusèbe, nous apprend qu'il ne visait que les chefs des églises ; Origène atteste que les édifices religieux furent brûlés^. C'est alors que ses amis Ambroise, qui était diacre*.