AcL, II, 10 ; VI, 9 ; XI, 20 ; XIII
5. Eusèbe (VII, 26) donne les noms des correspondants de Denys dans l'affaire du sabellianisme. Il y en a quatre : Ammon, évêque de Bérénice, Télesphore, Euphranor et Euporos. Si ces trois derniers sont des évêques, comme il semble bien, cela fera quatre évêques, cinq en y ajoutant Basilide, évêque twv y.aTa tY;v risvTa-oXiv Trapoixiw^J cité un peu plus bas.
avec le siège d'Alexandrie. Denys correspondait souvent avec elles ^ et se considérait comme responsable de ce qui s'y passait, surtout de ce qui s'y enseignait. Dès avant la persécution de Valérien son attention avait été attirée de ce côté par les querelles que la propagande sabellienne soulevait à Ptolémaïs. Il est peu probable que Sabellius ait jamais mis les pieds en Cyrénaïque ; mais on pouvait y avoir introduit ses écrits, et d'ailleurs les idées représentées par lui à Rome avaient déjà fait éclat en Asie, à Carthage et bien ailleurs. Leur succès, en Cyrénaïque, était très grand : certains évêques favorisaient la doctrine monarchiste ; dans les églises il n'était plus question du Verbe Fils de Dieu et distinct du Père. La Trinité n'était qu'une affaire de mots : les termes de Père, de Fils, de Saint-Esprit, ne désignaient autre chose que les trois aspects successifs de la divine monade, dans la Création, la Rédemption, la Sanctification. On employait souvent le mot uîc^a-wp (Fils- Père), très propre à exprimer l'identité des personnes divines. L'évangile dit des Egyptiens favorisait apparemment ces conceptions ; les monarchistes en faisaient le plus grand cas 2.
1. Eusèbe (/. c.) indique plusieurs lettres de Denys à Basilide, évêque de Pentapole ; l'une d'elles, qui répond à une consultation sur des cas de conscience, s'est conservée dans le droit canonique byzantin ; dans une autre il parlait d'un commentaire qu'il avait écrit sur l'Ecclésiaste. A l'évêque Euphranor il avait dédié un livre « sur les tentations 9.
2. Cette description du système repose sur ce qu'en dit saint Epiphane, Haer., 57. Les citations de Denys dans Eusèbe, VII, 6 (cf. 26), et saint Athanase, De sent Dionysii, sont loin d'être aussi précises.
DliNYS D'ALEXANDRIE 485
Malgré l'appui qu'ils trouvèrent dans Tépiscopat local, ces enseignements soulevèrent une vive opposition. Les deux parties s'entendirent pour porter l'affaire devant Tévêque d'Alexandrie. Denys vit arriver des délégués portant des écritures et s'offrant à disputer.
Les modalistes étaient bien ingénus s'ils s'imaginaient trouver gain de cause auprès d'un disciple d'Origène. L'évêque d'Alexandrie n'eut garde de les écouter : il écrivit tout de suite en Pentapole pour détourner ceux qui s'engagaient dans une voie fâcheuse, et, l'occasion s'en étant présentée, il avertit le pape Xyste II, en lui communiquant sa lettre aux Cyrénéens^. Ceux-ci ne se laissèrent pas convaincre. Interrompue sans doute par la persécution de Valérien, la controverse reprit aux premiers jours de tranquillité. Denys revint à la charge et écrivit en Pentapole lettres sur lettres. Dans l'une d'elles*, adressée à Ammonius et Euphranor, il paraît bien avoir dépassé la mesure et opposé aux hérétiques non seulement la tradition commune de l'Eglise, mais encore les conceptions spéciales de l'école origéniste. Les adversaires que celle-ci comptait à Alexandrie trouvèrent l'occasion bonne. Sans prendre la peine
1. Eus., VII, 6. Au ch. 26 il énumère quatre lettres contre Sabellius : à Ammon, évêque de Bérénice, à Télesphore, à Euphranor, à Ammon et Euporos.
2. Je crois cette lettre, dont saint Athanase parle beaucoup, différente de celles qu'énumère Eusèbe. A la rigueur, pourtant, on pourrait l'identifier avec la lettre à Ammon et Euporos.
d'iiiterroger leur évêque et de lui demander des explications, ils s'en allèrent à Rome le dénoncer au pape Denys, qui réunit un synode, examina l'affaire et découvrit, dans la lettre incriminée, diverses incongruités doctrinales, notamment l'emploi du terme « créature » en parlant du Fils de Dieu, la conception d'une trinité à trois hypostases tellement distinctes qu'on pouvait y voir trois dieux, enfin, une répugnance marquée pour le terme d'o;j,:sj7ic: (consubstanciel) ^.
L'évêque de Rome, en son nom et au nom du concile, envoya à Alexandrie une lettre^ très imposante où il condamnait à nouveau les erreurs sabelliennes ; puis, passant aux procédés de réfutation que l'on employait contre elles, il critiquait, sans nomm.er personne, ceux qui parlent, comme les marcionites, de trois hypostases séparées, ou qui présentent le Fils de Dieu comme une créature. En vain s'autorisent-ils du livre des Proverbes, où la Sagesse dit d'elle-même : « Le Seigneur m'a créée ». Ce texte doit être expliqué autrement^.
Par une lettre séparée*, Denys fut invité à s'expliquer. Il le fit et envoya au pape son homonyme, une justification en quatre livres intitulés : « Réfutation
1. Athanase, De sent. Dion., c. 5. Il est bon de noter que saint Athanase parle de cette affaire plutôt en polémiste qu'en historien. Sa chronologie est très en défaut. Il se figure que les deux Denys ont vécu très longtemps avant (îiJ.zpccOsv xsAÛ) le concile qui condamna Paul de Samosate (De syn., 43).