‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 166 sur 205 · Eus., VI · texte numérisé non relu

Eus., VI

Ouchesne, Htsl. anc. de l'Egl. - T. I. 31

invitèrent leur collègue Denys d'Alexandrie à se joindre au concile qu'ils allaient tenir à Antioche. La situtation était fort, grave car les promoteurs de la réunion professaient des idées opposées à celles de Fabius. Denys n'avait guère envie d'intervenir personnellement dans un conflit aussi aigu. Il se borna à soutenir par lettres les partisans de la tolérance ; c'est ainsi qu'il écrivit aux fidèles de Laodicée de Syrie, dont l'évêque s'appelait Thélymidrès, et à ceux d'Arménie i, qui avaient pour évêque un certain Merouzanés. Du reste l'affaire se dénoua plus aisément qu'on l'eût prévu. Fabius mourut et son successeur Demetrianus abandonna le parti de Novatien ; à Laodicée aussi, Thélymidrès, qui semble avoir suivi Fabius, fut remplacé par un autre évêque, Héliodore. On ne sait au juste si le concile se réunit. Ce qui est plus important c'est que la paix s'établit ; Denys d'Alexandrie ^put bientôt annoncer au pape Etienne que, depuis la Bithinie et le Pont jusqu'à l'Arabie et à la Palestine, toutes les églises étaient désormais d'accord.

Ce rapport optimiste ne doit pas nous dissimuler le fait que, dans l' Asie-Mineure au moins, il existait au quatrième siècle un grand nombre de communautés novatiennes ou cathares, et que les conciles orientaux à commencer par celui de Nicée, et même le gouvernement impérial s'en préoccupèrent souvent. Cet

1. ToCç y-aià 'Apt>.££tav, dit Eusèbe. Il ne peut être question ici que de l'Arménie romaine ou Arménie mineure, alors rattachée à la province de Capp: docc-.

l'XVL DE SAMOSATE 4o7

état de choses, qui ne peut guère s'expliquer par une propagande ultérieure, suppose que l'union des pasteurs, certifiée par l'évèque d'Alexandrie, ne correspondait qu'imparfaitement à la consistance du troupeau, et que la liquidation des troubles soulevés par la persécution de Dèce donna lieu à bien des schismes locaux.

Le pape Etienne, à qui Denys d'Alexandrie écrivait, faillit lui-même, par ses rigueurs inconsidérées, introduire une division beaucoup plus grave. Les évêques de la haute Asie-Mineure n'observaient pas, dans la réconciliation des hérétiques, le même rituel que l'église romaine. Etienne, qui n'hésita pas, pour cette dissidence à séparer l'église d'Afrique de sa communion, se montra tout aussi intransigeant à l'égard des évèques de Cilicie, de Galatie, de Cappadoce et des provinces voisines. Firmilien ne se laissa pas intimider : il s'associa énergiquement à la résistance de Cyprien ; la lettre qu'il écrivit à celui-ci était même aussi peu propre que possible à faire espérer un dénouement pacifique. Cependant ce conflit dangereux s'arrangea, et, comme le précédent, par un simple changement de personnes. Xyste II, successeur d'Etienne, se départit de son attitude altière et les relations furent reprises.

Il était temps. D'affreuses calamités allaient s'abattre sur ces malheureux pays d'Orient. Valérien avait changé de sentiments à l'égard des chrétiens ; les chefs des églises, quand la poUce avait réussi à les saisir, attendaient en prison des mesures plus rigou-

reuses encore. Mais la persécution n'était pas le pire fléau. L'empire lui-même,rempire persécuteur, chancelait sur ses bases. Les frontières s'ouvraient partout aux insultes des barbares ; la piraterie de la Mer Noire jetait des bandes de Goths sur les côtes du Pont et leurs ravages s'étendaient jusque dans l'intérieur. A l'Orient, la guerre, sans cesse renaissante à propos de la possession de la Mésopotamie et du protectorat de l'Arménie, prenait un caractère bien plus menaçant que par le passé. La dynastie parthe venait d'être remplacée à Ctésiphon par une dynastie nouvelle, celle des Sassanides, originaire de la Perse proprement dite. Le mouvement qui la portait s'inspirait d'un enthousiasme nouveau pour la tradition nationale de l'Iran et pour ses institutions religieuses. Déjà, sous le premier souverain, Ardaschir (224-241), il avait fallu lutter pour conserver la mésopotamie ; à peine réussit-on à en garder les places fortes. Sapor I^r, successeur d'Ardaschir, se rendit maître de l'Arménie (253). Rien n'empêchait plus les cavaliers perses de se précipiter sur la Cappadoce et la Syrie. Ils n'y manquèrent pas. L'empereur Valérien se transporta en Orient et les repoussa au delà de l'Euphrate ; mais, comme il se portait au secours d'Edesse assiégée, il fut fait prisonnier par les Perses et mourut bientôt en captivité.

Son fils Gallien lui succéda à Rome ; en Orient la disparition de l'empereur désorganisa la défense. Les Perses pouvaient tout sur la Syrie et l'Asie-Mineure. Antioche tomba entre leurs mains par surprise ; elle

fut pillée et brûlée ; ses habitants en très grand nombre furent emmenés captifs. On en forma une colonie au fond de la Susiane^. Le même sort échut à Tarse et à Césarée de Cappadoce. Il n'y avait plus d'armée romaine. A la longue, cette énorme razzia se termina comme se terminent les opérations de ce genre. Les vainqueurs sentirent le besoin de rentrer chez eux pour jouir du butin conquis ; leur retraite fut contrariée par des bandes de partisans, qu'attirait l'opulence de leurs convois.

Dans ce désordre, un officier romaiji, Macrien, proclama ses deux fils empereurs, sans s'inquiéter de Gallien. Mais les intérêts de celui-ci étaient soutenus par le prince de Palmyre, Odenath, qui, bientôt débarrassé des prétendants, entreprit les Perses vainqueurs rétablit la frontière, se posa en représentant de l'empereur Gallien et se fit reconnaître comme tel dans tout l'Orient. A sa mort, en 267, sa femme Zénobie, comme tutrice de son jeune fils Vaballath, garda en main la même autorité, sous laquelle elle parvint, non sans efforts, à ranger jusqu'à l'Egypter. Du côté de r Asie-Mineure elle s'étendait toujours. Chalcédoine était entre ses mains et déjà elle allait s'emparer de Byzance, lorsqu'Aurélien, devenu empereur (270), entreprit de mettre un terme à cette lieutenance envahissante. Alexandrie fut reprise dès 270, par le

1. Selon certaines légendes, peu autorisées, l'évêque d'Antioche Démétrien aurait été au nombre des captifs déportés en Susiane. Ceuxci furent employés à construire la grande digue de Souster.

général Probus, à la suite d'un siège très dur et d'une guerre de rues où cette grande ville périt presque entièrement. 11 fallut plus de temps à Aurélien pour triompher de l'énergique palmyrénienne. Peu à peu cependant, il parvint à la repousser derrière le Taurus, à la battre près d'Antioche, enfin (272) à la forcer dans Palmyre, son refuge du désert. Zénobie, prisonnière, fut réservée pour le triomphe, et l'Orient reprit son régime ordinaire.

Quand Aurélien se fut réinstallé dans Antioche, une des questions qu'il eut à régler, question sûrement inattendue, ce fut de savoir qui était l'évêque des chrétiens de cette ville. Deux prétendants se disputaient non seulement cette qualité, mais la possession de la maison épiscopale. Cette histoire^, très importante à divers égards, doit être reprise de plus haut. A l'éyêque Démétrien, peu après le désastre d'Antioche, on avait donné pour successeur un certain Paul, originaire de Samosate. Sorti d'une famille très humble, ce personnage, habile et disert, n'avait pas tardé à tirer parti de ses fonctions ecclésiastiques pour se créer une fortune enviable. Avant ou après son élévation à l'épiscopat il se fit donner la charge de receveur des finances, aux appointements de 200.000 sesterces {procurator ducenarius). La reine Zénobie l'avait en grande estime. C'était, même au point de vue séculier, un des plus gros per-

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