Firmilien, dans Cypr..ep., LXXV
l'orient chrétien jusqu'à OECE 439
le nom de Mazaca — elle devint peu à peu l'une des plus grandes cités de l'empire. Dans l'histoire chrétienne elle n' apparaît que vers l'an 200. Elle avait alors pour évêque Alexandre, homme instruit, formé au didascalée d'Alexandrie par Pantène et Clément. Jeté en prison sous Septime Sévère, il y demeura fort longtemps ; Clément, chassé d'Alexandrie par la persécution, le suppléa avec succès. Alexandre finit par recouvrer sa liberté; mais le séjour à Césarée paraît lui avoir été rendu difficile^. Il se transporta en Palestine et finit par se fixer à Jérusalem, dans des circonstances qui seront rapportées plus loin.
A la génération suivante, le siège de Césarée était occupé par Firmilien, homme de naissance distinguée et, comme son prédécesseur, fort ami des docteurs alexandrins. Il était déjà évêque en 232 quand Origène contraint de quitter Alexandrie, vint se fixer en Palestine. Firmilien l'invita à venir s'établir en Cappadoce « pour le bien des églises », et il y a lieu de croire qu' Origène séjourna, en effet, à Césarée, et assez longtemps, pendant la persécution de Maximin '. Firmilien le vit aussi en Palestine. C'est vers ce temps là que deux jeunes gens du Pont, deux frères, Théodore et Athénodore, issus d'une des plus nobles familles
1. Eusèb2 dit qu'il avait fait le voyage de Jérusalem pour prier et pour visiter les Lieux-Saints. Cette explication est sûrement insuffisante. Alexandre, après la persécution, avait autre choss à faire qu des pèlerinages. La facilité avec laquelle il accepta de rester '■:■ Jérusalem, et cela comme évêque, semble bien indiquer qu'il lui était impotsble de rentrer en Cap adoce.
2. Eus., VI, 27 ; s. Jérôme, De viris, 54 ; Palladius, HisL Laua., 147(64, éd. Butîer .
de leur pays passèrent au christianisme, sous Tinf-^ luence de Firmilien, semble-t-il, mais surtout d'Origène. Elevés d'une façon distinguée, et déjà initiés à la connaissance du latin, ils se proposaient de s'en servir pour étudier le droit romain à la célèbre école de Béryte, lorsque, leur beau-frère ayant été nommé assesseur du gouverneur de Palestine, ils suivirent leur sœur juqsqu'a sa nouvelle résidence. Là ils rencontrèrent Origène, dont Firmilien doit leur avoir procuré la connaissance. Il réussit à les tourner vers les études philosophiques et bientôt à les convertir tout-à-fait. Pendant cinq ans (v. 240) ils suivirent son enseignement ; puis ils reprirent le chemin du Pont. Toutefois, avant de partir, Théodore, qui s'appelait aussi Grégoire, crut devoir témoigner de sa reconnaissance envers le maître illustre par un discours public, prononcé devant lui : nous en avons encore le le texte. Les affaires privées et municipales qui le rappelaient dans son pays ne l'empêchèrent pas de cultiver sa vie religieuse en une sorte de retraite. Il restait en correspondance avec Origène i. C'est ainsi qu'il vivait, lorsque l'évêque d'Amasia, Phédime, le chargea de la mission de Néocésarée. Amasia était une ville considérable, de cette partie du Pont que l'on appelait Pont Galatique. Néocésarée, située beaucoup plus à l'est, dans le Pont Polémoniaque 2,
1. Nous avons encore une lettre d'Origène à Grégoire .insérée dans, le ch, 1 ' de la Philocalie.
2. Le Pont Galatique et le Pont Polémoniaque faisaient partie au Ile et au .lie siècle, ^^. ja province de Cappadoce.
L'ORIEl>rr CHRÉTIEN JUSQU'a DÈCE 441
ne comptait qu'un très petit nombre de chrétiens i. Athénodore, frère de Grégoire, fut pourvu, lui aussi d'un évêché, et dans les mêmes conditions. Tout était à faire en ces régions écartées. Grégoire se mit à l'œuvre, évangélisa les villes et les campagnes, sachant se mettre, lui le grand seigneur et l'homme de haute culture, à la portée des plus humbles paysans. Il s'efforça même de les déranger le moins possible dans leurs habitudes religieuses, leur laissant les fêtes, les processions, les banquets sacrés, auxquels ils étaient accoutumés, et se contentant d'adapter ses formes extérieures au culte de Dieu et des martyrs. Les gens de Comana, ville peu éloignée de Néocésarée, ayant désiré avoir un évêque à eux, s'adressèrent à lui ; il consacra leur premier pasteur, Alexandre ^.
Par ces détails, exeptionnellement conservés, nous avons un faible jour sur l'état des esprits et sur le progrès de l'Evangile dans les régions orientales de l'Asie-Mineure. Les églises organisées étaient assez nombreuses ; elles sentirent de bonne heure le besoin de se concerter. Dès la fin du II® siècle, les assemblées d'évêques étaient fréquentes en Grèce et en Asie. Au m® siècle cet usage s'implanta en Cappadoce et dans les régions voisines ; on tenait chaque année des conciles où se réglaient les affaires les plus graves, surtout les cas pénitentiels. Des circonstances ex-
1. Au siècle suivant on racontait que Grégoire avait trouvé dixsept chrétiens à Néocésarée et qu'il n'y laissa, à sa mort, que dix-sept païens.
2, Saint Alexandre le charbonnier.
traordinaires donnaient lieu à des réunions plus considérables. C'est ainsi que, dans les premiers temps de l'épiscopat de Firmilien, il se tint un grand concile à Iconium, où assistèrent les évêques de Cappadoce, de Galatie, de Cilicie, et d'autres provinces encore. C'est là que l'on décida que les hérétiques convertis devaient être rebaptisés. Un autre concile, tenu vers le même temps à Synnada, dans la Phrygie orientale, prit une détermination semblable^.
La persécution de Dèce s'abattit sur ces contrées comme sur toutes les provinces de l'empire. Nous n'avons guère de détails, sinon que Grégoire, comme Cyprien de Carthage, se déroba par la fuite aux recherches des magistrats. Une partie de ses fidèles en fit autant. Une épreuve plus grave, ce furent les incursions des barbares, Borades'^ et Goths, qui, après le désastre de Dèce (251), désolèrent ces pays sans défense. L'invasion, maîtresse du bas Danube, débordait en Asie-Mineure par les détroits et s'étendait jusqu'à Ephèse et jusqu'à la Cappadoce. D'autres barbares arrivaient par mer, s'emparaient de Trébizonde et désolaient le pays voisin. Quand ils furent partis, ils laissèrent derrière eux beaucoup de ruines et aussi de multiples cas de conscience, que saint Grégoire eut à trancher 3. Les chrétiens du Pont qu'ils