Lettre de Cornélius, Eus., VI
2. Les mêmes degrés, sauf celui de portier, sont attestés vers le même temps, à Carthage, par la correspondance de saint Cyprien.
3. En d'autres églises on rencontre aussi le nombre de sept pour les diacres. C'était sans doute un souvenir des sept « diacres » de Jéiusalem(Conc. de Néocésarée, ca;i. 15).
meure suburbain pendant tout le III« siècle. On peut conjecturer que, lorsque Constantin l'installa au Latran, il s'y transporta de la voie Appienne, domicile qui semble avoir succédé lui-même à l'établissement primitif de la voie Salaria. En ville, cependant, il y avait déjà un certain nombre d'établis sements chrétiens^. Il en était de même à Alexandrie, où les prêtres paraissent avoir été attachés d'assez bonne heure à des églises déterminées et avoir eu plus d'autonomie qu'à Rome.
En dehors des grandes villes il n'y avait, le plus souvent, que deux établissements, le cimetière et la maison ecclésiastique. Le cimetière était le lieu de sépulture, privatif, destiné aux seuls membres de la communauté. Quant à la maison ecclésiastique, elle servait de résidence à l'évêque, et lui fournissait un local pour son administration ; on y recevait les fidèles en voyage, souvent aussi les malades. C'est là que se tenaient les assemblées religieuses, dans une grande salle, précédée d'une cour à portiques. Au fond, dans une abside, siégeait l'évêque, entouré du collège presbjrtéral. Une table ou autel servait à la célébration de l'Eucharistie, une estrade (ambon) aux lectures, qui tenaient alors une si grande place dans ces réunions.
1. Cela résulte des documents sur les saisies d'églises en 303. H est, du reste, impossible de préciser. Quelques-unes des églises presbytérales du rv» siècle ont des légendes qui en reportent très haut les premières origines. Vraisemblables en gros, ces légendes n'offrent aucune garantie pour le détail des choses.
hejne, Hisl. anc. de l'Eifl. - T. I. 35
L'Eucharistie était toujours l'acte religieux par excellence. A l'origine on la célébrait à la fin d'un repas de corporation. C'est ce que nous appelons l'agape. Au deuxième siècle^ l'agape était déjà séparée de l'Eucharistie. Elle avait lieu le soir, tandis que l'Eucharistie se célébrait dans les assembléen du matin. Les repas de corps, quelque frugalité qui pût y présider, n'étaient praticables qu'en groupes restreint. Quand les églises furent devenues de^; assemblées nombreuses, il eût été difficile d'organiser de tels banquets et d'y assurer le bon ordre. L'agape fut maintenue, mais moins comme expression exacte d'une réelle vie commune que comme souvenir du passé et aussi comme œuvre d'assistanc(\ Il n'y alla bientôt plus que les pauvres et le clergé ; encore celui-ci y prenait-il part plutôt par fonction que par attrait. La périodicité n'était pas la mêine que pour la liturgie ordinaire. L'agape devint de plus en plus rare et finit par tomber en désuétude^.
Dans l'ensemble de la communauté, le clergé formait une catégorie déjà bien tranchée. Il n'y en avait guère d'autres, sauf les catéchumènes, qui n'avaient pas encore la qualité d'initiés, et les pénitents, qui l'avaient perdue. Cependant les confesseurs et les
1. Voir la célèbre description de l'agape dans Tertullien, Apolog.,
2. Les agapes ou repas funèbres sont tout autre chose. On doit y voir un usage funéraire antérieur au christianisme, que l'Eglise laissa subsister tant qu'il ne dégénéra pas en abus. Même alors il ne fut pas aisé de l'extirper.
continents volontaires acquirent bientôt une posisition spéciale. On a vu avec quel sans-gêne les confesseurs de Lyon et d'Afrique traitaient leurs supérieurs religieux. Le fait de n'avoir pas renié le Christ et d'avoir souffert pour la foi leur constituait des titres à l'assistance, aux fonctions ecclésiastiques, et surtout à la considération publique. Ils en abusèrent*. Les continents, les vierges surtout, n'avaient pas une moindre idée de leurs mérites. L'opinion les soutenait. A l'église on leur assignait des places spéciales. Les éloges dont leur profession était l'objet, dans les discours et dans les livres, parvinrent bien à se maintenir sur le terrain de l'orthodoxie : on ne s'inspira plus d'idées dualistes et l'on s'abstint de toute critique à l'égard de la création. Cependant la comparaison inévitable entre la profession virginale et l'état de mariage aboutit trop aisément à discréditer celui-ci. Les personnes les mieux intentionnées étaient exposées, en cette matière, à dépasser les limites.
Une telle situation n'était pas sans danger pour le bon ordre ecclésiastique. A force d'être célébrés par les autres et de se célébrer eux-mêmes, les confesseurs et les vierges tendaient à constituer dans la société chrétienne une aristocratie, qui pouvait être tentée de contester à la hiérarchie ses droits au gouvernement de l'Eglise 2. Nous verrons plus tard com-
1. Outre les faits déjà cités, v. le canon 25 du concile d'Elvire.
2. Saint Ignace d'Antioche, Ad. Polyc, 5, recommande déjà aux continents de ne pas tirer vanité de leur profession et surtout de ne pas prétendre en savoir plus long que les évêques.
ment se développa et se dénoua cette situation. Dès avant le IV^ siècle elle avait déjà porté une conséquence importante, l'apparition du célibat ecclésiastique. De bonne heure l'opinion chrétienne éleva, sur ce point, des exigences plus ou moins étroites, et le clergé sentit qu'il devait y déférer, sous peine de compromettre son influence. Du moment, en effet, où l'on admettait que l'état de continence représente un idéal plus parfait que l'état de mariage, comment n'aurait-on pas demandé au clergé de se recruter et de se mainten'r dans la catégorie la plus parfaite ?
A Rome, au temps de Calliste et d'Hippolyte, les rigoristes interdisaient le mariage aux membres du clergé ^ sous peine de déposition. Le concile d'Elvire (c. 33) va plus loin ; il défend à tous les clercs d'user du mariage contracté avant l'ordination. Cette loi était appliquée à Rome au déclin du IV® siècle, mais seulement pour les évêques, prêtres et diacres. On ne saurait dire quel était au juste l'usage officiel antérieurement à la persécution de Dioclétien. En Orient aussi, on n'arriva que progressivement à la discipline actuellement et depuis longtemps en vigueur. Pour le temps où nous sommes, les documents ne laissent voir aucune discipline uniformément établie. En certains endroits^ on souhaite que l'évéque ou ne soit pas marié ou vive fraternellement avec sa femme, et que les prêtres aussi observent