‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 148 sur 205 · Ep. LXXIV · texte numérisé non relu

Ep. LXXIV

thage, sous la présidence de Cyprieni. On y lut la correspondance entre Cyprien et Jubaïen. Le président invita ensuite tous les membres de l'assemblée à émettre chacun son avis : « Ce faisant, dit-il, nous » n'entendons juger personne, ni pour séparer de » la communion ceux qui pensent autrement. Aucun » de nous ne se pose en évêque des évêques ni » ne recourt à une terreur tyrannique pour contrain- » dre ses collègues à l'adhésion. Tout évêque, dans ) la plénitude de sa liberté et de son autorité, conserve » le droit de penser par lui-même ^ ; il n'est pas plus » justiciable d'un autre que qualifié pour juger les » les autres ». L'un après l'autre les quatre-vingt-sept évêques formulèrent un vote contre le baptême des hérétiques. D'Etienne et de sa lettre il ne fut fait aucune mention.

L'Eglise d'Afrique prenait ainsi une position de résistance passive. Elle ne niait pas la nécessité de se conformer en matière doctinale à la première des églises, à l'-église principale (principalis) dont le pape était le chef et le représentant. Elle ne contestait pas même l'autorité particulière et supérieure qui résultait pour lui du lieu de son siège et de sa qualité de successeur de Saint Pierre. Mais elle croyait que, dans l'espèce, on faisait une mauvaise application de cette autorité en cherchant à imposer aux autres

1. Le procès- verbal est conservé. C'est le plus ancien document de ce genre. Les évêques se disent réunis ex provincia Africa Numidia Mauritania.

2. C'était sans doute l'avis de Privât de Lambèse ; ce qui n'avait pas empêché le concile d'Afrique de le déposer.

un usage inadmisible. Comme sanction de ce jugement elle n'allait pas jusqu'à rompre les rapports avec Rome, en tant que cela dépendait d'elle. Elle se contentait de faire une déclaration solennelle de sa décision. Après la manifestation du concile, Etienne, s'il n'exécutait ses menaces, devait s'abstenir désormais d'envoyer à Carthage ses clercs et ses messagers ; peutêtre les clercs ou même les fidèles d'Afrique ne seraientils plus admis, s'ils venaient à Rome, à prendre part aux réunions liturgiques et aux secours distribués au nom de l'église. Les églises africaines, au contraire, devaient continuer à faire bon acceuil aux Romains de passage en Afrique, et même à correspondre avec le clergé de Rome, autant qu'elles pouvaient être tentées de le faire, en sachant que leurs lettres couraient grand risque de n'être pas lues.

Cette situation, si elle avait duré, n'aurait pas tardé à paraître intolérable. Le jour du concile on n'en mesurait peut-être pas les encore les inconvénients. Quoiqu'il en soit, pour donner plus d'éclat à la manifestation que l'on venait de faire et pour s'encourager à la résistance par l'exemple d'autrui, on chercha tout aussitôt à nouer des relations avec les églises d'Asie-Mineure et d'Orient qui, observant le même usage, se trouvaient engagées dans la même controverse avec le pape. Un diacre, Rogatianus, fit voile pour la côte de Cicilie et passa en Cappadoce, auprès de Firmilien, le célèbre évêque de Césarée, qui, d'accord avec ses collègues de l'Asie-Mineure orientale^

professait, sur la question du baptême, les mêmes principes que Cyprien. Comme lui, c'était un homme hautement recommandable par ses vertus, sa science, son expérience et son zèle. La lettre qu'il remit à Rogatianus^, et que celui-ci s'empressa de rapporter à Carthage, est conçue en termes fort durs pour le pape Etienne, sans cependant que son autorité y soit plus contestée que dans les documents africains.

L'hiver se passa ainsi, dans une sorte d'état de blocus entre Rome et les églises d'Afrique et d'Orient. Puis le printemps revint ; la fête de Pâques fut célébrée sans que rien, à notre connaissance, eût modifié cette triste situation.

Elle se dénoua par la mort d'Etienne, arrivée le 2 août de cette année 257. Ses successeurs, tout en maintenant l'usage de leur église et en cherchant à le faire prévaloir dans la mesure du possible, ne crurent pas devoir être aussi rigoureux envers les dissidents. Denys d'Alexandrie, l'Irénée de ce nouveau Victor, appliquait dans son église la même règle qu'Etienne ; mais il n'était nullement disposé à le suivre dans ses sévérités ni à observer l'excommunication prononcée contre la moitié de l'Eglise pour une divergence de cette nature. Il avait déjà écrit dans ce sens à Etienne lui-même^ et à deux savants prêtres de Rome, Denys et Philémon, qui, naturellement, étaient du même avis que leur évêque. iVprès la mort d'E-

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