Ad., XIII
local. Dans cette séparation, un certain nombrr de juifs de race, un nombre probablement plus grand de païens à demi-convertis ((^oîoù\j.vki tsv S;^iv) avaient été entraînés et s'étaient formés en un groupe nouveau, où ils vivaient en bonne >intelligence, les premiers avec peu de chances de se voir renforcés par un recrutement considérable, les autres ayant devant eux l'avenir de la propagande.
Un tel terrain était de plain pied avec celui où Paul opérait depuis douze ans. La situation de l'église romaine, c'était celle de l'église d'Antioche, abstraction faite de l'incident passager entre Paul et Pierre ; c'était celle des églises de Galatie, de Macédoine, de Grèce, d'Asie, tant que la contremission judaïsante n'y fut pas venue porter le trouble. Il est impossible de mesurer exactement, à une date déterminée, la proportion des éléments judéo-chrétiens et pagano-chrétiens qui pouvaient se rencontrer dans le groupe romain. Une chose est sûre, c'est que, une fois consommé le divorce avec la synagogue, l'avenir apparaissait plus favorable, beaucoup plus favorable, au recrutement chez les païens. Cependant il n'y avait encore eu aucune lutte. Les fanatiques de Jérusalem ne s'étaient pas montrés ; les questions qu'ils venaient de soulever en Galatie et ailleurs ne se posaient pas encore à Rome.
Qu'arriva-t-il les années suivantes ? Paul, arrêté à Jérusalem et retenu deux ans en Palestine, dut ajourner ses projets de voyage en Espagne. Lorsqu'il vint en Italie (61), sous escorte et comme accusé devant
le tribunal impérial il trouva des chrétiens à Pouzzoles, qui lui firent bon accueil. Ceux de Rome se portèrent au devant de lui sur la voie Appienne.
Aussitôt installé^, il se ménagea une entrevue avec les juifs les plus considérables {-o'j: ïv-.olz -€\y 'I:j5ai(,)v •xpwTcuç) de Rome et se mit à leur parler de l'Evangile, comme s'ils ne l'eussent point déjà connu. Le résultat fut ce qu'on pouvait attendre : quelques adhésions nouvelles, une résistance marquée de la part des chefs^.
La captivité de Paul se prolongea deux ans. Un seul de ses écrits d'alors, l'épître aux Philippiens, nous ouvre quelques perspectives sur ce qui se passait autour de lui. Les gens de Jérusalem avaient enfin trouvé, eux aussi, le chemin de Rome ; l'évangile était annoncé non seulement par des amis de l'apôtre, mais aussi par ses ennemis. Lui-même faisait sensation dans le « prétoire ». En somme, sa présence à Rome était plutôt avantageuse à la propagation du christianisme ; les chrétiens se montraient plutôt confiants qu'abattus. Ce bon résultat atténuait pour lui le chagrin de voir s'attacher à ses pas une opposition judaïsante que ses chaînes elles-mêmes, portées pour la foi commune, ne parvenaient pas à désarmer,
1. D'après une variante ou glose très ancienne à Act., XXVIII, 16, Paul aurait été remis, avec les autres prisonniers, au commandant des Castra peregrinorum. Ce quartier se trouvait sur le Celius, à l'est du temple de Claude, vers l'hôpital militaire actuel. Paul obtint d'habiter en dehors du quartier, ea/ra castra. Cf. Sitzungsber. de l'acad. de Berlin, 189.5, p. 491-503 (Harnack et Mommsen).