‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 134 sur 205 · Tertullien, Ad Scap., 3, raconte qu'il devint aveugle · texte numérisé non relu

Tertullien, Ad Scap., 3, raconte qu'il devint aveugle

3. Il n'est pas absolument impossible que ce soit lui le juriconsulte Tertullien dont quelques fragments sont conservés dans 1 Digeste : I, 3, 27 ; XXIX, 1, 23 ; XLVIII, 2, 28 ; XL IX 17, 4.

conversion il se fixa à Carthage, où l'on ne tarda pas à l'élever aux fonctions presbytérales. Dès l'année 197 on le trouve la plume à la main, exhortant les martyrs, défendant la religion devant l'opinion païenne et contre les rigueurs du proconsul. Dés ses premiers écrits se révèle cette rhétorique ardente, cette verve intarissable, cette connaissance profonde de son temps cette familiarité avec les faits anciens et les livres qui les rapportent, cet esprit ergoteur et agressif, qui caractérisent toute sa littérature. Il continua vingt ans, disputant contre les païens, les magistrats, les juifs, les hérétiques, Marcion surtout, se mêlant à toutes les querelles doctrinales, intervenant dans tous les cas de conscience, et les décidant toujours dans le même esprit intransigeant. Toujours batailleur, toujours exaspéré, il finit par n'avoir pas assez de ses adversaires du dehors ; il s'en prit à ceux qui, dans l'Eglise, ne partageaient pas sa dureté et son intolérance. Dans cet état d'esprit la propagande montaniste le conquit tout naturellement. Sous l'égide du Paraclet, il put déblatérer à son aise contre les veufs qui se remariaient, contre les chrétiens qui se faisaient soldats, artistes, fonctionnaires, contre ceux qui ne voilaient pas leurs filles ou qui ne s'imposaient pas assez de macérations, contre les évêques qui prétendaient réconcilier avec l'Eglise les pécheurs pénitents. Sans doute il dut payer cette liberté de langage par l'acception, assez humiliante pour un tel homme, des révélations importées de Phrygie. Mais

il trouva le moyen de s'en arranger. Impétueuse et imagée son éloquence inspirait facilement les femmes extatiques en qui parlait le Paraclet. Dans sa secte il fut le maître : le Montanisme, en Afrique, s'appela le Tertullianisme 1.

Au dessous de ces orages, la grande église de Carthage et ses succursales africaines continuaient à vivre du christianisme commun. Son histoire demeure inconnue : ce n'est sûrement pas par TertuUien qu'on en pourrait ressaisir le détail. Dans ses écrits certains il ne nomme aucun évêque. La passion de Perpétue parie d'un évêque Optatus et d'un Aspatus, prêtredocteur, qui ne s'entendait pas entre eux et ne parvenaient pas à maintenir leurs ouailles en repos. Cet Optât est peut-être un évêque de Carthage^. Après lui, nous rencontrons un Agrippinus, sous lequel un grand concile africain décida que le baptême conféré par les hérétiques n'avait pas de valeur. Ce concile était une nouveauté. Au temps de TertuUien l'habitude de tenir des réunions d'èvêques ne s'était pas encore introduite en Afrique 3. Elle s'y implanta peu après lui, et c'est même en Afrique que l'institution des synodes acquit le plus de consistance.

Un événement qui dut avoir un grand retentissement dans toute l'Afrique chrétienne* c'est la

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