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LE CHRÉTIEN DANS l'aGE APOSTOLIQUE 51
morale, et même des formes du culte, qui, chez les païens, comporte toujours le temple, l'idole, le sacrifice, il resterait encore un contraste radical dans la conception et la distribution de l'autorité. Les chefs des associations païennes sont toujours temporaires, généralement annuels, tandis que les prêtres et les diacres chrétiens sont à vie. Les pouvoirs des premiers dérivent de la communauté qui les a nommés et dont ils ne sont que les agents ; les autres, au contraire, parlent, agissent, gouvernent, au nom de Dieu et des apôtres, dont ils sont les auxiliaires et les représentants.
Il suffit d'ailleurs d'un médiocre sens historique pour comprendre que les premières églises, composées de gens qui sortaient des synagogues, devaient tendre à se modeler sur celles-ci, et que les apôtres missionnaires, qui avaient vécu plus ou moins longtemps au milieu des communautés chrétiennes de Jérusalem et d'Antioche, portaient avec eux des habitudes, des traditions, déjà précises. On n'avait nul besoin de demander à des institutions païennes le type d'une organisation qui existait déjà. Du reste l'horreur profonde que l'on éprouvait pour le paganisme s'opposait à toute imitation de ce genre.
En somme, les chrétientés se sont constituées à peu près de la même façon que les synagogues juives. Comme celles-ci, elles ont été des sociétés religieuses, fondées sur la communauté de foi et d'espérance, mais d'une foi et d'une espérance qui ne connaissaient plus
aucune barrière de race et de nationalité. Comme les synagogues, elles ont cherché à supprimer tout contact dangereux avec les institutions ou usages païens : elles ont offert à leurs membres une vie sociale à la fois très intense et très douce ; un gouvernement à peu près complet, comportant une caisse commune, des tribunaux et des services charitables. Même au point de vue du culte proprement dit, la ressemblance est encore très grande. A la synagogue, comme à l'église^, on prie, on lit la Bible, on l'explique ; à l'Eglise on n'a de plus que l'Eucharistie et les exercices d'inspiration. Dans ces premiers temps, l'analogie va encore plus loin. De même que les juifs de tous les pays se considèrent comme frères en Abraham, Isaac et Jacob, de même les chrétientés locales sentent très vivement leur fraternité en Jésus-Christ. Des deux côtés on regarde vers Jérusalem, qui est encore, au moment où nous sommes, le cœur du christianisme aussi bien que du judaïsme. Mais tandis que les Veux des juifs sont tournés vers le Temple, centre de leurs souvenirs, pôle de leurs espérances, les chrétiens songent aux lieux où fut plantée la croix de leur Maître, où vivent encore les témoins de sa résurrection, et d'où leur sont venus les chefs apostoliques sous la parole desquels se forme en tous lieux le peuple de l'alliance nouvelle.
1. Remarquez que ces deux mots signifient la même chose, € l'assemblée », et qu'ils ont aussi été employés, l'un comme l'autre, pour désigner les édifices où cette assemblée se réunissait.
Origines de l'église romaine.
La colonie juive de Rome. — Aquilas et Priscille. — L'épître aux Romains. — Paul à Rome. — Les plus anciens fidèles de l'église Romaine. — Pierre à Rome. — L'incendie de l'an 64 et la persécution de Néron.
Les princes juifs de la maison asmonéenne avaient été de bonne heure en rapport avec les Romains. De là sans doute les premières origines de la communauté juive de Rome. La prise de Jérusalem par Pompée (63) lui donna un subit et important accroissementi. Le vainqueur jeta sur le marché romain une énorme quantité de prisonniers de guerre. Achetés d'abord comme esclaves, puis affranchis, ils ne tardèrent pas à constituer, dès le temps d'Auguste, et même auparavant, un groupe considérable, localisé dans le Transtévère^. Cette colonie n'était pas protégée, au moins directement, par des privilèges, comme ceux que les anciens rois macédoniens et les généraux romains avaient délivrés à tant de juiveries de l'Orient hellénique ou hellénisé. Tibère ne viola aucun engagement lorsqu'il chassa les Juifs de Rome en 193; ils étaient alors assez nombreux pour que l'on pût en envoyer
1. Schurer, Geschichte der jûdischen Volkes etc., 3^ éd. t. IH, P- 28.