De Lapsis, De Ecclesiae unitate
commança par se mettre en rapport avec Novatien, qu'il séduisit facilement; puis il essya de gagner les confesseurs. Il n'y réussit pas d'abord. Moïse resta fidèle à Cyprien et déclara qu'il n'entrerait point en communion avec la coterie des cinq prêtres de Carthage. Mais après sa mort, qui arriva en janvier ou en février 251 ses compagnons de captivité se laissèrent séduire et joignirent leur influence à celles que Novatus et Novatien groupaient autour d'eux. Ce dont il s'agissait, c'était de faire élire un pape qui ne reconnaîtrait pas Cyprien comme légitime évêque de Carthage et qui protégerait le compétiteur qu'on lui préparait. De principes dogmatiques ou disciplinaires on n'en avait pas encore ; mais on entendait exploiter, à Rome comme en Afrique, le prestige des confesseurs. Le futur successeur de saint Pierre devait être le pape des confesseurs, comme à Carthage le parti anticyprianiste se proclamait le parti des confesseurs.
Ces calculs furent déçus. L'élection eut lieu vers la mi-mars : les ennemis de Cyprien ne parvinrent pas à empêcher le choix d'un candidat étranger à leurs vues, le prêtre Cornélius. Ils s'empressèrent de l'attaquer violemment, lui imputant, entre autres crimes, d'avoir reçu un certificat de sacrifice et d'avoir communiqué avec des apostats déclarés. Par les soins de Novatus une protestation motivée arriva à Carthage en même temps que la notification de l'ordination de Carnélius. Elle était rédigée au nom d'un
prêtre de Rome, de Novatien probablement. Cyprien et les évêques africains commençaient à se réunir autour de lui jugèrent qu'il y avait lieu de se renseigner exactement : ils attendirent les procès-verbaux officiels de l'élection et dépêchèrent même deux évêques à Rome. Pendant ces délais i, le parti opposé à Cornélius élisait un autre évêque, Novatien luimême, ^ et faisait diligence pour le faire reconnaître dans toute l'Eglise. A cette nouvelle et sur des renseignements qui lui furent envoyés de Rome, Cyprien reconnut officiellement Cornélius.
Ainsi le schisme novatien, qui devait donner lieu
1. II faut en effet distinguer deux temps dans la compétition de Novatien. D'abord on proteste contre Cornélius et son élection, mais sans en faire une autre. Saint Cjprien distingue très bien ces deux phases et les deux ambassades que les schismatiques envoyèrent successivement à Carthage. Ep. XLV, 1 : Diversae partis obstinata et inflexibilis pervicacia non tantum radicis et matris sinum adque complexum recusavif, sed eliam gliscente et in peins recrudescente discordia episcopum sibi constituit... c. 3. Cum ad me talia adversum le et conpresbyteri tecum considentis scripta venissent. Ici, il s'agit de la première lettre contre Cornélius, expédiée par Novatien encore prêtre. Cyprien note (ep. LV, 8) que Cornélius est devenu évêque alors que la place de Fabien, c'est-à-dire de Pierre, était vacante, tandis que de Novatien on n'en rouvait dire autant.
2. Cornélius, dans une de ses lettres à Fabius d'Antioche (Eus., VI, 43), dit que Novatien envoya chercher dans un coin de l'Italie trois évêques, gens simples et sans culture (ocYpc'.'/.cjr v.y.'. 7.7:'/,o'J7-:-x~.o'jç qui lui conférèrent l'ordination aprcs boire. L'un d'eux demanda pardon à Cornélius, qui l'admit à la communion laïque ; les deux autres furent aussitôt pourvus de successeurs. Pour les détails de ce genre, je n'ai déjà fait (ci-dessus, p. 325) et je ne fais ici qu'un usage discret de cette lettre à Fabius, où Novatien est malmené avec cette ardeur dont les anciens usaient volontiers dans leurs invectives. Le rédacteur de cette pièce dépasse évidemment toute mesure, par exemple lorsqu'il attribue la conversion de Novatien au diable, lorsqu'il doute de la validité de son baptême, lorsqu'il tourne en ridicule sa science théologique. Plusieurs des traits lancés contre l'importun compétiteur atteindraient aisément le pape Fabien (c'est lui sans doute qui éleva Novatien au sacerdoce) et les chefs de l'église romaine pendant la persécution de Dèce.
à une secte importante, ne s'est pas fait d'abord sur une question de doctrine, mais sur une question de personne. Novatien, n'avait pas de principes spéciaux sur la pénitence. Novatus, par ses antécédents à Carthage, devait être favorable plutôt que contraire à la mitigation de la discipline. Pendant les controverses de l'année précédente, c'est Novatien qui avait rédigé les lettres du clergé et des confesseurs romains, ces lettres, qui, nous dit saint Cyprien ^, « furent envoyées dans le » monde entier et portées à la connaissance de toutes » les églises et de tous les fidèles ». Or, dans ces lettres, deux points étaient réglés : d'abord que les lapsi devaient être admis à la pénitence, la durée et les conditions de celles-ci étant renvoyées à l'examen des évêques, qui décideraient aussitôt la paix rétablie ; ensuite que ceux des faillis qui seraient en danger de mort pourraient être réconciliés^. Pendant la persécution, Novatien avait réussi à échapper aux recherches, mais sans faire preuve d'un héroïsme extraordinaire^. On ne pouvait donc prévoir qu'il se ferait le champion de la sévérité. Mais une fois le schisme organisé, il était inévitable qu'on n'adoptât dans la grande question du moment une attitude et des principes opposés à ceux de Cornélius.
Le concile de Carthage, enfin réuni, vers le milieu de mai, sous la présidence de Cyprien, décida que tous les lapsi sans distinction, pourvu qu'ils fussent