Ep
du Verbe avec le monde contingent ou avec Dieu, il apparaissait comme distinct de Dieu et comme tenant par quelque côté à la catégorie du créé, ou bien comme coéternel à Dieu et procédant de la substance divine. Aux modalistes on pouvait opposer la première face ; la seconde était propre à calmer ceux que scandalisait l'excessive distinction des hypostases et leur hiérarchie. Il n'y avait pas d'incohérence à passer d'une face à l'autre ; dans le système tout se tenait ; l'orthodoxie, sur le point en question, était sauvée par la juxtaposition de certaines données complémentaires. Mais le système était affaire d'école ; il ne faisait pas partie de l'enseignement de l'Eglise ; on peut même dire que celle-ci l'ignorait. Quand les hommes de gouvernement, comme le pape Denys, en rencontraient des fragments isolés, ils ne se mettaient point en peine de les replacer dans la synthèse et de les juger avec elle ou d'après elle ; ils les appréciaient à part, d'après l'enseignement commun, non de l'école, mais de l'Eglise. De là des accidents comme le conflit des deux Denys.
Tout à la fin de sa carrière, l'illustre évêque d'Alexandrie fut, comme il a été dit plus haut, invité au premier concile qui se réunit à Antioche pour juger Paul de Samosate. Il n'était plus en état de faire ce long voyage ; mais il intervint par ses lettres. C'est peut-être pour le représenter qu'Eusèbe, diacre d'Alexandrie, se rendit à l'un des premiers conciles. Eusèbe était un homme hautement considéré pour
sa belle conduite pendant la persécution de Dèce. Rentré de bonne heure en ville, il avait joué un rôle important dans la direction du troupeau persécuté Sous Valérien il confessa la foi devant le préfet Emilien, avec son évêque, dont il partagea l'exil. Dans l'une des guerres qui désolaient Alexandrie, sans doute dans celle que décrit la lettre de Denys à Hiérax, il fut appelé à rendre de grands services. Les insurgés étaient retranchés dans le quartier du Bruchion. Parmi leurs chefs figurait un chrétien appelé Anatole, grand mathématicien. Quand il vit le blé manquer, il imagina de s'adresser au diacre Eusèbe, resté dans la partie de la ville qui n'était pas assiégée, et de l'envoyer demander au général romain qu'il laissât passer les transfuges du Bruchion. Eusèbe jouissait d'une grande considération, même dans le monde officiel : sa demande fut accueillie. Cela fait, Anatole réunit le sénat insurgé, et, après avoir vainement essayé de lui faire accepter une capitulation, le décida à laisser sortir les bouches inutiles. Il en sortit beaucoup, les Romains ne s'étant pas montrés regardants sur l'âge et le sexe des évadés. Ceux-ci furent accueillis par Eusèbe, qui pourvut à leurs premiers besoins.
Eusèbe ne revint pas à Alexandrie. Les fidèles de Laodicée le retinrent à son retour d'Antioche, et, comme ils avaient perdu leur évêque, ils le lui donnèrent pour successeur.
Anatole, compromis sans doute dans la récente insurrection, crut devoir quitter Alexandrie, où il
était pourtant très avantageusement connu. Il excellait en toutes les sciences, arthmétique, géométrie, astronomie, physique, dialectique, rhétorique. Ses compatriotes n'avaient trouvé personne de plus capable que lui pour diriger leur école de philosophie aristotélicienne. A Césarée de Palestine, il trouva grand accueil auprès de l'évêque Théotecne, qui lui conféra l'ordination épiscopale et le désigna pour lui succéder. Mais Anatole s'étant rendu au dernier concile d'Antioche (268), il lui arriva la même aventure qu'à son compatriote Eusèbe. Celui-ci venait de mourir; les gens de Laodicée se saisirent d'Anatole, déjà ordonné évêque, et le gardèrent.
La théologie en Orient après Origène et Paul de Samosate.
Les docteurs alexandrins : Théognoste, Pierius, Achillas. — L'évêque Pierre, adversaire d'Origène. —Travaux de Pamphile et d'Eusèbe, à Césarée de Palestine. — • Méthode, évêque d'Olympe. — Lucien d'Antioche et les origines de l'arianisme.
Denys d'Alexandrie eut pour successeur le prêtre Maxime, qui, après s'être fort distingué pendant la persécution de Dèce, avait confessé la foi et souffert l'exil pendant celle de Valérien. C'est de son temps qu'eut lieu la condamnation définitive de Paul de Samosate : il en reçut l'avis officiel. A part cela, on ne sait rien de lui. Théonas^ qui lui succéda en 282, n'est pas mieux connu. Il siéga, lui aussi, dix-huit ans, jusqu'en l'année 300. Alors commença l'épiscopat de Pierre, qui fit la persécution de Dioclétien et en fut une des plus illustres victimes.
L'école se maintenait auprès de l'église et demeurait fidèle aux doctrines d'Origène. Théognoste ^ qui paraît en avoir eu la direction après Denys, refit le Péri
1. La lettre de Théonas au grand chambellan Lucien est un faux moderne ; v. Batiffol, Bull, critique, t. VII, p. 155.