‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 137 sur 205 · Teslimonia ad Quirinon I-III ; ad Fortunatum · texte numérisé non relu

Teslimonia ad Quirinon I-III ; ad Fortunatum

sition au néophyte, et, en dépit des efforts qu'il fit plus tard pour se les concilier, observèrent toujours à son égard une attitude assez malveillante.

Il n'était èvêque que depuis un an environ, lorsque la persécution de Dèce vint s'abattre sur l'Eglise. On estima autour de lui, et il jugea lui-même, que, connu comme il l'était à Carthage, il serait immanquablement arrêté et que, dans une crise aussi violente, la conservation de l'évêque importait plus que son martyre. Il quitta la ville et trouva au dehors une retraite sûre, où il put échapper aux recherches de la police, tout en se maintenant en communication avec ses fidèles et surtout avec les membres du clergé qui avaient pu demeurer parmi eux.

La situation était grave. Dans la longue paix qui avait précédé la persécution, les chrétiens d'Afrique s'étaient singulièrement affadis. Du haut de sa sévérité intransigeante, Tertullien avait fort malmené les « psychiques ». Cyprien, qui part de principes moins excessifs, n'est guère plus content de ses Africains. Il nous les montre attachés aux biens de la terre, âpres au gain, durs, haineux, indociles aux exhortations de leurs chefs, prompts à se mêler au monde païen par des mariages mixtes. Les femmes se fardent, les prêtres sont à peine religieux, les diacres à peine honnêtes ; on voit des évêques qui acceptent des places dans l'administration financière, et qui, pour en remplir les devoirs, négligent leur ministère ; pendant que les pauvres meurent de faim, ils soignent

leur fortune personnelle, fréquentent les marchés publics, ne reculent ni devant la fraude, ni devant l'usure.

De tels chrétiens, dirigés par de tels prêtres, on ne pouvait attendre un grand héroïsme. Devant la persécution leur attitude fut lamentable. La plupart cédèrent aux premières menaces, non pas même de mort mais de confiscation. Dans les premiers jours les magistrats de Carthage et les préposés spéciaux furent débordés par la foule des apostats qui réclamaient des certificats de sacrifice (libelli). Il y eut des défections jusque dans le clergé. Cependant une bonne partie des prêtres et des diacres parvint à se soustraire aux recherches ; il en fut de même d'un assez grand nombre de fidèles; quelques confesseurs furent jetés en prison.

La retraite de l'évêque ne fut pas, on le pense bien approuvée de tout le monde. A Rome, en particulier, où l'on n'avait pas une idée nette de la situation de Cyprien à Carthage et des dangers spéciaux qu'il y pouvait courir, il s'éleva des critiques assez vives. Très peu de temps après la mort de Fabien, on y vit arriver un sous-diacre de Carthage, Crementius ; les prêtres lui remirent deux lettres : l'une, adressée à Cyprien, lui annonçait le martyre de son collègue ; l'autre, écrite d'après les nouvelles apportées de Carthage par Crementius, ne portait ni adresse, ni signatures ; mais le texte indiquait assez qu'elle était destinée au clergé de Carthage. Toutes les deux furent-

remises, en même temps, à Cyprien. La seconde l'étonna fort. Les rédacteurs parlaient au clergé de Carthage comme s'il n'avait plus été sous le gouvernement de son évêque : « Nous avons appris, disait-on, » que le saint pape Cyprien s'est retiré. On nous dit » qu'il a bien fait, étant un personnage en vue (per- » sona insignis ». Cette raison ne semblait pas suffisante aux prêtres romains, car ils commentaient aussitôt la parabole où le bon Pasteur qui meurt pour ses brebis (Fabien) est comparé au mercenaire (Cyprien) qui les abandonne à l'approche du loup. Un peu plus loin, en parlant des chrétiens qui avaient apostasie à Rome, on attribuait la chute d'une partie d'entre eux à ce qu'ils étaient des personnages en vue (quod essent insignes personaé). Cette circonstance donnait au terme insignis persona un sens fâcheux, et le ton de la lettre n'était pas de nature à atténuer cette impression. Le clergé de Rome insistait baucoup sur son propre éloge et sur le zélé avec lequel il remplissait les devoirs que la persécution lui imposait. Il se proposait comme exemple au clergé de Carthage et ne lui ménageait pas des conseils, dont la forme, à tout le moins, pouvait paraître un peu dure.

Cyprien devait être blessé : il le fut en effet. Il écrivit aussitôt à Rome (ep. 9), accusant réception de la lettre par laquelle on lui avait notifié le matyre de Fabien et félicitant l'église romaine de la gloire qui rejaillissait sur elle. Quant aux instructions don-

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nées au clergé de Carthage, il fit semblant de n'en pas connaître les auteurs, ou plutôt de douter qu'elles eussent été réellement écrites par les prêtres de Rome. » J'ai lu, dit-il, une autre lettre, sans adresse ni signatu- » re. L'écriture, le contenu, le papier lui-même » m'ont un peu étonné. Peut-être y a-t-on retran- » ché ou changé quelque chose. Je vous la reny) voie telle quelle afin que vous voyez si c'est bien » celle que vous avez remise au sous-diacre Crémen- » tins ».

Nous n'avons plus la réponse que fit le clergé de Rome à la lettre de Cyprien ; mais nous voyons qu'en la recevant il put constater que de faux rapports avaient été faits contre lui. Il sentit le besoin de se justifier. A cet effet il envoya à Rome une collection de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diacres, aux confesseurs et a diverses personnes de son église^. Ces documents étaient propres à montrer qu'il n'avait nullement failli à ses devoirs de pasteur. En même temps il donnait les motifs de sa retraite. Le clergé et les confesseurs de Rome, qui avaient continué jusque là de correspondre directement avec le clergé de Carthage, mieux instruits maintenant de la situation, finirent par approuver la conduite de Cyprien. Ils changèrent aussi de rédacteur pour leur correspondance. A la plume précipitée et peu correcte qui avait écrit la première lettre, on substitua celle de l'éloquent Novatien.

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