De Dea Syria
A Edesse, comme en tant d'autres lieux, l'histoire des origines chrétiennes a été remplacée par leur légende. On s'y prit de bonne heure. Dés la fin du III® siècle il circulait des écrits^, censés tirés des archives du royaume, où la conversion du roi était rattachée au Sauveur lui-même. Abgar, malade, est informé des miracles de Jésus ; il lui écrit et l'invite à venir à Edesse. Jésus s'excuse, mais il prononce une parole prophétique sur Edesse, disant qu'elle ne sera jamais prise par les ennemis, et promet au roi qu'il lui enverra bientôt quelqu'un. Après la Passion, l'apôtre Thomas envoie en effet un disciple appelé Addaï (Addée ou Thaddée), qui convertit le roi, le baptise et le guérit. Le royaume tout entier embrasse la foi. L'église d'Edesse a pour premiers évêques Addaï lui-même, puis ses deux disciples et collaborateurs, Aggaï et Palout. Sous l'épiscopat d'Aggaï, un changement de prince amène une persécution. Aggaï est tué ; Palout, son successeur n'ayant personne pour le consacrer, va demander l'imposition des mains à Sérapion, évêque d'Antioche, lequel l'avait lui-même reçue de Zéphyrin, évêque de Rome.
Il est inutile de relever les difficultés historiques et chronologiques dont fourmille ce récit. On a transporté aux temps apostholiques, avec le fait capital, la conversion du royaume, diverses personnes ou circonstances qui n'ont eu de réalité qu'au déclin du
1. Lipsius, Die Edessenische Abgarsage (1880) ; Tixeroht, Les origines de l'église d'Edesse (l8;-8).
l'orient chrétien jusqu'à dêce 453
II« siècle. L'apôtre Thomas passait, dès le temps d'Origènei, pour avoir porté l'évangile chez les Parthes. A Edesse on croyait, au IV^ siècle, avoir son tombeau, et cette croyance était consacrée par une basilique où les pèlerins affluaient.
Mais la grande célébrité d'Edesse, au temps des rois chrétiens, c'était Bardesane. Né en 154, ^ il vécut dans l'intimité de ces princes, et, si Jules Africain ^ ne l'a pas confondu avec un homonyme, il aurait été comme eux un grand chasseur. Ce que nous savons* de sa littérature nous révèle un philosophe brillant et quelquefois sensé, un érudit curieux, un poète charmeur. Ses croyances traversèrent d'assez grandes variations. Les éons l'attirèrent quelque temps, comme tant d'autres esprits distingués. Parvenu à une foi plus correcte, il garda toujours des traces de son passage à travers la gnose. Le marcionisme, répandu au delà de l'Euphrate par un certain Prépon, trouva en lui un adversaire. Il écrivit aussi contre le plérôme valentinien et autres hérésies du temps. Ses œuvres, si nous en avions autre chose que de menus fragments, seraient les plus anciens monuments de la littérature syriaque. Des, cent-cinquante hymnes
1. Eus., III, 1 ; cf. Recogn. Clem., IX, 29. Voir plus loin, en. XXV, ce qui est dit des Acta Thomae.
2. Date conservée ans la Chronique d'Edesse, qui indique même le jour, 11 juillet (éd. citée, p. 90).