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Cyprien, p. LXVII

3. En dehors des raisons de convenance, on a cru relever quelques indices de l'usage que l'église romaine aurait fait de la législation sur 1 es collèges funéraires ; ils sont > xtrêmement faibles et de significations très douteuse.

Duchesne, Hisf. anc. de l'Egt. T 1. 2C

à posséderMes immeubles apparents et considérables, c'est qu'on les a tolérées ou même reconnues, sans aucune fiction légale, comme églises, comme sociétés religieuses. Tertullien crie très haut que l'association chrétienne est une association religieuse : Corpus sumus de conscientia religionis etc. Il n'avait du reste pas besoin de le dire : tout le monde le savait. Pour les païens de son temps l'idée de chrétien était inséparable de l'idée démembre d'une société religieuse. Les réunions de culte, le lien religieux qui unit tous les fidèles, sont les premières choses qui aient été aperçues et calomniées. Dès lors tolérer les chrétiens, c'était tolérer le corps des chrétiens ; persécuter les chrétiens c'était persécuter l'être collectif qu'ils formaient nécessairement. Cet être collectif, qui ne cessait de grandir et de se fortifier, pouvait paraître dangereux pour la sécurité de l'empire ; alors on cherchait à l'exterminer. Mais il pouvait aussi paraître innoffensif. Commode, les empereurs syriens, Gallien, même Valérien, Aurélien et Dioclétien, au commencement de leurs règnes, n'en ont pas senti le péril. On pouvait enfin reculer devant l'extermination de tant de gens et devant la dissolution d'une société que tant de rigueurs n'avaient pu entamer. Quelques empereurs allèrent plus loin. Quand Gallien écrivait aux évêques de se faire rendre leurs églises, quand Aurélien faisait évincer Paul de Samosate de l'église d'Antioche, les chrétiens étaient sans doute bien tentés de se croire autorisés, comme individus et comme corporation.

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En somme, les empereurs du III^ siècle ont tous eu à l'égard de l'Eglise une attitude fort tranchée : ou bien ils l'ont persécutée ouvertement, ou bien ils l'ont tolérée. En aucun cas ils ne l'ont ignorée. Ses lieux de réunion, ses cimetières, les noms et domiciles de ses chefs étaient connus des magistrats municipaux et de l'administration. S'il arrivait un édit de persécution, on savait où trouver l'évêque, on le faisait arrêter, on mettait saisie sur les lieux de culte et les biens de l'église. L'édit révoqué, c'est encore à l'évêque que l'on s'adressait pour rendre les biens confisqués. De fictions légales, de collèges funéraires, de titres mystérieux, les documents ne donnent ni témoignage ni soupçon. Tout se passe entre le gouvernement et le corps des chrétiens. Le christianisme n'avait pas cessé d'être prohibé en théorie ; nul rescrit impérial ne lui avait reconnu la qualité de religio licita, ni déclaré que les communautés chrétiennes étaient des associations autorisées. Les barrières légales existaient toujours. Mais il devenait de plus en plus impossible de les prendre au sérieux. La vigne du Seigneur les débordait de tous côtés par sa prodigieuse végétation.

L'Afrique chrétienne et l'église romaine au milieu du 111^ siècle - Cyprien.

Populations indigènes du nor - de "Afrique. — Colonisation phénicienne : Carthage. — Colonisation et administration romaine. — Origines chrétiennes. — Tertullien. — Cyprien, évêque de Carthage. — Sa retraite pendant la persécution de Dèce. — Attitude factieuse des confesseurs et des apostats. — Rapports avec Rome. — Schisme de Novatien. — Le pape Cornélius. — Schisme de Félicissime à Carthage. — Le pape Etienne. — Son conflit avec l'église africaine à propos du baptême des hérétiques. — Martyre de Cyprien.

1°. — Les provinces africaines.

L'Afrique des anciens s'étend, comme une grande île, entre le désert et la mer, depuis les Syrtes jusqu'à l'Océan. Les premiers habitants que nous lui connaissons appartenaient à une race assez semblable à celle de l'Europe. Des noms divers, Maziques, Maures, Numides, Gétules, désignaient, dans l'antiquité, certains groupes de leurs tribus ; à leur ensemble nous appliquons maintenant les dénominations de race berbère ou kabile. Jamais elles ne furent rassemblées en un état unique ; il est même assez rare qu'elles aient vécu longtemps en groupements partiels un peu considédérables. Le régime des tribus, encore en vigueur dans tout ce pays et surtout dans sa partie occidentale.

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leur convient plus que tout autre. Mais il les défend mal contre l'envahisseur : aussi sont-ils voués à la colonisation de l'étranger.

Les premiers colonisateurs furent les Phéniciens. Carthage, fondée pour être la reine des mers occidentales, devint aussi la métropole du continent africain. Ses comptoirs s'échelonnaient tout le long du littoral ; à l'intérieur aussi elle essaima, dans la fertile vallée du Bagradas et même plus loin, dans les régions productives qui portèrent plus tard les noms de Byzacéne et de Numidie. Tout ce pays était couvert de villes et de villages où régnaient les mœurs, les institutions, la langue de Chanaan. En arrière de cette zone colonisée et assimilée, le pays berbère s'ouvrait à l'influence politique des Carthaginois et surtout à leur commerce.

Le conflit avec Rome vint mettre un terme à cette expansion. Après la deuxième guerre punique, Carthage, exclue de la mer, ne conserva plus sur le continent africain qu'un domaine fort limité, correspondant à peu près à la région de l'intérieur où l'on parlait phénicien. Au delà s'étendaient les royaumes de Numidie et de Mauritanie. Ceux-ci survécurent à la catrastrophe définitive (146 av. J. C.) : Massinissa avait aidé les vainqueurs. Les Romains détruisirent Carthage et gardèrent pour eux son territoire ; mais tout d'abord ils n'en firent rien. La colonisation latine ne commença qu'un siècle plus tard, lorsque César (44 av. J.C.) ressuscita l'antique rivale de Rome,

annexa le royaume de Numidie et forma, de cette nouvelle Afrique (Africa nova) et de la province déjà existante (Africa vêtus), une seule et même province. Des colonies d'émigrés latins s'établirent, tant sur l'emplacement de Carthage que dans quelques villes du littoral, ou même de l'intérieur. Les municipalités phéniciennes furent organisées à la façon romaine : les duumvirs succédèrent aux suffètes, les dieux de Rome aux anciennes divinités chananéennes, la langue latine à la langue punique. Puis, au delà du pays déjà colonisé par les Carthaginois, on gagna sur le région berbère, où s'élevèrent peu à peu de nombreuses cités latines.

Il s'en faut pourtant que l'assimilation ait été complète. Le phénicien se maintint logtemps dans les campagnes, comme le celte en Gaule et le copte en Egypte. Il finit par être supplanté, mais très tard, et et probablement pas avant les arabes, qui l'abolirent avec le latin lui-même. La langue berbère, elle, se défendit ; elle s'est même conservée, à travers tant de changements, jusqu'à nos jours. C'était celle des états indigènes de Numidie et de Mauritanie, qui durèrent plus longtemps que l'état punique, c'était celle des Gétules et des autres populations indépendantes qui avoisinaient le pays romain ; c'était celle enfin qui se maintenait, avec toutes les institutions berbères, en nombre d'îlots autonomes, épars à l'intérieur des provinces et gouvernés, soit par des chefs nationaux, soit par des administrateurs romains.

Pour tenir en respect des populations si éloignées encore des mœurs romaines, une armée était indispensable. Le proconsul, quoique relevant du sénat, avait, par exception, une légion sous ses ordres. Des conflits sortirent de là. Pour les f aires cesser, il fut décidé, en l'an 37, que la province proconsulaire serait séparée de la Numidie et que celle-ci serait administrée par le légat de la légion. La première commençait à l'ouest d'Hippone (Bône) et s'étendait jusqu'à la Tripolitaine ; l'autre touchait la mer entre l'Ampsaga (Oued-el-Kébir) et le territoire d'Hippone, puis s'étendait en éventail vers le sud, faisant largement face aux tribus du désert. Le quartier général fut installé au pied de l'Aurès, d'abord à Théveste, puis à Lambèse.

A l'ouest de l'Ampsaga commençait le royaume de Mauritanie, qui dura jusqu'en 40. Il fut alors annexé et l'on en fit deux provinces, la Mauritanie Césarienne et la Mauritanie Tingitane, qui tiraient leurs noms de leurs capitales, Césarée (Cherchell) et Tingi (Tanger). Dans ces pays la colonisation, commencée trop tard ne réussit pas, tant s'en faut, au même degré que dans les provinces de l'est. Les postes romains n'allaient pas si loin au sud ; les montagnes du littoral restèrent aux mains de peuplades indépendantes. En Tingitane surtout on ne comptait qu'un très petit nombre de villes, presque toutes sur la côte de l'Atlantique. L'intérieur ne devint pas plus latin qu'il ne n'était devenu phénicien. La province de Bétique, en Espagne

était sans cesse menacée par les pirates du Rif, sur qui les autorités romaines avaient alors aussi peu d'action qu'en ont maintenant les autorités marocaines.

Les romains faisaient une grande différence entre le pays mauritanien et les provinces orientales. Une barrière de douanes les séparait ; en Mauritanie on se servait, pour compter les années, non point des fastes consulaires de Rome, mais d'une ère provinciale. Les gouverneurs étaient de simples procurateurs, comme dans les districts peu civilisés des Alpes.

2°. — Origines chrétiennes. — Tertullien.

Il ne s'est conservé, sur la fondation de l'église de Carthage et des autres églises africaines, aucun souvenir, même légendaire i. De quelque pays que lui soient venus ses premiers apôtres, la chrétienté de Carthage s'oriente de bonne heure sur celle de Rome. C'est avec elle que ses relations étaient le plus fréquentes. On s'y intéressait extrêmement à tout ce qui se passait à Rome : aucun mouvement d'idées, aucun fait d'ordre disciplinaire, rituel, littéraire, ne se produisait à Rome sans retentir aussitôt à Carthage. La littérature de Tertullien en témoigne souvent; il en est de même de celle de saint Cyprien, et en gé-

1. Les textes rassemblés par M. Monceaux (Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, t. I, p. 5) ne représentent pas des légendes nées dans le pays, mais seulement des combinaisons byzantines de basse époque, sans aucune racine dans la tradition locale.

néral de tous les documents de l'église africaine, tant que dura son histoire.

De Carthage, d'où rayonnaient toutes les importations, le christianisme se répandit assez rapidement dans le pays colonisé. Il est de même possible qu'il ait fait au delà quelques conquêtes i. En général, cependant, la propagande chrétienne ne sortit guère des cadres de l'assimilation latine. Encore que l'Evangile ait été prêché en punique et en berbère, le christianisme demeura toujours, en ces pays une religion latine. La Bible ne fut pas traduite dans les idiomes du pays, comme elle le fut en syriaque, en copte, en arménien, en gothique. Du reste, qui écrivait en berbère ou en punique ? La littérature, chrétienne ou païenne, est entièrement latine. On n'a jamais entendu dire que la liturgie ait été célébrée en une autre langue que le latin 2, S'il y eut des exceptions, elles seraient en faveur du grec et non point des langues indigènes.

C'était là une faiblesse. On le vit bien aux mauvais jours des invasions arabes. Le christianisme, trop étroitement lié aux institutions latines, ne parvint pas à leur survivre.

Le plus ancien souvenir chrétien d'Afrique n'est pas relatif à Carthage, mais à Scilli, ville de la Numidie

1. Tertullien, Adv. ludaeos, I, donne comme gagnées au Christ Getulorum varietates et Maurorum multi fines. Mais il y a lieu de se défier de ses exagérations.

2. Ceci ne s'applique pas à la prédication ; au temps de saint Augustin on prêchait encore en punique. La connaissance de cette langue était indispensable pour exercer le ministère ecclésiastique en certaines localités. '

proconsulaire ^. C'est dans cette localité qu'avaient été arrêtés les martyrs que le proconsul Vigellius Saturninus jugea à Carthage en 180. Ce magistrat est le premier qui ait, en Afrique, instrumenté contre les chrétiens 2. Il eut des continuateurs. Le règne de Sévère, prince africain, ne fut pas un temps de paix, pour les chrétiens de son pays. Tertullien écrivit alors, à plusieurs reprises, pour les défendre. Le 7 mars 203 Carthage fut témoin du martyre de deux jeunes femmes de Thuburbo minus. Perpétue et Félicité, qui périrent avec un groupe de leurs compatriotes, tous néophytes ou catéchumènes. Le récit de leur captivité et de leur martyre, presque entièrement écrit par Perpétue elle-même est un des joyaux de l'ancienne littérature chrétienne. Celui qui nous l'a conservé, en l'encadrant de quelques réflexions, parait avoir été dans le même état d'esprit que Tertullien à l'égard des visions et des prophéties. C'est peut-être lui.

Au temps de Sévère et de Caracala, Tertullien était le personnage le plus en vue de l'église de Carthage. Fils d'un centurion de la cohorte proconsulaire, il vécut d'abord dans le paganisme, cultiva les lettres et le droit ^ passa quelque temps à Rome. Après sa

1. La Numidie proconsulaire est cette partie de l'ancien royaume numide ou Africa nova qui fut annexée au ressort du proconsul lors de la division de la province entre le proconsul et le légat. — Scilli n'a pas encore été identifié.

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