‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 183 sur 205 · A la vie éternelle, add · texte numérisé non relu

A la vie éternelle, add

mière moitié du Ile siècle. Plus tôt, il y a eu sûrement des résumés succints de la prédication chrétienne ; on en trouve la trace» dans les lettres de saint Ignace et dans les Pastorales ; mais il n'est pas prouvé qu'ils fussent aussi complets que notre vieille formule romaine, ni distribués de la même façon qu'elle^.

Formulée dans cette synthèse brève, simple, intelligible à tous, la croyance chrétienne était alimentée et documentée par un enseignement perpétuel, dont la forme principale était la lecture de la Bible, accompagnée de commentaires homilétiques. L'usage du sens spirituel permettait d'adapter à l'éducat'on des f'dèles nombre de textes de l'Ancien Testament qui ne s'y prêtaient guère autrement. Au commencement on ne semble pas s'être préoccupé de délimiter la littérature biblique. On se servait des livres en usage dans les synagogues, sans trop remarquer que les synagogues n'avaient pas toutes la même bibliothèque sacrée. De là des variétés et des incertitudes. Elles augmentèrent bientôt quand les écrits du Nouveau Testament vinrent s'adjoindre à l'ancienne Bible. Les détails de cette bigarrure échappent à l'investigation. De bonne heure il se fit des éliminations ; c'est ainsi que le nombre des évangiles canoniques fut fixé a quatre, celui des épitres pauliniennes à à treize. Un canon d'ensemble, une liste des livres reçus par l'Eglise comme sacrés et canoniques, ap-

1. Sur ceci, v. Harnack, Chronologie, t. I, p. 524, et les ouvrages qu'il cite et résume.

paraît pour la première fois à Rome, vers la fin du Ile siècle. C'est ce qu'on appelle le canon de Muratori. A vrai dire, ce texte un peu énigmatique, dont il ne nous reste que la fin et dont on se demande encore s'il a ètè écrit d'abord en grec ou en latin, ne saurait être considéré comme un document officiel, engageant la responsabilité de l'église romaine. Au rrioins tèmoigne-t-il des certitudes acquises et des incertitudes subsistantes, à Rome, au moment où il a été écrit. On y admettait les quatre évangiles, treize épîtres de saint Paul, les actes des apôtres, les épîtres de saint Jude et de saint Jean, deux apocalypses, celle de Jean et celle de Pierre. Contre celle-ci, cependant, il y avait une opposition marquée. Le Pasteur est mentionné, mais écarté comme trop récent. Son auteur ne pouvait être rangé ni parmi les prophètes ^, ni parmi les apôtres ; il avait écrit au temps, encore voisin (nuperrime, f.emporibus nostris), où son frère Pie occupait la chaire épiscopale de Rome. D'autres écrits, comme les épîtres de saint Paul aux Laodicéens et aux Alexandrins, sont rangés au nombre des productions hérétiques et résolument écartés 2.

Que les livres des hérétiques ne fussent pas admis à la lecture dans les assemblées chrétiennes, cela

1. Ce mot est pris ici au sens de prophètes de l'Ancien Testament.

2. L'épître de saint Jacques n'est pas mentionnée, non plus que celles de saint Pierre ; mais le lexte n'est pas sur ; il pourrait bien se faire que cette lacune, vraiment exorbitante, surtout en ce qui regarde la la Pétri, ne fût pas primitive.

allait de soi. Mais entre ces productions réprouvées et les saintes Ecritures, il y avait une marge considéra]>le, où se rangeaient des compositions moins nettement définies, les unes d'inspiration correcte, mais d'authenticité douteuse ou de faible autorité, les autres où l'on pouvait relever des tendances inquiétantes, encore que peu accentuées. Ici et là, grâce à la simplicité des gens, des livres singuliers ou même suspects étaient tolérés, même dans les réunions de culte. Ailleurs on en bornait l'usage à la lecture privée. La curiosité du petit monde chrétien faisait trop aisément accueil à des évangiles ^ non officiels, et surtout à de pieux romans qu'on lui présentait comme l'histoire des apôtres. De ces romans, le plus ancien paraît être celui qui s'intitule « Actes de Paul ». C'était assurément le plus inattendu, car la véritable his toiredes aint Paul était b'en connue par le livre canonique des Actes. Cité par Hippolyte et Tertullien, classé par Origène et Eusèbe parmi les appendices du Nouveau Testament, ce livre extraordinaire trouva place dans certains exemplaires de la Bible. Même après que les Manichéens et les Priscillianistes l'eussent compromis par leur enthousiasme, il échappa, au moins partiellement, à la proscription. Il est ma'ntenat établi que la jolie histoire de Paul et de Thècle en était un épi-

1. Evangiles des Hébreux, des Egyptiens, de saint Pierre ; v. ci-dessus, p. 121, 147, 448, 484. Les Gnostiques avaient des évangiles de Thomas, de Philippe, de Mathias, etc.

sode ; c'est à lui que l'on doit rattacher la correspondance apocryphe de saint Paul avec les Corinthiens, ainsi que le récit du martyre de l'apôtre et la célèbre légende du lait qui s'échappa de sa tête coupée. Ces fragments faisaient partie d'un vaste ensemble^ où les aventures, les prédications et surtout les miracles de saint Paul étaient décrits à peu près dans le cadre des Actes des apôtres et presque avec le même personnel, mais traités avec une invraisemblable liberté. On a peine à comprendre que ce récit ait pu être proposé à des personnes qui avaient en tête celui de saint Luc. L'auteur abuse beaucoup du miracle ; mais c'est surtout la doctrine qui est caractéristique. Elle n'a rien de commun avec la gnose, qui est expressément répudiée et combattue. Mais la continence y est inculquée avec une vivacité étrangère à la prédication commune. Il semble qu'elle constitue l'essentiel du christianisme. « Bienheureux, » dit saint Paul, ceux qui gardent leur chair pure, » parce qu'ils deviendront des temples de Dieu. » Bienheureux les continets (£Y/.pa-:£':;), parce que » Dieu leur parlera. Bienheureux ceux qui renoncent

1. Outre les fragments, que je viens d'énumérer et quelques-uns moins étendus que l'on connaissait déjà, nous avons maintenant une version copte de l'ensemble, reconstituée avec une patiente sagacité par M. Cari Sclimidt, à l'aide de fragments (2000 environ) d'un manuscrit de papyrus que possède la bibliothèque de Heidelberg. Ces fragments, malheureusement, sont loin de représenter l'intégralité du texte. M. G. Schmidt les a classés et restitués autant que faire se peut, les a pourvus d'une traduction en allemand et accompagnés de commentaires où sont traitées toutes les questions qui y sont relatives. C Schmidt, Acla Pauli, Leipzig 1904.

» au monde... Bienheureux ceux qui, ayant une » femme, sont comme s'ils n'en avaient pas. Bien- » heureux les corps des vierges, etc. ». Ces principes sont perpétuellement appuyés par le récit. On fait campagne pour une morale spéciale, plus sévère que celle de l'Evangile.

Les « Actes de Paul » furent composés par un prêtre d'Asie, vers le temps de Marc-Aurèle. Tertullien rapporte que les autorités religieuses du pays goûtèrent peu cet écrit singulier et que l'auteur, bien qu'il se défendit en prétextant son zèle pour l'apôtre Paul, fut déposé de sa situation presbytérale. Le livre ne fut pas supprmé pour autant ; mais on est heureux de savoir que l'Eglise ne se reconnut pas dans cette histoire hardie et dans cette morale exagérée. Encore moins est-elle représentée par d'autres romans apostoliques presque aussi anciens que les « Actes de Paul », mais beaucoup moins inoffensifs. Je veux parler des Actes de Jean, de Pierre, d'André et de Thomas \ qui paraissent avoir été en circulation dès les premières années du II I^ siècle^. Les trois

1. Pour le texte de ces écaits il faut se reporter à l'édition de Lipsius et Bonnet, Acta apos,iolorum apocrypha, qui les comprend tous Le recueil de même titre, publié en 1851 par Tischendorf, est bien dépassé par cette nouvelle édition. On en peut dire autant des Acta Thomae et des Acta Andreae cum laudatione con/exïa, publiés en 1883 et 1895 par M. Bonnet. Aux fragments des «Actes de Pierre» publiés dans le t. I par Lipsius d'après des mss. latins et grecs, il faut ajouter un fragment copte récemment (1903) édité par C. Schmidt, dans les T. u. U ., t. XXIV : Die alten Petrusakten. — Pour la bibliographie, V . Bardenhever, Gesch. der altchristlichen Literatur, t. I, p. 414 et suiv.

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