‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 152 sur 205 · CHAPITRE XXI L'orient chrétien jusqu'à Dèce · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI L'orient chrétien jusqu'à Dèce

La haute Asie-Mineure et son hellénisation. — Propagande apostolique.— Les églises de Bithynie, de Pont, de Cappadoce. — Alexandre et Firmilien, évèques de Césarée. — Grégoire le Thaumaturge.

— Antioche après saint Ignace. — Les évêques Théophile et Sérapion.

— Edesse et ses rois chrétiens. — Bardesane. — La Syrie u sud. — Eglises de Césarée en Palestine et de Jérusalem. — Jules Africain.

— Bérylle, évêque de Bostra.

1°. — La haute Asie-Mineure.

En dehors de la province d'Asie, qui regarde la mer Egée, l'Asie-Mineure comprenait encore, au nord, la Bithynie, puis les hautes terres du Pont, qui s'étendent le long de la mer Noire jusqu'au massif arménien ; au sud, la Lycie, la Pamphylie, la Cilicie haute et basse, qui bordent la mer de Chypre d'un littoral sinueux, alterné de plaines et de montagnes ; à l'intérieur enfin, autour du steppe central et de son grand lac salé, la Galatie et la Cappadoce, celle-ci dominée par le sommet isolé du mont Argée et par les chaînes du Taurus et de l'Anti-Taurus.

Au moment où commence l'histoire chrétienne, la plupart de ces pays étaient à peine hellénisés ou même ne l'étaient pas du tout. Bien avant Alexandre, les grandes cités grecques a\ aient fondé quelques comp-

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toirs sur les côtes, notamment sur celles du Pont- Euxin. Ces établissements se développèrent après la conquête macédonienne, et d'autres cités s'organisèrent peu à peu dans l'intérieur. De là l'hellénisme put rayonner à l'aise vers les principautés demeurées barbares, vers le Pont, la Cappadoce et le petit état celte fondé au II !« siècle entre la Phrygie et le Pont par quelques bandes d'aventuriers gaulois. Mais il fallut du temps pour que les mœurs, les religions, les institutions, les idiomes de ces peuples barbares ou autrement civilisés que les Grecs et les Romains, se laissassent remplacer ou assimiler. Au temps de saint Jérôme on parlait encore celte aux environs d'Ancyre, tout comme dans les campagnes de Trêves ; les dieux des vieux sanctuaires du Pont et de la Cappadoce avaient encore leur aspect exotique lorsque le christianisme les supplanta. C'est seulement au quatrième siècle que les Cappadociens arrivèrent à la littérature.

Les Romains, une fois maîtres du pays, en laissèrent d'abord une grande partie à des princes indigènes; ce n'est que peu à peu et assez lentement que toute l'Asie-Mineure fut soumise au régime provincial. A partir de Trajan il y eut cinq provinces : au nord celle de Bithynie-Pont ; au sud celles de Lycie-Pamphylie et de Cilicie ; à l'intérieur celles de Galatie et de Cappadoce.

On était encore loin de cette assiette, quand saint Paul, vers l'année 45, commença d'évangéliser les

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juiveries et même les polulations païennes de Cilicie, de Pamphylie, de Pisidie et de Lycaonie. Il est possible que, dans ses voyages ultérieurs, il ait fondé quelques communautés dans la Galatie proprement dite^. La première épître de saint Pierre suppose une prédication plus étendue ; elle est adressée aux élus dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie. Un demi siècle plus tard, les chrétiens étaient fort nombreux dans la province de Bithynie-Pont, qui s'étendait encore jusqu'au delà de l'Halys et comprenait l'importante échelle d'Amisos (Samsoun). C'est de cette ville que Pline, gouverneur de la province, adressa à l'empereur Trajan ce fameux rapport où il se plaint de ce que la propagande chrétienne ait envahi non seulement les villes, mais les bourgs et les localités de campagne, faisant le vide autour des temples et produisant la baisse sur le prix des victimes. Vers ce même temps Marcion, jeune encore, vivait à Sinope auprès de l'évêque son père. Sous Marc-Aurèle le faux prophète Alexandre fonda dans la ville d'Abonotique (Inéboli) le culte de Glycon, le dieu serpent, et son imposture, en dépit de Lucien et de ses pamphlets, atteignit bientôt un succès énorme. On voit, par ce qu'en dit le sati-

1. La Pisidie et la Lycaonie faisaient alors partie de la province de Galatie. Il n'est pas sûr que les Galates à qui fut adressée la célèbre épître aient été des Galates proprement dits, des habitants de l'ancien territoire celte. Rien n'empêche que cette dénomination ne désigne tout simplement les chrétientés de Lystres, Iconium, Antioche de Pisidie, etc., organisées par saint Paul au cours de sa première missioiu

rique, que les chrétiens étaient très nombreux dans cette partie du Pont. Alexandre les redoutait fort et les joignait aux épicuriens dans ses malédictions contre les profanes.

Denys de Corinthe écrivit aux fidèles de Nicomédie, agités, comme tant d'autres, par la propagande marcionite. Il répondit aussi à une consultation que deux chrétiens d'Amastris Bacchylide et Elpiste, lui avaient fait parvenir. Sa réponse était adressée « à l'église d'Amastris avec celles du Pont w^. Il y traitait des sujets d'ordre pratique, du mariage, de la continence, de la réconciliation des pécheurs et des héritiques. L'évêque d'Amastris est nommé dans la lettre : il s'appelait Palmas. Nous le retrouvons, vers 190, dans l'affaire de la Pâque. Les évêques du Pont adressèrent à ce propos au pape Victor une lettre où Palmas d'Amastris était nommé le premier, comme le plus ancien. 2

L'histoire d'Alexandre d'Abonotique est déjà propre à montrer combien il était aisé, en ces pays peu

1. Tr i/.7.Xr,7'Z':'^ zapO'./.s'JTv; A;j.j:7~piv iJ:;j,aTaCç v.aTa IIsvtcv. Eus., H. E., IV, 23. '

2. Eus., H. E., V, 23. — En ce temps-là, comme on le voit par Ptolémée, une partie notable du Pont avait été détachée de la province de Bithynie-Pont et rattachée à celle de Galatie. Amastris était, vers l'est, la dernière cité du Pont bithynien. Dans la province de Bithynie- Pont il y avait alors, pour le culte de Rome et d'Auguste, deux groupements des cités, deux y-S'-va, l'un pour la partie bithynienne, l'autre pour la partie pontique ; le premier avait son centre à Nicomédie, l'autre à Amastris. Nicomédie devint une métropole ecclésiastique ; il n'en fut pas de même d'Amastris. C'est à tort (Harnack Die Mission, p. 473) que, du texte ci-dessus d'Eusèbe, on déduit qu'elle avait cette situation au II« siècle ; la préséance de Palmas est expliquée non par le lieu de son siège, mais par sa qualité de doyen d'âge ou d'ordination.

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cultivés, d'agiter les esprits simples et de les porter aux excès religieux, La propagande montaniste y trouva bon accueil. Un moment l'église d'Ancyre se montra hésitante. Les évêques eux-mêmes avaient des visions et faisaient concurrence aux prophètes. On en cite^ un qui, après avoir souvent prophétisé devant son peuple, finit par l'avertir que dans un an on verrait le « jour du Seigneur ». Les pauvres gens le crurent, cessèrent leurs travaux, vendirent leurs bien et ne pensèrent plus à marier leurs filles. Grand désarroi, comme on pense, quand l'échéance annoncée se fût passée sans amener le jugement général.

Un peu plus tard, au milieu des terreurs causées par des tremblements de terre et des persécutions, on vit apparaître en Cappadoce une prophétesse indigène qui déclara que les commotions du sol étaient un avertissement divin, qu'il fallait quitter la Cappadoce, pays désormais maudit, et émigrer en masse vers Jérusalem. Elle était chargée de conduire cet exode ; elle avait même le pouvoir de produire des tremblements de terre pour décider les hésitants. Ces folies trouvèrent large créance ; on vit des caravanes s'organiser au milieu de l'hiver ; la prophétesse marchait en tête, nu-pieds, suivie de ses fidèles, parmi lesquels il y avait un prêtre et un diacre de Césarée. Mais c'est elle-même qui présidait aux fonctions litur-

1. Hippolyte,J/7 Danielem, p. 232 Bonwetsch. Le siège de l'évêque n'est pas indiqué, Hippolyte dit seulement que la chose s'est passée dans le Pont.

giques, qui baptisait et consacrait l'Eucharistie. Cette émule de Maximille finit par recontrer un exorciste courageux, qui plus heureux que les évêques phrygiens, parvint à démasquer l'imposture.

Ces chrétientés, tout comme ceUes de l'Asie proprement dite, eurent à souffrir soit de l'application des lois prohibitives du christianisme, soit des persécutions locales. Les détails sont peu connus. Tertullien cependant ^ parle d'un légat de Cappadoce, L. Claudius Herminianus, dont la femme s'était convertie et qui s'en vengea en déployant beaucoup de rigueur contre les fidèles. Atteint d'une maladie contagieuse et déjà abandonné de ses gens : « Cachons cela, disait-il, de peur que les chrétiens ne chantent victoire ». Le mal faisant des progrès, le remords le prit tout-à-fait ; il en vint à regretter les apostasies qu'il avait extorquées et mourut presque chrétien. Ce légat est vraisemblablement du temps de Sévère. On en connaît un autre, Serenianus, du temps de Maximin, dont les rigueurs déterminèrent beaucoup de chrétiens à quitter la Cappadoce^. C'est de son temps que se produisit l'exode dirigé par la prophétesse.

En ces contrées les villes étaient fort peu nombreuses. La plus importante, Césarée de Cappadoce, était le quartier-général de l'armée qui veillait sur l'Arménie vassale et sur les débouchés du Caucase. Insignifiante sous les anciens rois — elle portait alors

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