‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 140 sur 205 · Eus., VI · texte numérisé non relu

Eus., VI

repentants, seraient admis à la pénitence et réconciliés au moins au moment de la mort ; que , selon la gravité des cas, la pénitence serait plus ou moins longue ; que les évêques, prêtres et autres clercs pourraient être admis à la pénitence, comme les autres, mais non pas réintégrés dans leurs fonctions. Ces décisions furent transmises à Rome. Cornélius, comme la plupart des membres du clergé romain, était dans les mêmes sentiments que les évêques d'Afrique Cependant il voulut donner toute l'autorité possible au règlement d'une affaire à laquelle tant de gens étaient intéressés ; à cet effet, il convoqua de son côté à un grand concile tous les évêques d'Italie.

C'est alors que les positions se dessinèrent et que le parti de Novatien devint le parti de la discipline rigoureuse. Point de réconciliation entre l'Eglise et les déserteurs, anathème perpétuel aux idolâtres ! Tel fut le mot d'ordre de la nouvelle secte. On ne prétendait pas empêcher les apostats de faire pénitence ; on les y engageait même fortement, mais en leur enlevant tout espoir de rentrer dans la fraternité chrétienne, fût-ce à leur dernier soupir. Ce traitement avait été autrefois appliqué aux adultères aussi bien qu'aux apostats ; mais depuis longtemps on ne le maintenait plus que pour ces derniers. Novatien et ses adhérents protestèrent qu'il fallait s'en tenir là et ne pas faire aux apostats la concession que l'on avait faite aux adultères. Ce fut là tout le novatianisme primitif. Une fois séparée de l'Eglise, la secte

ne manqua pas de greffer des particularités nouvelles sur cette première dissidence. A son début elle se borna à protester contre l'adoucissement d'une mesure disciplinaire qui, adoptée et appliquée en des temps où l'apostasie Tie se produisait que sous forme de cas isolés^, ne pouvait être maintenue en présence des défaillances innombrables qu'avait provoquées une persécution universelle et extraordinairement rigoureuse.

Cette position théorique avait de grands avantages. C'est elle qui explique le succès relatif du nouveau schisme. La considération personnelle de Novatien et l'activité prodigieuse avec laquelle ses adhérents, Novatus en particulier, s'appliquèrent à discréditer Cornélius, y contribuèrent aussi beaucoup. Le concile de Rome se réunit. On y vit soixante évêques, sans compter les prêtres et les diacres, tant ceux de Rome que ceux qui accompagnaient ou représentaient leurs évêques. Les lettres du concile de Carthage furent lues devant cette assemblée. Elles proclamaient le principe de la réintégration des lapsi et invitaient les évêques italiens à condamner l'auteur du nouveau schisme. Ce vœu fut satisfait : Novatien et ses adhérents furent chassés de l'Eglise et la discipline du concile d'Afrique fut solennellement approuvée. Ces décisions furent consignées dans une lettre synodale à laquelle furent apposées les signatures des évêques présents avec les adhésions des absents.

1. Telle continua d'être la discipline, en temps ordinaire : le concile d'Elvire en témoigne fort ch.irement, à la fin du III* siècle.

Fort de cette double manifestation de l'épiscopat d'Italie et d'Afrique, Cornélius se hâta d'expédier partout des exemplaires des documents synodaux avec des renseignements sur Novatien et son schisme. En Afrique Cyprien l'appuyait énergiquement : il n'y eut qu'un petit nombre d'hésitations, très isolées i. Cependant on envoya à Carthage un évêque, Evariste, qui avait été l'un des consécrateurs de Novatien, un diacre romain, Nicostrate, confesseur de la dernière persécution, et divers autres personnages, qui réussirent à organiser une petite église novatienne dans la métropole de l'Afrique, avec un certain Maxime pour évêque. Des succès analogues furent sans doute obtenus sur quelques points. En Gaule, Maroien, évêque d'Arles, accepta la communion de Novatien et appliqua ses principes sur les apostats. C'est la seule défection sérieuse qui soit constatée en Occident.

En Orient les choses allèrent beaucoup plus loin. Les idées de Novatien trouvèrent accueil en divers endroits de l'Asie-Mineure. L'évêque d'Antioche, Fabius, les patronait ouvertement. Cependant, comme il ne siégea que peu de temps et que ses collègues de Syrie, de Cappadoce et de Cilicie, étaient d'un autre avis, le mouvement fut enrayé d'assez bonne heure. Il avait du reste contre lui l'autorité, considérable à tous égards, de l'évêque d'Alexandrie, Denys. Celui-ci était dans les mêmes idées que Cornélius et

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