‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 141 sur 205 · Voir surtout la lettre à Antonianus (ep. LV · texte numérisé non relu

Voir surtout la lettre à Antonianus (ep. LV

Cyprien. Dès le temps de la persécution, il avait ordonné de réconcilier les lapsi à leur lit de mort ; aussitôt que la paix avait semblé renaître, il avait envoyé dans toute TEgypte une sorte de tarif pénitentiel où les différents cas étaient distingués et soumis à des pénalités graduées. Les lettres de Novatien ne lui firent aucun effet ; il y répondit très franchement, quoique très doucement, suivant sa coutume en déclarant au compétiteur de Cornélius que ce qu'il avait de mieux à faire, c'était d'abandonner son prétendu épiscopat. Il s'employa aussi avec beaucoup de zèle à ramener les confesseurs romains qui s'étaient égarés dans le schisme. C'était là une affaire très importante. Cyprien s'y appliqua de son côté avec la même ardeur. Ces deux grands évêques, dont la situation et la carrière ont tant de traits de ressemblance, observèrent ici, sans se concerter, une attitude identique. Ils réussirent. Les confesseurs de Rome, touchés de la grâce, se séparèrent presque tous de Novatien ; ils revinrent à l'Eglise, où Cornélius et les siens leur firent le meilleur accueil. On réintégra même dans leurs dignités ecclésiastiques ceux qui en avaient été revêtus. Ce fait enlevait à Novatien le plus clair de son prestige aux yeux des populations chrétiennes. Cornélius et ses deux alliés, Denys et Cyprien, ne manquèrent pas de donner le plus grand retentissement à une conversion si opportune.

Les lettres écrites à ce propos ne sont pas les seules

œuvres de plume qui aient été dirigées contre Novatien. Nous avons encore, sous le titre Ad Novatianum une sorte d'homélie où il est pris assez vivement à partie. Elle paraît bien avoir été écrite à Rome^.

La petite église se maintint cependant ; un certain nombre de fidèles « fermes dans l'Evangile «^ demeura groupé autour de Novatien. Celui-ci, outre ses écrits de propagande, multipliait les instructions à ses disciples. Nous avons des spécimens de cette littérature dans son De cibis iudaicis, très probablement aussi dans le De spectaculis et le De bono pudicitiae. Ces compositions et quelques autres ^ pour lesquelles on a pu revendiquer la même provenance, nous sont parvenues sous le couvert de saint Cyprien. Saint Jérôme en connaissait bien d'autres*. Les trois dont j'ai marqué les titres ont cela de commun qu'ils ont été écrits en un temps de persécution, sous Gallus ou sous Valérien, alors que Novatien était séparé de ses disciples. D'après une tradition conservée dans sa secte s, il aurait figuré parmi les victimes de la persécution de Valérien.

1. M. Harnack y voit l'œuvre de Xyste II (Texte u. U., t. XIII, 1 ; cf. t. XX, 3, p. 116 ; Chronol., t. II, p. 387).

2. Novatianus plebi in Evangelio perstanti salutem, titre du De cibis.

3. Adversus ludaeos, De laude martyrii, Quod idola dit non sint.

4. De Pascha, De sabbato. De circumcisione. De sacerdote. De oratione. De instantia. De Attalo.

5. Socrate, H. E., IV, 28 ; Euloge, évêque d'Alexandrie à la fin du VI» siècle, a eu sous les yeux une « passion » de Novatien, composition fabuleuse et sans valeur. Un martyr Novatien est marqué au 29 juin dans le martyrologe hiéronymien ; je pense que c'est le même qui figure déjà au 27, en tête d'une liste d'apparence africaine. Il serait bien invraisemblable que le fondateur du schisme ait été

A Carthage, la coterie de l'indulgence, qui, depuis de longs mois, exploitait contre Cyprien la vanité des confesseurs et l'empressement indiscret des lapsi, dut être bien surprise du pli que les choses avaient pris à Rome. Novat, passant d'un extrême à l'autre, organisait, avec les confesseurs romains, un parti de sévérité intransigeante. D'autre part, le concile de 251, par sa miséricorde à l'égard des libellatiques et autres lapsi moins compromis, avait enlevé aux fauteurs du schisme une bonne partie de leurs clients. " Félicissime essaya pourtant de se maintenir. Il se fit ordonner diacre, c'est-à-dire trésorier, de la contreéglise que l'on allait fonder. On battit toute l'Afrique pour recruter des adhérents, surtout dans l'épiscopat, en vue d'opposer un concile à celui de Cyprien, de le déposer lui-même et de proclamer la discipline commode qui était le but ou le prétexte de toute cette intrigue.

Le succès fut médiocre. On avait annoncé vingtcinq évêques ; cinq seulement se présentèrent, dont trois apostats et deux hérétiques. L'un de ces derniers était ce même Privât de Lambèse qui avait été déposé quelques années auparavant dans un grand concile. En même temps qu'eux plus de quarante évêques arrivaient à Carthage pour le concile (le second après la persécution) que l'on avait coutume de tenir en

marqué dans les calendriers de la grande église. Le calendrier romain qui fait partie de 1:\ compilation pseudohiéronymienne a été arrêté vers 422, peu après que les dernières églises novatiennes de Rome eussent été fermées.

mai. Ce concile s'assembla le 15 mai 252. Privât chercha à s'y faire admettre pour plaider sa cause et obtenir sa réhabilitation : ce fut en vain. Le concile, ayant égard à la persécution que le nouvel empereur Gallus déchaînait en ce moment sur l'Eglise, accorda la communion aux lapsi de toute catégorie qui jusqu'alors avaient fait consciencieusement pénitence. Cette disposition diminuait encore les raisons d'être de l'opposition. Cependant elle n'atteignait pas les partisans de Félicissime, qui, depuis plus d'un an, formaient schisme et n'observaient aucune sorte de pénitence. Aussi ne laissèrent-ils pas de tenir un petit concile contre le grand. Ils y prononcèrent une sentence de déposition contre Cyprien et lui ordonnèrent un successeur, dans la personne de Fortunatus, un des cinq prêtres dissidents. Cyprien ne s'en émut guère. Il avait pour lui tout l'épiscopat d'Afrique et toute la population chrétienne de Carthage, sauf un petit noyau d'intrigants, auxquels on donnait volontiers, du nom de leur chef, le sobriquet d'/n/e/icissimi.

Félicissime, cependant, partit pour Rome avec quelques-uns des siens ; ils s'efforcèrent de faire reconnaître le nouvel évêque Fortunat, Le pape Cornélius les écarta de l'église ; mais, comme ils faisaient tapage contre Cyprien et menaçaient de publier des lettres de Fortunat, pleines d'infamies contre lui, Cornélius prit peur et consentit à recevoir ces documents. Cette concession, dont nous ne saisissons pas bien les mo-

Duchesne. !/i.st. anc. de l'Effl. T. 1. 28

dalités irrita fort l'évêque de Carthage, lequel n'était pourtant pas homme à s'irriter sans raison.

C'était un second nuage qui s'élevait entre deux évêques dont l'union est pourtant restée célèbre. Au commencement de son épiscopat, Cornélius avait été blessé du retard que Cyprien avait mis à proclamer son ordination et des précautions qu'il avait cru devoir prendre pour la vérifier^; Cyprien, à son tour, fut singulièrement étonné de la timidité de son collègue et des doutes qu'il semblait autoriser contre ses droits à occuper le siège de Carthage. Il se plaignit à Cornélius avec autant d'éloquence que de franchise 2. On était alors à l'été de l'année 252 La persécution de Gallus, qui s'annonçait déjà, allait changer le tour des préoccupations de Cyprien à l'égard de l'évêque de Rome. Aussitôt qu'il le sut exilé, il s'empressa de lui écrire une lettre de félicitations ^.

Lui-même il put, cette fois, demeurer au miheu de ses fidèles, en dépit du peuple fanatique de Carthage, qui, à chaque instant, réclamait sa tête. L'année suivante Cornélius étant mort en exil, Lucius fut élu à sa place par l'éghse de Rome. Lui aussi, il fut exilé, mais peu de temps. La tranquillité revint : Lucius rentra à Rome. Cyprien, qui l'avait féUcité de sa confession, lui écrivit encore

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