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Une autre forme de l'ascèse, c'était la pratique de la continance.Elle n'était, bien entendu, imposée à personne. De bonne heure, cependant, elle fut adoptée comme observance libre et surérogatoire, par des hommes ou des femmes, dont la détermination était notoire. On faisait profession de virginité. En certains cas, comme en celui d'Origène, la mesure fut dépassée ; mais ces exagérations étaient répudiées par le sentiment général. Les continents des deux sexes ne se segrégeaient pas du monde. Ils vivaient dans leurs familles et partageaient la vie commune de l'association chrétienne. Les monastères sont d'un autre temps. Cependant il était impossible qu'il n'y eût pas quelques rapports spéciaux entre personnes attachées au même idéal de vie pratique. Les continents se connaissaient, même de ville à ville, d'église à église. Ils se fréquentaient entre eux, avec une certaine préférence. De là naquirent quelques abus. On vit des vierges vivant, pour une raison ou pour une autre, en dehors de leurs familles, s'associer un protecteur de même profession, mais de sexe différent, et soulever ainsi les protestations des chefs ecclésiastiques \
En dehors de ces abus, le sacrifice que comporte
1. Sur ce sujet, outre le Banquet des vierges de Méthode, v. les épîtres pseudo-clémentines ad Virgines (des deux sexes). Ces pièces, dont on n'a plus qu'une version syriaque, paraissent avoir formé d'abord un seul et même document. Il est possible que le nom de Clément n'y ait été attaché que lors de sa distribution en deux lettres. Le lieu d'origine paraît être la Syrie ; la date, le III» siècle assez avancé. Cf. Cyprien, Ep. IV.
une telle profession était hautement considéré dans la société chrétienne et au dehors. Les vierges chrétiennes étaient l'honneur de l'Eglise.
Mais cet ascétisme orthodoxe et facultatif n'était le fait que d'une élite. An commun des chrétiens la morale commune offrait déjà des difficultés assez grandes. Les engagements résultant de l'éducation religieuse ou d'une libre vocation n'étaient pas toujours tenus. Ce n'est pas à une situation exceptionnelle que corespondait la prédication de pénitence dont le Pasteur d'Hermas nous offre très anciennement une expression si originale. Plus on allait, plus les chrétiens étaient nombreux. Les actes de vertu se multipliaient, les péchés aussi. De là des nécessités de plus en plus pressantes et diverses. La casuistique se développa, et l'institution pénitentielle, qui n'avait d'abord montré que ses traits les plus essentiels, ne tarda pas à se préciser.
Elle se fondait sur ce principe très simple qu'une société a le droit d'exclure ceux des ses membres qui manquent gravement aux statuts. Le fidèle qui contrevenait aux engagements du baptême était rejeté de la communauté chrétienne, excommunié. Au cas où l'excommunié était touché de repentir et décidé à changer de conduite, il pouvait solliciter sa réadmission, et, si sa convention présentait des garanties suffisantes, on le reprenait, mais non pas en qualité de membre régulier de la communauté : il était classé parmi les pénitents, dans une catégorie
spéciale, analogue à celle des catéchumènes. Comme ceux-ci, les pénitents ne pouvaient assister qu'aux préliminaires du service divin. Comme eux, ils étaient l'objet d'une surveillance étroite, destinée à vérifier l'efficacité de leur repentir. De plus ils étaient soumis à un régime d'expiation, proportionné à la gravité de leurs fautes. Il pouvait arriver, si ces fautes n'étaient pas d'extrême gravité, qu'on les réconciliât tout-à-fait au bout d'un temps plus ou moins long^. Ils reprenaient alors leur place d'autrefois parmi les autres fidèles. Mais il y avait des cas généralement compris sous les dénominations d'homicide, d'adultère et d'apostasie, où l'expiation durait jusqu'à la mort. On a vue plus haut que le pape Calliste fit fléchir cette règle sévère et admit que les pénitents coupables de fautes charnelles pussent être réconciliés avant leurs derniers moments. L'opposition des rigoristes s'exprima, il est vrai, dans les écrits d'Hippol^le et de Tertullien ; mais, dans la pratique, on s'inspira partout des idées romaines. Avec l'homicide volontaire et surtout avec l'apostasie on se montre moins facile. Au lendemain des persécutions, alors que les défaillances s'étaient produites en très grand nombre, on accepta comme circonstances atténuantes les tourments de la question
1. En certains pays, comme on le voit par l'épître « canonique » de saint Grégoire le Thaumaturge et autres documents orientaux, il y avait une sorte de classification des pénitents ; on distinguait les Ecoutants (ày,poa)[x$vci), les Prosternés (J-oziTUTOV-cç), les Assistants (ffUffxavTeç).
l'exil, la perte des biens, la prison, la peur elle-même, et OH liquida par une pénitence rapide une situation qui, autrement, eût été fort com.pliquée. Cependant l'ancienne règle fut maintenue pour ceux qui, en dehors de tout motif d'excuse, se rendaient coupables du péché d'idolâtrie, surtout dans sa forme la plus caractérisée, le sacrifice.
Car ce n'était pas seulement en tenips de percution que l'on était exposé à se compromettre avec le paganisme. Quand les magistrats laissaient les fidèles tranquilles, ceux-ci n'en avaient pas moins à vivre dans un milieu attaché aux anciennes formes religieuses. Les relations de famille, de voisinage, de commerce, pouvaient entraîner à des concessions fâcheuses^. Certaines professions étaient pleines de périls, par exemple celles de soldat, de maître d'école, de peintre, de sculpteur. Plus on allait et plus se multipliaient les contacts entre le monde et la société chrétienne. L'opinion devenait de moins en moins défiante, surtout après de longs intervalles de tranquillité, qui rassuraient les fidèles sur les dispositions de l'Etat et les païens sur les dangers du christianisme. Peu de situations étaient considérées comme incompatibles avec le christianisme, même avec la qualité de prêtre ou d'évêque. Saint Cyprien^ connaissait des évêques, et en assez grand nombre (plurimi), qui
1. Le concile d'Elvire, c. 57, parle de daines chrétiennes qui prêtaient des vêtements pour décoder les processions païennes.