‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 184 sur 205 · Origène les connaissait ; v. Eusèbe, H. E., III · texte numérisé non relu

Origène les connaissait ; v. Eusèbe, H. E., III

OU tout au moins les deux premiers sont étroitement apparentés ; certains critiques les attribuent au même auteur, un certain Leucieus ou Leucius Charinus, qui, selon d'autres, n'aurait composé que les Actes de Jean. Ce dernier livre est sûrement hérétique, d'un docétisme très accentué, avec références à rOgdoade, à la Dodécade et au Plérôme. Certains récits sont d'une liberté qui va jusqu'à l'inconvenance. Les Actes de Pierre soulèvent moins d'objections; le docétisme y est beaucoup moins apparent. Il en était de même, autant qu'on peut en juger par quelques fragments, dans les « Actes d'André » Ces écrits ont en commun une tendance ascétique très marquée, l'horreur du mariage et du vin. Si saint Pierre et saint André sont mis à mort, c'est parce qu'ils ont inculqué aux femmes mariées l'eloignement du lit conjugal. Le vin est proscrit jusque dans l'Eucharistie ; elle n'est célébrée qu'avec du pain et de l'eau.

Les Actes de Jean, Pierre et André ont été rédigés en grec ; on y a exploité diverses traditions locales d'Asie, de Rome, d'ailleurs encore. Saint André, avec saint Pierre et saint Mathias, évangéli^'e les bords de la mer Noire; ses aventures, trè:3 fantastiques, se terminèrent par le martyre, à Patras. L'histoire de saint-Jean a, pour dernier épisode, la « Métastase », où l'on voit le viel apôtre descendre dans le tombeau sans mourir tout-à-fait. Celle de saint Pierre développe la donnée, déjà reçue dans

certains cercles, du conflit romain, entre saint Pierre et Simon le magicien^ et celle de la crucifixion de l'apôtre, la tête en bas^.

Avec les « Actes de Thomas » nous sortons du monde grec. C'est dans l'Inde que l'apôtre porte l'Evangile ; c'est à Edesse et en syriaque que sa légende a été écrite. En dépit de cette différence d'origine, l'inspiration est à peu près la même que celle des autres romans apostoliques. L'ascétisme y est présenté comme l'essence même de la religion. La gnose se révèle çà et là, surtout en certaines hymnes moins corrigées que le reste dans les rédactions qui se sont conservées. C'est tout-à-fait ce que l'on peut attendre du milieu bardesanite, d'où cette histoire paraît bien être sortie.

Ces apocryphes ne nous sont parvenus qu'en fragments. Leurs textes primitifs n'auraient pu être tolérés. Ils furent d'ailleurs compromis, au IV® siècle et au V®, par l'usage qu'en firent Manichéens et Priscillianistes. On les remania, en supprimant les traits les plus choquants, mais en conservant les aventures merveilleuses, auxquelles le populaire persistait à s'intéresser. De là des rédactions à peu près ortho-

1. Il ne faut pas voir là une attaque contre la gnose, en la personne de son ancêtre classique. Dans les Actes de Pierre, Simon n'est représenté que comme un magicien, adversaire du Christ et des apôtres, sans qu'aucune doctrine spéciale soit placée sous son patronage.

2. Le martjTe de saint Pierre fut, par la suite, détaché du corps du récit, développé, pourvu d'attaches topograhiques et mis sous le nom de Linus, le premier successeur de l'apôtre. Le même nom s'attacha, plus tard encore, à la passion de saint Paul, détachée des Acta Pauli.

Ouchesne, Hisl. anc. de l'Egl. T. 1. 34

doxes, auxquelles s'alimenta pour des siècles l'hagiographie des apôtre .

En quelque proportion que l'hérésie gnostique soit, en ces écrits, combinée avec l'orthodoxie, une chose est sûre, c'est qu'ils ont tous une même tendance, la tendance encratite, opposée aux rapports sexuels, même dans le mariage, et à l'usage des aliments forts, la viande et surtout le vin. Il ne s'agit pas ici de renoncements individuels, mais de règle générale : tout chrétien doit être ascète, continent, encratite. Ce programme n'était pas nouveau. On l'affichait déjà au temps des apôtres : la première épître à Timothée le condamne énergiquement ^. Dès ce tempslà sans doute il se rattachait à des idées suspectes sur le Créateur et la Création. Au II« siècle ces idées s'expriment dans les diverses formes de la gnose et dans renseignement marcionite. Ce ne fut pas, loin de là, une recommandation pour l'ascèse, mais plutôt une raison de la soupçonner, même quand elle pouvait paraître inoffensive. Il y avait peut-être des encratites qui s'en tenaient à leurs observances ; mais il est rare qu'on parle d'eux sans qu'il ne se révèle quelque accointance fâcheuse. Saint Denys de Corinthe^ paraît avoir été fort préoccupé de cette tendance. Saint Irénée^ rattache les Encratites à Saturnil, à Marcion, et surtout à Tatien, qui leur

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